‹ Le CauseurChapitre 55 sur 63 · LE CA U S E U R. O.C · texte numérisé non relu

LE CA U S E U R. O.C

t\e Sophocle , d'Euripide , etc. Je lis V I/ûnIe A^rcs 2000 ans, et toujours avec un nouvel attrait. Quelle peut être lu raison du plaisir qiu; j'éprouve à cette lecture ? Est-ce reflet du préjui^x'. L'opinion seule re'pandrait-elle des cliarmes si touclians pour moi sur la naïveté des mœurs (assez brutales mais vraies) peintes dans ce poëme, sur tous ces sentimens naturels que je démêle parmi les mouvemens les plus féroces de ce héros peu polis et presque sauvage? Est-ce le génie d'Homère ou l'ouvrage de mon imagination que j'admire dans cette continuité d'action , si variée et si soutenue , où je n'apperçois jamais le pocte^ action qui n'est interrompue que par des discours insupportables aux Perraidt , mais qui sont pour nous comme autant de digressions épiques, où toute l'antiquité fabuleuse , héroïque , physique , et morale passe sous nos yeux ? Serait-ce enfin l'opinion qui jette sur les vers de ce poème et sur toute l'expression d'IIojnère ce coloris qu'aucun autre poète

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U'a encore atteint, mais qui n'est visii^le qu a ceux qui joi-nent A Fintelligcncade la langue le sentiment de la vraie poésie ? Est-ce encore un prestige cle 1 opmion qui, dans la lecture d'Ana-

creon et deTheocrite, fait éprouver à mon esprit un sentiment tout aussi doux que celui que porte à mon oreille un chant mélodieux, qu'excite à ma vue 1 aspect d'un agréable paysage ? Ce que je dis des Grecs est applicable au^ i^atins. On sait qu'avant Perrault il v eut des Zoiles : il est même assez vraisemi3lable que dans quelques cercles d'Athènes on ait pu préférer Cliërile à Sophocle, le Rhéteur Isocrate à Déniosthène, et plus d'un Sophiste à Platon Un demi siècle après Auguste on préférait Lucain à Virgile , et sans doute ^eneque à Cicéron , ainsi que les Min.es de Labérius à ïérence. C'est à ces vicissitudes bizarres qu'on reconnaît le règne de Vopiniorh. Le génie, dans tous les âges où la nature le montre j n'a, comme l'éclair ,, qu'un instant

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pour luire ; il nous laisse à peine un Irait de lumière.

« L'ouvrage de l'opinion se reproduit continuellement sous mille formes difTerentes , jamais elle n'abandonnera les hommes. Au commencement du 16* siècle, avant que notre poésie, avant même que notre langue lut formée, Marot, Saint-Gelais, et quelques autres poètes firent briller quelques étincelles du feu poétique qui s'allumait au flam- Leau des muses grecques et latines. Vient Ronsard qui, la tête pleine de toute cette ancienne poésie ( et vide d'idées originales ) , veut la faire passer dans la notre, et parvient à ne plus parler français en e'erivant cette langue. C'est à lui cependant que l'opinion avait déféré le sceptre du Parnasse français. Malherbe paraît et bientôt fillusion est dissipée. Ronsard , autant méprisé qu'il reçut d'éloges , est sûrement condamné à un oubli éternel. Le pauvre Chapelain que nous avons tous vu , a presque joui de la méuie célébrité que Ronsard , et sa

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vieille Puce/le , si lonj^-lemps allendue^ n'a paru que pour conroudre tous les ridicules eloj^es que Von s'e'lait haie' d'eu faire. Il avait pourtant sur Roi.sard l'avantage de ne parler que le langage de son temps. Enfin , aujourd'hui , nous sommes parvenus , je n'ose pas dire à égaler les anciens dans tous les genres de poe'sie (le poëme épique excepté) , dans les arts du théâtre , etc. , etc. , mais à les suivre au moins de fort près^ et à reproduire^ tant de siècles après eux, les beaux jours d'Athènes et de Rome. Si ce n'est même trop présumer de l'époque où je considère j avec l'orgueil national qu'on s'est permis chez tous les peuples du monde, les trois ou quatre hommes à qui notre théâtre et notre poésie doivent le plu5, il serait à désirer, ce me semble , que nous pussions nous arrêter au point où nous sommes et nous maintenir en cet état. Mais que ne fait pas craindre après vous, Messieurs, la mobilité de l'esprit humaiu? Peut-être, avant un siècle révolu, verra-t-ou Vopi-

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mon ( celle dont j'ai parlé jusquici ) , exerrant Je nouveau tout son pouvoir sur le domaine des letlres , altérer ou changer à son gré les idées simples du beau, de la nature et du vrai- peutêtre' le législateur de notre Parnasse , lui qui sut orner la raison des charmes de la poésie , sera-t-il le premier en Lutte aux Zoïles futurs. Corneille et son rival séduisant , ainsi que l'auteur du Tartuffe auront en vain fait revivre Sophocle, Euripide, Plante et Térencej l'antique simplicité déplaira. Le goût recherché , l'afTectation de l'esprit , ce goût faux , poursuivi avec persévérance par Boileau , renaîtTa des cendres mal éteintes des Voiture", des' Benserade, des Brébœuf , etc. , plus fin , plus assaisonné peut être , accommodé aux mœurs du

temps

Le reste manque dansle manuscnt.

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