LE CÉLÈBRE ASTRONOME DE LALANDE
M. De Lalande avait dit dans son testament : « Je désire que mon corps serve à une dissection anatomique ; c'est le dernier usage dont il pourra être. » On a cherclié à jeter du ridicule suf cette disposition ; mais il nous semble que c'est bien gratuitement. jN'est-elle pas lexpression d'un homme , qui , pendant une longue carrière^ a consacré toutes ses pensées et toutes ses actions aux progrès des sciences ? Au moment où il cesse d'être , ravi , dès— lors , pour jamais au plaisir de les scrviractivement^ comme par le passé , il veut que du moins sa dépouille mortelle leur soit encore utile.
Sa famille n'a pas cru devoir accomplir ce vœu , par respect pour sa mé-
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moire. Elle devait^ avec tous les amis des lumières , honorer les cendres de celui dont le nom sera toujours pour elle un titre de gloire, mais il ne s'en suit pas de-là , que l'on soit autorisé à ridiculiser une idée qui ne pouvait naître que dans l'esprit d'un véritable pliilan-* trope.
On a fait une remarque : c'est, qu'en général , ceux qui ont eu le déplorable courai^e de se dire athées, ont cependant été les nuilleures gens du monde.
11 semblerait qu'en se mettant au-dessus de toute crainte et de toute espérance pour la vie éternelle, ils avaient senti la nécessité de substituer le culte des vertus à celui de la Divinité, et qu'en donnant pour base à la morale l'intérêt personnel , ils l'avaient fait consister dans la jouissance qui résulte du bien que l'on répand sur ses semblables. Tous les athées célèbres que l'on cite , avaient des mœurs douces, de la tolérance, de la charité; il ne leur manquait que de croire en Dieu , pour devenir l'exemple
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rt redifîcation des clircliens. On s.-nt que le savant Baj le était si convaincu (le leurs vertus, qu'il fornia le vœu de voir une république d'atbe'es.
Par SCS qualit('s morales ^ ?>f . De Lalande eût tenu la première place dans cette re'publique. Jamais liomme ne fut moins dispose' à l'aii^reur et au ressentilaent. Ses opinions lui attirèrent souvent des critiques vives , et même des traits qui tendaient à le rendre un objet de dérision : il n'en était point ému , il en riait quelquefois , et lorsqu'il reconnaissait dans ceux qui l'avaient maltraité, des talens et du savoir, il était lepremicràles vanter^ à les servirméme, s'il en trouvait Toccasion; et cela, sans se douter que ce procédé pouvait paraître généreux. Un cœur bien pénétré des maximes de Tévangile , se conduirait-il mieux ?
M. De Lalande était ii^fatigable lorsqu'il s'agissait de procurer aux sciences, et notamment à relie qu'il cultivait de prédilecliou , de nouveaux moyens de
perfection. Rien ne l'arrêtait , rien ne le , rebutait : ni les de'uiarclies répétées, ni les refus, ni les dépenses 5 car il a trouvé clans ses économies de quoi fonder des prix j enfin ^ il falii^nait les hommes en place, jusqu'à ce qu'il eut obtenu ce qu'il sollicitait ^ il avait réponse à tontes les objections : on eut dit qu'il traitait de puissance à puissance.
La plupart des astronomes de l'Europe sont ses élèves j il s'attachait aux jeunes gens qui montraient du goût pout l'étude ; il les éclairait de son savoir ; les encourageait ,• pensionnait ceux qui étaient pauvres , et ne se lassait jamais de faire usa"e de son crédit et de sou nom pour les placer et leur donner de la réputation.
Dans sa vie privée , ce prétendu athée était un auge de bonté : il aimait à voir la piété de sa nièce • il avait fait faire la première communion à son neveu, et à cette occasion, avait donné à dîner à tous les enfans qui l'avaient faite av ec lui pi était exact ù rendre le pain béni
H sa paroisse , et ce qui était plus louable^ il chargeait son curé de distribuer des aumônes aux indigeus.
Six semaines avant sa mort, il nous disait que , lors d'une de ses visites au Pape , Sa Sainteté' lui demanda si les astronomes de Rome l'avaient accusé avec raison d'être atliée ? M. De Lalande lui répondit en lui citant les faits qu'on vient de lire. Il y avait de la bonhomie dans cette réponse.
Sa visite du jour de l'an chez le ministre de rintérieur , et que nous tenons de sa propre bouche , a quehpie chose de piquant. On était encore à table quand notre astronome arriva : il attendait dans un salon que Von en fût sorti , quand parut le vénérable cardinal de Belloj y archevêque de Paris. M. De Lalande s'empresse d'aller au- devant de lui, et de lui offrir son bras pour le soutenir, u Je n'en ai pas encore besoin, lui dit le prélat, en souriant • cependant je l'accepte : en ce moment , les deux batlans de la porte du salon de compar
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Cfnie s'ouvrent : on annonce j la surprisese peint sur tous les visages de voir entrer le dojcn des e'veques , soutenu par le doyen des atliees. Des prélats étaient devant la cheminée , et faisaient entre eux des réflexions à ce sujet. M. De l^alande s'approche d'eux: « Messieurs, leur dit-il , vous avez grand tort si vous croyez que je ne serai pas sauvé; j'ai dans le ciel deux grands papes qui ont été mes amis : l'un est Benoit xiv qui en valait bien un autre. Ils m'ont promis de prier Dieu pour ma conversion -, vous voyez-bieiT qu'avec des recommandations si puissantes ^ je ne puis manquer d'aller les rejoindre un jour, x
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