LE CHANT DU CYGNE
Toute l'antiquité vante la voix harmonieuse du cygne. On prétend que sans cesse les bords forUmés du-
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Cavstre et. du ^Jeancl^e rotentissaienl de louis accons. Les plus j:;raads poètes s'honoraient de porter leur nom. Homère était appelé le Cyi^ne de Meonie, it ^ iri^dle le Cygne de MantoFJc. Le plus bel e'ioi^e qu'on pût faire (]'na célè])ve orateur, était de lui attribuer une \oix de c)i;;ne, cymea i^ox.
Ce n'était pas seulement dans la Grèce et près du Sî'jour des Muscs que ces oiseaux privib'i^i's raisaiont entendre lenis sons enclianteurs ,• ils avaient le même avantage au milieu des glaçons dii nord . Elien nous dit gravement qu ils y ''taient inspirés par Apollon liypcrboréen , qui avait un temple dans ces tristes contrées. Ce naturaliste ajoute même à cette assertion une chose bien plus forte. 11 nous assure que, dans «ne fcte solennelle qu'on y faisait tous les SiiS à ce dieu , au moment où la cérémonie commençait et qu'on faisait l'aspersion des eaus lustrales , tons les assistans ne manquaient jamais de voir une mullilnac de cyjfnes accourir au-
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dessus du l( mpli; , se balancer dans 1< s ail s , entonner des liymnes ravissans , et retourner paisibleiuent à leurs li; mides demeures quand le sacrifice était ilni. ?i'ais, malîçré la beauté de leurs cliaiîts, lorsqu ils joTiissaicnt de la santé, leur voix était mille fois plus belle encore quand ils étaient sm- le point de quitter la vie.
Hélas ! si les cyî^nes chantaient si bien autrefois , ils ont bien changé depuis. Nous en avons assurément de forts beaux aux Tuileries^ mais s'ils ont lé talent de chanter , ils nous cachent !nen l'éclat de leur voix. Ils ont sans doute une blancheur éclatante et un air majestueux, mais voilà tout- et ponr toute musique, nous n'avons plus d'eux qu'un siflleraeut assez désagréable.
Peut-être suivent-ils le sort de la nature humaine, et ont-ils-dégénéré avec le temps , comme nous :
Mtas parentiim pejoi' aois tiiîît Nos ncquiores , mox dutiiros Progeniem vitiosiorem.
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Dans celte supposition , ils seraient plus malheureux que les autres oiseaux ; car il est à présumer que la première philomèle ne chantait pas mieux que nos rossignols d'aujourd'hui, et il me semble que tous les oiseaux, comme tous les animaux , n'ont rien acquis , ni rien perdu depuis la création. L'hirondelle bâtit son nid comme la première fois, l'âne est toujours âne , et le singe toujours singe. Quel changement injuste les pauvres cygnes ont éprouvé seuls ! Jadis on donnait leur nom aux poètes célèbres et aux fameux musiciens, tandis que pour injurier les auteurs désagréables et les chantres discordans, ott les traitait de corbeau et d'oie. N'est-il pas bien fâcheux que les corbeaux et les oies chantent maintenant mieux que les cygnes ?
Un académicien qui vivait au commencement du siècle dernier , frappé d'une dégradation aussi rebutante , crut que la faute en venait de leur premier père , de ce vaurien de Gycnus, voleur
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de grand chemin qui expira sous la massue d'Hercule. Mais, n'en déplaise à ce fameux -M. Moriii, sa raison ne paraît pas loi L bonne ; car , puisque les descendans inime'diats de ce Cjcnus ont excellé pendant plus de deux mille ans dans la mélodie , quel délit ont pu commettre ceux qui vinrent après jusqu'à nos jours ?
Pour moi, qui n'ai pas l'honneur d'être académicien , je me garderai Lien de hasarder aucune conjecture sur un point aussi délicat. Tout ce que je sais, c'est que tous les voyageurs s'accordent a.
oireque les cygnes de la Grèce ne chantent pas maintenant mieux que les nôtres. On me dira peut-être que c'est parce que les Turcs qui possèdent à présent ces contrées enchanteresses , n'ont plus ni d'Amphion, ni d'Orphée, ni d'Homère ,• mais nous qui en avons tant, pourquoi nos cygnes ne se formentils pas aussi à leur école?
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