‹ Le CauseurChapitre 18 sur 63 · ESCAMOTAGE · texte numérisé non relu

ESCAMOTAGE

Chez nos bons aïeux, les diffërens tours que font nos escamoteurs, tout innocens qu'ils sont , auraient attiré de mécliantes affaires à leurs auteurs.

Alors on recherchait avec une ardeur, aussi folle que superstitieuse, tout ce qui avait une apparence de merveilleux; le dësir de pe'nétrer les secrets de l'avenir dérangeait surtout uui^rand nombre de têtes. La nature ne répondant point aux questions ridicules qu'on lui faisait,

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on eut recours aux moyens sninalnrels,les diables tt les esprits furent mis en jeu ; on prétendit trouver des oracles dans les vers d'iiomère et de Virgile , dans la i^ible, dans la Léi^ende, dans les livres des Kabbins, dans les nombres , dans les astres , etc., etc.; les devins, les magiciens, les sorciers se multiplièrent : pour qu'on vous accusât de sorcellerie, il sulïisait que vous eussiez un peu plus d'instruction que la multitude, ou quela multitude se persuadât que vous aviez fait un pacte avec Astarot ou Belzébut. On augmenta encore le nombre des sorciers en les bridant.

Cependant les idées prirent une autre direction ; ces pauvres sorciers perdirent de leur crédit et cessèrent d être gênés dans l'exercice de leurs fonctions; mais dès qu'on ne daigna plus les faire cuire, leur méti<'r n'eut plus d'attrait pour eux, et la plupart y renoncèrent.

Bientôt après, ou vit la magie noire dans une complète décadence, la magie blanche conserva seule et conserve en-

core de reiupire sur le peuple ; qu.?lquet'ois même elle fait ramusemeiit des personnes qui ont reçu de l'instruction. Que dis-je? n'existe-t-il pas aujourd'iiui des gens instruits, dont les passetemps sont d'une bien plus haute importance que la fantasmagorie , les tours de physique, de cartes et de gibecière? La magie noire ne serait que jeux d'enfans, comparée aux prodiges admirables que de fervens magnétiseurs ne se lassent point d'exercer po u r le bonlieur du genre humain. Par le seul attouchement do leurs doigts miraculeux, ne communiquent-ils pas aux gens qui dorment, ou feignent de dornnr, la iaculté de voir d'entendre et d'avoir des conversations suivies. Ne leur font-ils pas lire dos pa.,^es entières, dans toutes les langues, avec le ventre et avec le dos? ne rendent-ils pas les ignorans plus habiles que toute la Faculté à deviner et à guérir les maladies les plus cachées, présentes et futures, pourvu toutefois que ces honnêtes compères continuent d'avoir l'air II. 5

de sommeiller? Chaque jour ces merveilles se renouvellent aux yeux de tous ^eux qui veulent en être témoins. Les mortels privilégiés qui les opèrent , incapables de tromper leur prochain et trop sûrs de leurs procédés pour se tromper eux-mêmes , n'ont point à craindre, dans le siècle où nous sommes^ d'être grillés comme sorciers ; leur mission vient d'en-haut • la foi est d'une rigoureuse nécessité pour qu'ils opèrent et pour qu'on soit opéré par eux , tandis que les sorciers n'étaient que les agens de l'esprit de ténèbres,

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