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MORALE ET PHILOSOPHIE

Je ne dis pas aux £fens, comme Makomrt : Croîs on meurs.

Je ne dis'poi;>t non plus, comme le ma'rister d a village :X/5, 01/ tu auras le bonnet d'âne.

Je jette an vent mes préceptes : saisit qui veut ou qui peut.

Ma philosophie est commode , et ma morale est de bonne composition.

J'ai pour auxiliaires, aujourd'hui, trois pcrsonnaj^es laineux, savoir : Sé~ nèqne, Socrate, Aristippe.

Se'nèque a été tort loué et tort décrié de son temps et du nôtre. Il avait pour mère une espagnole nommée HeUie , comme la mère de(.icéron. Cette dame était aussi bonne qu'elle était belle. Elle était instruite et modeste. Elle avait de l'esprit et parlait peu.

Sénèque se maiia deux fois, de peur d'y manquer j deux fois il tut heureux en femme : ce n'est pas là jouer de malheur.

Pauhne, sa seconde femme, voulait mourir avec lui, quand Pséron incita ce philosophe à prendre le chemin de 1 autre monde. Elle se fit ouviir les veines par un lionnete docteur qui avait eu la bonté de rendie ce léger service à son mari. j\iais l'Empereur ayant été

iiiiormé de ce saciiiice, ne voulut pas pt rmettre qu'il se consommât . et il envo\ a (les personnes habiles pour fermer les blessures de Tepouse de'vouée.

Il y a des auteurs médians et caustiques qui prétendent que madame Sënèque ne l'ut pas trop facliëe de ce contre-temps. Ce n'est que calomnie ; et pour !ious^ qui croyons fermementaux vertus iranclies du sexe , nous ne doutons pas que Pauline n'eut préféré mille morts à l'ennui de survivre à l'être chéri (quoique vieux) que Tin justice la plus cruelle arrachait à ses embrassemens.

L'envia' reproche à Séncque d'avoir été riche. C'est une sorte de jalousie qu'il ne me déplairait pas d'inspirer.

On critique aussi son genre d'éloquence • mais je me contenterais de celle qui le fît , de son temps , nommer le prince des orateurs.

Sénèque était d'une famille noble et très-noble.

Socrate était d'une condition moins relevée. On le fait naître de Sopho-

nisquo, maçon, et de Pliaiiarète, sagefemme an villafj;e d'Alopèce.

11 l'ut élève d'Anaxai^ure. D'abord il étudia la physique et l'histoire naturelle . S il y avait eu à Athènes une ylçadnnie des sciences , nul doute que Soerate n'eut été digne d'en être le secrétaire perpétuel.

JMaisle métier de savant, en co tempslà, ne menait pas loin. Soerate pensa qu'il y aurait plus de j^loire assurée pour lui en se livrant à l'étude et à la réforme des mœurs. H s'y enfonça tout entier, et se fit par là quelques adnùrateurs et beaueoup d'ennemis.

Les censeurs et les saî^es n'ont jamais mené une vie bien tranquille et bien sûre. Les fous sont généralement mieux vus et plus recherchés. Ceux-ci font fortune , tandis que ceux-là paient de leur vie leurs plus beaux principes , et voient ainsi récompenser leur belles actions. Mais ce n'est rien , 1 estime des siècles vient raccommoder tout cela, témoin Soerate qui but la ciguë , et dont

cS L E C A U s E U R.

maintenant on révère la mémoire ! Cela compense bien des avanies.

.Socratc eut deux lemmes, comme Senèque^ mais Sénèque rencontra deux animes, et Socrate n'eut que deux démons.

Ces deux diables en liablt féminin se nommaient Myrron et Xaulippe, ou plutôt Xantippe tt Myrron,- car on dit qu'il eut Xantippe la première. Elle aurait du le débouter de Fautre.

Quelques auteurs prétendent qu'il les eut toutes deux à la fois : l'exemple n'était pas éli fiant pour un philosophe ; mais il serait excusé par une loi qui avait été rendue pour repeupler Athènes que la peste avait désolée.

Quoi qu'il ei(i soit , ces deux harpies devaient faire un beau tapage. Myrron était fille d'Aristide ; et, à cause du père, nous ne nous ét.-ndrous pas sur les torts de la fille ; mais rien ne nous retient au sujet de Xai;tippe. C'était une couimère diilicile à manier; elle (iéchiiaill ' manteau de Sociale au milieu des places pu-

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bliques,- elle lui jetait de l'eau bouillante au nez , et lui luisait manger exprès de nianvais potage.

Soerate heureusement n'était pas gourn and ; il n'était pas beau non plus, et les vilains maris ont éprouvé de tout temps, dans leur ménage, une foule de mésaventures.

Soerate aimait la danse, et il devait être curieux de voir un philosophe battre des entrechats.

11 mourut. Ce fut un poète qui le tua^ ou qui le fit condamner à périr : l'un vaut l'autre. Les poètes, surtout les poètes comiques, ont souvent le cœur triste, l'esprit morose. Ils sont hargneux^ envieux, haineux ; il vaut mieux voir leurs ouvrages (pie leurs personnes.

D'un aHlre côté , il y a des poètes tragiques qui sont doux comme des moutons, et qui, mettant sans cesse des poignards sur la scène , ne voudraient j.a- que cha^ eux on fît couler 'e sanïr d un poulet.

^liisiippe diliérait grandement de So"

po L È c 1 tj s E u n.

c 'ate , quoiqu'il liit de son école. Il faisait profession d indilliércnce et de légèreté. U n'était pas toutefois aussi inconséquent qu'il passait pour l'être. Quelqu'un parlait devaitt lui de la mort de son maître : Plût aux Dieux , dit - il, que j'eusse une même fm !

C'était une belle parole à laquelle les actions ne répondaient pas. Aristippe élait de sa nature libertin et sensuel. Au besoin, il se faisait sobre et réservé. C'était un homme extrordinaire et bizarreil était indulgent et caustique; il était galant et poli, mais peu digne d'être aimé. Notre Académie royale de musique s'est emparée de ce grec, pour le montrer sous les plus agréables couleurs. Mais ses maximes ne sontpas propres à plaire beaucoup aux femmes sentimentales.

C'était lui qui disait qu il possé î^it Laïs (courtisane d'Athènes), et quelle ne le possédait pas.

Lays , acteur de l'Opéra, cl.aate làdessus des cony-^its qu'f)n lui fait presque toujours iH'péter.

Un jour Aristippe étant en voyage, <][t àLutychide, son valet, de jeter usie UI14B partie de l'argent dont il était cliargé/etde ne garder que ce qu'il pourrait [^^arder sans se gêner. îSlosvovai'feurs de Paris et de Londres ne sont plus à présent si désintéressés,

11 est peu de dames qui n'aient lu les Voyages d'Anténor. Dans ce livre, plusieurs chapitres sont consacrés à peindre Aristippe et à raconter les idées qu'il inspirait à Lastliénie. Ce ne sont pas les moins intéressans de l'ouvrage. Nous y renvoyons ceux qui voudraient avoir d e plus amples détails sur ce grec célèbre.

Archisaplens .

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