L'ART DE PERFECTIONNER L' H O IM M E
Perfectionner l'iiomme est le résultat des lumières, de la civilisation et de riieureuse alliance des principes religieux et de la pliilosopliie • ce résultat ne s'accomplit que lentement , par des degrés insensibles • il est interrompu par les obstacles qui naissent des préjugés et des passions ; mais si 1 s progrès que l'esprit humain peut avoir faits sont quelquefois arrêtés^ on ne le fait point rétrograder.
Un savant médecin, M. Virey, a pensé que c'était à la médecine qu'appartenait cet art de perfectionner l'iiomme^
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et il en a fait le sujet d'un ouvrage. Il est curieux de le voir se transformer en prédicateur , pour débiter les préceptes de sa médecine spiriluelle et morale. Les préceptes d'hygiène qu'il donne »ont absolument ceux qui dirigeaient les Pères du Désert. Voulez-vous adoucir, modifier, morigéner vos passions ?
M. Virey ne connaît pas d'autre moyen que la solitude, la méditation, le jeûne, les mortifications , une guerre éternelle faite à la chair. Les conséquences de tous ses raisounemens le ramènent toujours à cette recette ; il y revient, comme le malade imaginaire revient à la saignée, aux purgations, aux clystères.
« L'Eglise, dit- il, n'a pas négligé elleiQeme d'unir les pratiques d'hygiène avec celle de la religion, soit pour tempérer la barbarie des mœurs, soit afin de mieux disposer les hommes à la vie spirituelle et civilisée. Elle institue des jours maigres avant ses fctes, des jeûnes solennels, comme le carême; elle prescrit dans les ordres ruli^ioux une
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tîc austère, chaste, sobre, des veilles , des macérations pour atténuer le corps, pour réfréner les sens et les passions ; elle recommande la méditation, afin d'exercer l'âme aux pensées élevées, et aux vertus pour lesquelles la seule volonté est insuffisante. »
M. Virey se montre grand ennemi des jouissances corporelles, que deforthonnctes gens et de très-bons chrétiens n'ont pourtant pas toujours dédaignées.
L'homme, à son avis, ne peut se perfectionner qu'en méprisant son corps autant que du fumier; et qu'en élevant ses facultés intellectuelles sur la ruine des facultés animales et des afFections du cœur.
Et cela , parce que l'âme est dans la pensée y centre rayonnant qui ^ semblable à une lampe étemelle , illumine V homme dans les sentier's de la vie; parce que la Providence établit pariout des contre-poids ; parce que la politique nest quun insiniment dont cette s(hgesse éternelle dispose; parce que plus
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la faculté de sentir esti acii\ c,pliis ccJIe lie réficcltir ci de penser se délé n'oie ; parce (|uc la mort est accompagnée de douceur, de tranquillité bienheureuse, de volupté incornparohie ; parce que le priticipe des biens qui rattachent l'homme à la vie sociale, est placé dans les communications intales; parce que l'ame offre le principe interne et immaléiiel des organes ; parce quelle est T homme même , quand la chair, les os, les himieurs, sont des parties, non de l'homme, mais du globe ieirestre ; parce qu'elle organise le fœtus àdiws le sein maternel j parce qu'elle dirige les esprits \ititux oii il convient qu'ils se rendent; parce qu'elle est susc( ptible d'un état d'illumination , degré plus éminent que le pressentiment ; enfin, parce qu il est possille qu elle s éXhve jusqu'à létai de vision , comme celle de Jacob, qui contempla des milliers d'an iifes montant e|, descendant , en se jouaut , sur une écheU? qui communiquait de la terre au. ciel, et comme ctllc de Saiulo- Thérèse^
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qui vit Jësus-Christ on personne lui apparaître et l'épouser.
L'auteur dél)ite encore beaucoup d'autres propositions aussi claires, aussi incontesta'bles que celles qu'on vient tlo lire; et constamment, chacune est iiuivie de la répétition du refrain : jeûnez, macérez-vous , combattez l'aiguillon de la chair. Resegnare , repurgnre, reclistcnsare.
Jamais les Augustin , les Jérôme, les Clirisostôme, la Fleur des Saints , et le Martyrologe , etc., ne prêchèrent des maximes plus ascétiques, ne prescrivirent une vie plus austèrement pénitente. Après avoir lul'ouvraii^e de M. Virev , celui qui ne se sentira pas tout confit en dévotion , qui ne se réduira point au pain et à l'eau pour toute nourriture, qui refusera de se couvrir de cendres, de porter un ciliée en place de gillet , et de se fustiirer régulièrement chaque jour jusqu'au sang ; celui-là , dis-je, niérit ra qu'on le rejette parmi ces philosophes réprouvés qui ont lim-
pieté de croire que; la bonté, la misé-' ricorde font partie de ress-oce divine; que Dieu ne nous a point créés pour nous faire un devoir barbare des privations et des soulTrances; qu'en nous donnant des besoins tendant à notre conservation ou à notre reproduction , il y a attaché des plaisirs dans le dessein de nous inviter à les satisfaire , et de nous rendre heureux en les satisfaisant,- qu'il n'a établi des rapports entre nos sens et les dons sans nombre dont il a doté la nature que pour nous faire jouir de ces dons; qu'enfin les passions dont il a placé en nous le foyer, sont le plus grand de ses bienfaits, puisqu'elles sont la source de toutes nos jouissances, et puisqu'en même temps il nous a doué de l'intelligence dont l'objet est de les diriger pour nous élever jusqu'à , lui. Oui, cette doctrine philosophique communique à Vhomme trop d'énergie, trop de dignité ,• elle perfectionne trop son cœur : c'est une inspiration de Satan. La véritable doctrine est celle qui nous
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courbe, nous humilie , nous enseigne que nous ne possédons la raison que pour y renoncer ^ et nous inspirant, ce saint égoïsmc qui conduit tout droit au séjour des bienheureux, nous fait dirtf avec Orgon du Tartuffe :
Ouï je deviens tout autre avec son entretien ,
Il m'enseigne à n avoir affection pour rien;
De toutes amitiés il détache mon ame ;
Et je verrais mourir frère, enfans, raère et femme ,
Que je m'en soucierais autant que de cela.
Ce qui passera surtout pour admirable dans l'ouvrage de M. \irej , ce sera do trouver des homélies oti l'on cherchera des connaissances relatives à une branche des sciences naturelles.
Mais, sous le rapport de l'hygiène , son rigorisme pieux ne l'a t-il pas un peu trompé ? Il est certain qu'une vie sobre contribue éminemment au maintien de la santé et à nous procurer une Ionique existence : le médecin Cornaro, la plupart des solitaires de la Thébaïde, en sont une preuve certaine. i\lais les
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macérations diffèrent beaucoup delà sobriété • si elles usent insensiblement le corps, elles enflamment en même temps le sang et initent le genre nerveux :
alors ces appétits sensuels quel'ou croit anéantir , deviennent plus que jamais tyranniques. Saint- Jérôme, pour les chasser, se frappait fortement la poitrine avec de gros cailloux^ et plus il se meurtrissait , plus le diable s'obstinait à le tenter. IN'ayons donc plus l'orgueilleuse prétention d'être plus que des hommes- profitons des biens que nous tenons de la bonté céleste j usons de tout j mais avec sagesse.
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