LES BOTTES, LES BRETELLES, LES CHEVEUX A LA TITUS
Laudatores temporis actl. (HOR.) Ils plaignent le présent et vantent le passé.
Cette manie a été de tous les temps ; et depuis le déluge , pour ne pas remonter à la création , on a répété que le temps passé valait mieux que le présent. Ainsi bien loin de tendre à la perfection , il semblerait que l'espèce humaine dégénère de siècle en siècle ; ce qui ne serait pas consolant. Arts , littérature, poésie , métiers , professions , modes , et les modes surtout , tout cela était donc bien plus parfait du temps de nos bons aïeux qu'aujourd'hui. Les journaux, feuilles et léuilletons en ont fait une revue générale, tout a passé parleur censure. Après avoir réprouvé la mise élégante et légère des femmes ^ celle d.es
hommes a eu son tour. Ou a prétendu clianger leur costume de la tote aux pieds , où , pour mieux dire , des pieds à la lele , et l'on a commencé par les bottes. A propos de bottes^ on a entrepris de leur arraclierles bretelles , enfin on les a pris aux cheveux. Pour réussir dans cette généreuse entreprise , si l'on n'eut employé que l'arme du ridicvde , les amateurs des bottes , des bretelles , et des têtes à la Tliiis , à In Caracalla , ou à la Hussc, auraient ri^ et se lussent contentés de répondre :
Ne dérangez pas le monde , Laissez chacun comme il est.
Mais ceci est devenu plus sérieux , la faculté a lancé ses décrets contre ces modes mortifères. Ainsi , vous portez des bottes, mort subite : vous faites usage de bretelles , /no^^ subite : votre tête est à la Titus , mort subite : Eh l Messieurs , ne nous tuez pas pour de - pareilles bagatelles -, laissez-nous vivre avec des bottes^ pour n'avoir pas nos.
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pieds toujours dans l'eau et nos bas crottés^ sou(Frez-nous les bretelles, afin qu'un haut de chausse ne soit pas toujours près de tomber ,• permettezque nos tétos soient à la 2itiis , pour n'avoir pas le d (.'sas; rément d'enfariner nos cheveux et de blanchir nos habits. « Mais, ditesvous , cette coiffure est nuisible à la santé. » Il est bien e'tonnaiit que nos bons aïeux ne s'en soient pas aperçus , et que, depuis la création du t^lobe et des animaux de toute espèce qui l'ont peuple' , jusqu'à la fin du seizième siècle , on ne se soit point avise que des cheveux bien couverts d'amidon et de graisse , fussent un pre'servatif efTicace contre les rhumes, les catarrhes, la goutte, la gravelle et l'apoplexie. Pauvres peuples anciens, et vous , simples hahitansdela campagne , vous ne soupçonniez pas que toutes vos maladies, et la mort même , auxquelles vous étiez sujets ainsi que nous, ne provenaient que de ce que vos cheveux étaient sans poudre et sans pommade. Il faut du temps pour faire
une aussi précieuse découverte ; et il n'appartenait qu'au siècle des miracles de la produire. Grâces soient donc rendues aux docteurs qui nous éclairent sur désintérêts si cliers ! s'ils ont encouru rindii*nation des artistes en bottes et en bretelles, ils ont du moins bien mérité des perruquiers. On ne peut pas plaire au genre humain :
Est bien fou du cer\eaii , Qui prétend contenter tout le monde et son père.
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L'ORIGmE ET L'UTILITÉ DES BIENSÉANCES.
Si riiomme eût été placé sur la terre pour y vivre sans aucune communication extérieure, tous ses devoirs auraient été bornés à sentir la dépendance deson être, à en respecter l'origine , à s'occu-
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per de la main puissante qui l'a formé , et à remplir son cœur de reconnaissance pour les bienfaits que la nature a scme's avec tant de magnificence autour de lui, ses vertus et ses vices auraient été tout entiers au fond de soname ; mais , bientôt les liommes sentirent que le but de l'auteur suprême avait été de les comprendre tous dans cette chaîne de besoins qui les lie les uns aux autres. L'innocence faible et timide cbercba à se mettre à l'abri des violences et de l'oppression. ^ oilà l'origine des sociétés.
L'homme alors éprouva mille mouvemens divers qui, jusqu'alors, lui étaient inconnus j il vit soii cœur eu proie à une foule de passions qui prenaient leur source dans un commerce à la douceur duquel son imagination attachait tous les élémens de son bonheur. Il fallait encore l'obliger à se respecter soi-même et à respecter les autres ; il fallait mettre dans les manières une certaine politesse et retrancher de la société tous les viceg qui naisscïit d'un caractère dur et