L'ORIGINE DES FÉES
Et , en particulier , de la Fée Mehisine
DE LiGîNY.
Presque tons les peuples ont eu leurs génies ^ distingues en bons et mauvais. Les exemples en sont si multipliés, que nous nous dispenseions d'en appeler ici en témoignage. Ce n'est que fort tard que l'imagination des poètes et des romanciers a associé aux Sylphes et aux Gnomes , ces enchanteresses connues parmi nous , sous le nom de Fées ; association faite soit par égard pour le sexe , qui était bien aise d'avoir ses génies féminins, soit par analogie avec les divinités de ce genre, dont l'idolâtrie peupla, clans tous les temps, le cid et la terre. Les premiers eniichirent leurs poëm^es de cette brillante féerie et les autres en lircrent un fonds inépuisable
cle gaité et de morale qui plaira et intéressera toujours. Nos théâtres même se sont emparés de cette invention, avec autant de goût que de succès.
Les génies avaient leurs sphères particulières, et se partageaient les élémens* les fées eurent comme eux la puissance. On plaça les bonnes fées dans des palais transparens, environnées de tout ce que la nature et l'art pouvaient offrir de plus magnifique et de plus gracieux, et au milieu de l'abondance. Par elles , les mortels qu'elles protégeaient ou qu'elles avaient pris en affection, obtenaient Taccomplissement de tous leurs souhaits. Les fées maléçoles furent reléguées dans des lieux inaccessibles au milieu d'affreux déserts , ou dans des antres ténébreux et horribles, d'où elles soufflaient tous les maléfices et les sortilèges que la méchanceté put inventer pour nuire aux hommes.
Chaque fée eut son apanage , son domaine , sa contrée, sa cour j chacune d'elles eut son nom, sa vertu, son pou-
voir. Il serait difficile d'assigner l'étymologie des noms de toutes celles dont le souvenir est venu jusqu'à nous. Ainsi se perd, dans le vide des temps, la véritable origine de la fée Mélusîne , Melïusi'ne ou Melusigne, que Ton dit avoir habité un canton du département de la Meuse ( Ligny ). Nous n'avons que des conjectures à cet égard • mais du moins elles sont vraisemblables.
On Ta toujours représentée nue avec un corps de femme et une queue de poisson, les cheveux flottans, un miroir devant elle , et un peigne à la main ou sur sa toilette. 11 n'y a pas long-temps encore , on en voyait , en différens eudroits , plusieurs bas-reliefs très-bien sculptés. La tradition porte que c'était une très-bonne fée ,• sa mémoire était en vénération, il y a au moins un siècle, dans cette partie du ci-devant Barrois.
Quelques chroniqueurs l'ont faussement désignée sous le nom de Mer-Lusine ou Malusine. 11 en est bien une de cette première dénomination , calquée sans
doute sur la mère Lucine , Mater Lucina des Romains,- mais ce n'est point la même. S'il en est une qui soit appelée Malusine, son nom seul, Mahisma , qui est presque l'anaiijramïne de Mali- XJsus , l'éloii^na encore plus de celle dont nous parlons,
La maison de Luxemboug, suzeraine de la comte' etville de Linej ( aujourd'hui Ligny ), la portait dans ses armoiries. Cette maison l'ut alliée à presque toutes les cours souveraines de l'Europe. Un de ses princes se maria à une. fdle de l'antique et illustre famille des Lusignan. C'était une princesse d'une beauté ravissante , douce et charitable , parlant si éloquemment qu'il semblait que le miel coulait de sabouche {Meî- Usus ). Or, qui ne sait les fables concernant de prétendues apparitions sur les ruines des châteaux de ces anciens rois de Chypre et de Jérusalem ? Voilà donc une origine rencontrée pour cette Mélusine j ne la cherchons pas ailleurs.
Mais pourquoi l'a - 1- on ropréseiitée moitié poisson? 11 ne faut attribuer cette Ijizarrerie qu'à l'admiration pour sa personne , dont on fit successivement : d'abord une Sirène , tant à raison de la douceur de son langage ou de son chant, qu'à cause de l'habitude où elle était , dit-on y de se baigner dans le beau canal du parc , et de peigner après ses longs cheveux ,• et ensuite une fée à laquelle on attribua le don de la bonté , et à qui l'on prêta , pour orner son histoire, différentes anecdotes analogues à son caractère.
On doit croire que les fées , en général, ne furent que des femmes puissantes que leur haute sagesse ou leur extrême malice firent remarquer, et qui en laissèrent des traces profondes, longtemps après qu'elles eurent cessé d'exister. La frayeur ou l'admiration exagérèrent leur puissance ; de-là naquirent tous ces contes populaires , tous ces romans que la chevalerie accrédita , que la curiosité mit eu vogue , archives