‹ Le CauseurChapitre 19 sur 63 · L E C A U SE U R. QQ · texte numérisé non relu

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calculs secrets , que de plans furent faits! que d'esprit, ile génie , peut - clro , no déploja-t-on pas dans cette intention!

C-onime le dit le mordant i igaro : il a fallu à tel homme , pour parvenir à exister, plus de ressources dansTimaqination que n'en eut exi^^é !a place la plus importante pour s'y distinguer,

jMais bientôt, chez les nations où le luxe établit son empire, et surtout dans les grandes villes , il s'éleva une classe d'hommes qui voulut , sans déployer de si grands moyens, parvenir au même but. Bien persuadés de l'attrait que trouvent à la flatterie tous les individus de l'espèce humaine, et surtout C( ux qui sont nés dans l'opulence, ils jugèrent ^u'il suffisait de ce ressort puissant pour les conduire à leurs fins, ils sentirent également qu'il fallait faire le sacrifice de leur amour-propre qui aurait plus d'une foi& de petites humihations à supporter j et, comme u.^e- autre espèce d'hommesavec laquelle ils ont beaucoup de rapport, être, ainsi que la dit un

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liondeur énergique , sans humeur et, sans honneur. Celte résolution bien prise, il leur fut aisé d'exécuter leur projet. C'était flatter puissamment la vanité d'un riche que de lui composer une cour attentive, toujours dans l'admiration de son moindre mot , encensant chacune de ses sottises, et lui faisant croire , pour quelques dîners, que sa réputation était partout aussi jurande qu'à sa table. Puisque nos plus vives jouissances viennent de l'illusion, c'était sans doute marché donné , que de i'aire avec l'orgueil un pareil échange, et, pour quelques besoins physiques satisfaits , de lui procurer les plaisirs dont il est le plus jaloux.

On ne manqua pas de plaisanter ce nouveau genre de commerce; mais qu'importe la censure pubHque à un homme qui s'est mis au-dessus des humiliations particulières, plus difficiles $ans doute à supporter, puisqu'elles ne frappent que l'individu, et que lesautr&s m, tombent que sui- Tespèce ! Si le* Para^

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sites furent mis sur le théâtre, ils s'en consolèrent bientôt en songeant que les médecins, les hommes de loi et bien d antres passaient éiçalement sous la fé ■ rule de Thalie , et qu'après tout, c'était consolider leur corporation et \e\xt donner rang dans la société.

Ou eonnait ces vers ,

Tanais que Colletet ^ crotté pisqu'à TéciniM « S «> va chercher son paiu de cuisine en cuisiii« y Savant en ce métier, si cher aux beaux-esprk»^ Dont Montinaor autrefois fit leçon daiK Parie.

Les ebeveheurs de diiters du dix-huitième siècle y dont je parlerai bientôt y ont amèrement reproché à Boileau son inhumamté au sujet de ces vers. Ils ont dit qu'il était tout naturel, quand on meurt de faim chez soi , de chercher son pain chez les autres. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner ce procè*^etde constater si c'était par pauvreté ou par quelque autre motif que Colletet allait dhcrcbec soa pain.; il suffît de dire que

Boilcau, clans crteudioit, n'insulte point à la pauvreté de Coiietct^ mais qu'au contraire il oppose la misère de cet honnête homme aux richesses scandaleuses d'un IVipon parvenu. 11 y a quelque ironie dans les deux derniers vers : il loue la science de Gollttet dans Tart de se procurer un dîner • mais ilafTaiblit beaucoup le sarcai.me, en ce qui concerne CoUttctjlorsqu'i] représente cette science couime familière à tous les beaux esprits. Lesversdu satiiique sont très-innocens, et ne méritent pas les reproches qui leur ont c'tc' Earits. Du temps de Eoileau , les î»ens de lettres c'iaient pauvres^ ils étaient pauvres par nécessité : le métier ne rendait pas beaucoup , parce que le monde n'était pas encore infatué de littérature comme il l'a été depuis.

Ce IMontmaar dont parle Eoileau , comme d'un grand docteur dans l'art du parasite j était un professeur de grec fort avare ^ à ce qu il parait, qui avait perfectionné la science de vivre aux dépens d'autrui^ et qui, dans un besoin '

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aurait pu la montrer en ville. Les gêna de lettres, peut-être par envie , l'accablèrent d'injures. Me'nai^e se distingua entre tous les autres, par un poëme latin, dont l'e'ditioii est enrichie d'estampes, où l'on voit jV(^ontmaur donnant des leçons dans une grande marmite qui lui tientlieu de chaire. Le fameux Tristan- VHermite , auteur de la tras^e'die de 3/<7r/V7777/e,ctaitaussi un chercheur de dîners très-adif: il s'est peint lui-même dans une comédie intitulée Xe Parasite. Dans toutes les comédies grecques qui nou« restent, traduites par Plaute ou par Térence, les parasites sont de misérables affamés, sans pudeur, sans honneur, esclaves des fantaisies de ceux qui les nourrissent. Térence les représente favorisant les débauches des enfans de famille , se chargeant du soin de conduire leurs maîtresses , etc. ^ enfin , à tous lr$ emplois qu'il leur donne, le nom de Parasite poui rait être remplacé par un autre encore moins flatteur. 11 ne paraît pas cependant que ce nom ait été odieux

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clicz les Romains. Aujjjuste voulant s'attacher Horace en qualité de secrétaire, lui représente qu'il passera de la table de Mécène, où il n'est qu'un Parasite , à et lie de l'Empereur dont il sera le commensal, ventes ab il là parasiticâ, ad hanc regiam. Tout le monde sait qu'Horace, préférant la liberté aux honneurs, aima mieux rester parasite de son ami Mécène, que de passer à la table de riimpercir.

Le sophiste Lucien, le plus l>el esprit qui ait paru dans l'univers, sous Marc- ^urèle , a fait un dialogue sur les parasites , qui n^est qu'un jeu d'esprit , comme l'éloge t'i'Jiélètie et de l 'Usiris , par Iso çrate : il prétend que l'art du parasite? est le premier, le plus excellent et le plus glorieux de tous les arts ; il le met fort au-dessus de la philosophie et de l'éloquence j il donne le titre de parasites à plusieurs grands hommes de Vantiquité :

Nestor et Idoménée étaient les paFasite5> d'Aganiemîioo; Putvocle était k 2^^*^*^^** d'Achille.

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Dans un grand nombre de pièces ilalionnes du nio^en i.iie , on bailbue aussi les parasites. Lu f-'edova et plusieurs autres olFrenl, sur la liste dos personnages, deux ou trois courtisanes, autant d'eutr emc tteuses , et au moins un parasite, que l'on peint comme plus méprisable encore.

Les gens de litres, dans le dix-septième siècle, vivaient entre eux séparés des gens du monde ; c'étaient de pauvres diables. Un beau jour les gens du monde du dix-huitième siècle , rassasiés de dignités, de richesses et de plaisirs, s'avisèrent, pour se réveiller de l'ennui de la satiété , d'appeler près d'eux les beaux esprits. Dès-lors toute bonne maison à Paris choisit, parmi les gens de lettres, ses instituteurs , ses casuisles , ses sages , etles leçons se donnèrent, surtoutà table.

Ces Parasites n'étaient ni flatteurs ni complaisans, si ce n'est pour quelque vieille duchesse dont ils attendaient des places et des pensions ; ils airichaient , au contraire ; la liberté et l'indépen-

daiice ; c'était par là qu'ils imposaient à leurs illustres prosélytes. J'excepte cepentlant FontencUe: celui-ci fut toujours galant, mielleux il poli,- mais Fontonelîe, qui a ve'cu cent ans, en avait passé cinquante dans le dix-septième siècle , et tenait beaucoup à ses usages.

Aujourd'hui, moins habitués que les anciens à nommer les choses par leur nom, nous avons un peu émoussé les traits lancés sur les Parasites. Il est même peu question d'eux sur notre théâtre y où les valets et les soubrettes jouent, d'une façon plus honnête , les rôles que leur donnait lancienne comédie. Mais, en revanche ,1a Grammaire, interprète éloquente delopinion publique, a flétri cette profession d'un seul trait de plume , puisqu en dési'jjnant , sous le nom de branches parasites, celles qui pompent la substance d'un arbre sans lui être d'aucune utilité, ellea attaché à ce nom une idée de mépris qui doit durer autant que notre langue.

Aussi , moins éhontés que les Para-

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Sites de la (irèce et de Rome , les nôtres se deifuisent, sous toutes les lormes possibles pour e'viter l'application de ce mot. Ce sont tantôt, comme le dit Picard , les amis du château; tantôt les complaisans de madame ; car il n'y a nulle honte à faire la cour à une jolie fentme , à être lesclave de ses caprices^ et c'est un des masques les plus honnêtes que l'on puisse prendre pour venir s'asseoir à sa table. Il j a "vinj^t autres manières , introduites par la civilisation moderne, de de'i,aiiser le projet de vivre aux frais des autres, et c'est encore un des points sur lesquels nous avons fait des proj^rès qui êlonneraient beaucoup nos aïeux.

Ainsi il n'a pas suffi à nos Parasites d'avoir leur existence assurée chez quelques Crésus , rien n'était plus aisé que de s'j maintenir pour la vie : être toujours de lavis du maître de la maison ; s'extasier sur les pro^aès du petit garçon, sur l'intelligence précoce de la petite fille ; caresser tous les animaux

du logis • intercéder pour un domestique de manière à ce qu'il en soit instruit ; être toujours prêta céder sa place aux arrivans- ce n'est vraiment là que l'enfance de l'art , et la perfectibilité a dû s'étendre sur celui-là comme sur tant d'autres.

Un Parasite de nos jours est muni d'un calendrier, ou plutôt il le possède dans sa tête. 11 sait exactement quelle fête se célèbre à te lie époque dans telle maison ; dans quelle circonstance la liable de telle autre doit être plus flél'ieatenient servie. Il a ij^rand soin de eembi-ner sa marclie de manière à arïi^ep au moment favorable. 11 est d'ailleurs du plus fn^and avanta^'^e pour Itii A*avoir plusieurs maisons attitrées^ on n'a le temps dans aucune de sennujer âesa personne, «?t, quand l'époque qu'il' s*estr fixée Vy ramène , le besoin qu'on a dans le monde d'objets nouvc aux , le iai* accueillir presquavec ititérêt. Il «loitsajis doute avoir grand soin de suiyKi te eode de flatterie que j'ai uétailté

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plus liant ; mais cela ne suffirait pas. Arouseï" les geus licbf s est uin Evo^en encore plus sur de leur pluirc : il doit donc ëj^alenient savoir ranecdole du Jour, ou Tiaventer s'il en niancjue; pré- -dire l'événement du lendenaain ; pos- S(kler à. fond la chronique scandaleuse du théâtre j et trancher d'un mot sur le laérite des ouvrages , bien, entendu dans le sens du maître ou de la maîtresse du loî;is- Je n'ai pas besoin de dire qu'il est. de rii^ueur qu il fasse sa partie à tous liiS jeux ,, mais en. évitant adroitement ceux où il est le moins fort. Il faïut même, de temps en temps., quill s'enmiie a,us. j^ux, iunoceiis,, surtout ailsi'apercoit que les enfans de la maison mènent leurs parens , comme cela arrive assez souvent.

Un de ses, principes, les plus esser»tiels, consiste à laiie choix de maison* qui n'aient ensemble ni 'iaisons , ni rivalités. 11 évite par là d'être froissé entre leiiUiS intsérétis respectif , ou d'av.oi-B à

craindre que les petites métlisances,(îont il amuse l'un aux de'pens de l'autre , ne finissent par le faire bannir de toutes. M;us cette précaution prise, il peut employer sans crainte ce moyen de succès.

Personne ne s'avisera de croire qu'il puisse être à son tour, dans un autre endroit , l'objet de ses épii^rammes, et l'amour - propre a besoin de preuves bien évidentes pour se désal)user.

Malgré toute sa prévoyance, survientil quelque discussion entre deux des maisons qui le reçoivent , qu'il ne se flatte pas de pouvoir ménager les esprits des deux côtés. La prudence lui commande impérieusement d'en sacrifier une. On pense bien que, pour se décider, il n'ira pas examiner péniblement de quel côté est le bon droit, et , s'il s'agit d'un procès , s'établir, en son particulier, juge de Vaffaire. Ce n'est pas le Code civil , c'est le Code gastronomique qui fixe son choix ,• et, renchérissant sur Molière , un Parasite

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adroit se dit à lui-même : « Le veiila- V ble Amplijtrion est rAnipliytrioii où (( Fou diiie le mieux. »

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