PETITS MÉLANGES
Les femmes peuçenf parler sans langue. Cette opinion est appuyée sur des faits dans lesquels il n'entre ni prodige, ni fourberie.
En 1748 ? Marguerite Cutting, ayant alors vingt-quatre ans , et vivant dans
LE CAUSEUR» 5(f)
la proyincedeSufolck, à Wikliam-Maikel, parlait très-racilement et très-intellii^iblemeiit , quoiqu'elle eut perdu toute la langue par un cancer, à l'âge de quatre ans : elle était née à Turn - Vl , en 1718. Le lait et ses preuves sout consignés dans les Transactions pliilosophiques de la société de Londres, anné(; 1742, no 464 ? î^ï'ticle II (en angLiis).
Dès que M. Scliotmore , cliirurgieu de SaxiTiundham, eut reçu toute la lan-» gue dans un plat, la petite fdle s'écria distinctement : (( Ne vous effrayez pas, maman , elle recroîtra bientôt. » A l'examen, on trouva, en 1742, qu'elle n'avait ni vestige de langue , ni luette : plusieurs témoins éclairés , savans surtout en anatomie et irrécusables, attestent ces détails, et que Marguerite Cutting articulait et prononçait tous les mots possibles.
Le médecin Drelincourt , dans son traité de la petite-vérole , dit qu'une fille de huit ans , à qui cette affreuse maladie avait fait perJre la langue ,
parla aussi bien qu'auparavant , et cite en témoignage toute la faculté de Sanmur ; ce qui est attesté de même dans les Epliernerkles Gcrmaiiicœ : voyea-y le lilvQ({\4ncostographia, ou description de l'extraction de la langue.
M. de Jussieu a consigné , dans les mémoires de l'Académie royale des sciences de Paris, de 1718, un ouvrage de lui, sur la manière dont parlait une fille née sans langue.
JeandelSlwelîe. — Sans en connaître l'origine , beaucoup de gens répètent ce proverbe : Le chien de Jean de Nivelle senjinL quand on V appelle. Or, apprenez lecteur que ce chien-là , n'était pas un cliien , mais un très-^rand seigneur Français. Après la bataille de Monllhery , en i465 , Guillaume de Montmorency entra d'un air très-agité dans la tente de Lo'uis XI : « Sire , dit- « il , je viens vous demander justice.— « Contre qui? — Contre mes deux aînés^
LE C A TT S E U R. Ssi
•« Jean de Nivelle ( i) et Pierre , qui « viennent de passer dans la camp du « duc de Bourgogne. Permettez-moi de « les déshériter. » Le Roi y consentit, et lem* exliédération fut prononcée. Cependant, par la suite, Louis et Guillaume employèrent tous les moyens pour ramener à leur devoir et enlever au Bourguignon et à l'Anglais deux guerriers si valeureux. A plusieurs reprises, leur père les rappela,- mais plus il les pressait de revenir, plus Jean de Nivelle s'enfonçait dans les états du duc de Bourgogne ou du Roi d'Angleterre : ce qui fit dire que Jean de Nivelle s'enfuyait quand son maître l'appelait. Ce mot étant devenu proverbe , on attribua par la suite à un chien , ce qui avait été apphqué au seigneur de Nivelle.
Mousseline iimsiblc. Tandis que nos manufactures d'Europe se perfection- Ci) Jean prenait ce nom de la ville de Nivelle en Flandres, dont il était seigneur.
Ù'22 LECAUSEUR.
ncul ,, on prétend que celles de Vlnde dégénèrent. On faisait autrefois dans le Bengale , dit un voyageur Anglais, une sorte de mousseline appelée Ahroiân , à l'usage du sérail , qui coûtait quatre cents roupies ou cinq cents livres sterlings, d'une légèreté exlrc^ne, et si fine, qu" étend ne sur l'herbe mouillée , elle letait à peine visible. On châtia le domestique d'un Nabad^ parce qu'ajant laissé une pièce de cette mousseline éteiiduG sur l'herbe, sa vache , en broutant, l'avait avalée. Une jeune princesse, lille de l'Empereur Aureng-Zeb , fr.t grondée par son père parce qu'à travers SCS vêtements , elle faisait voir les formes de son corps et la blancheur de sa peau, comme si elle eût été nue j elle s" excusa en prouvant qu'elle portait sept robes l'une sur l'autre. Ly dus parle d'un préfet du Prétoire nmwuïéJeaji de Cappadoce ^ qui faisait paraître, dans ses parties de débauches, des jeunes fdlcs vêt :es de robes aussi transparentes. On dit que plusieurs de nos beautés duhaiït
paras;e se sont coilisecs pour former des prix d'encouragement destines à ceux qui feront revivre le secret de cette mousseline.
Contre - sens de Vahhc Delille. — Comme tout le monde ne lit pas Virgile dans sa langue savante et immortelle, et qu'on est trop heureux de pouvoir s'en dédommager par des traductions comme celles de l'abbé Delille, }es erreurs dans lesquelles elles pourraient induire, sont d'autant plus importantes, que l'ouvrage a plus de ré- ,putation. La «ui vante mérite d'étrô remarquée.
Talem dires arat Capua , et vicina Veseoo. Orajugo , et vacuis Clainus non œquus aceris. Georg, Liv. il
Telles on aime à voir ces campagnes fécondes , Que le Clain trop souvent engloutit dans ses ondes , Tels les champs de Capoue , et ses vallons fameux Que du bouillant Vésuve épouvantent les feux.
Trad. df M. Deulle.
L'abbe Dclille , dans ce dernier vers, fait dire à Virgile ce qu'il n'a pas dit , et ce qu'il n'a pas pu dire. Ne serait-on y)as fondé à croire , d'après sa traduction, que ce grand poète connaissait les elTels terribles du \ olcan , et qu'il les a ex^Drimés dans ses vers? Cependant il n'en est rien. 11 parle simplement des plages voisines du Ve'suve. T^icina T^e- S'^ço ora ptgo. En effet la première éruption connue, est celle de Fan 79, de J. C, qui engloutit Herculanum et Pompéia, la première année de l'empire de Titus , et Virgile ne vivait plus depuis long-temps.
Catéchisme littéraire. — Un homme de lettres a composé un nouveau Catécliisme de littérature dont voici les principales définitions : « La littérature est Fart de barbouiller beaucoup de papier blanc avec de l'encre incorruptible et indélébile, et d'en faire barbouiller davantage par des imprimeurs,
i ï: C AU s E U R. 525
avec une composition d'huile et de noir de fumée. Avant de lancer son papier en circulation , un littérateur doit aller trouver les journalistes, leur demander l'honneur de leur protection, et la faveur de quelques louanges dans leurs articles. S'ils refusent, il faut composer contre eux de bonnes comédies en deux actes ou des préfaces où l'on prouve qu'ils sont grossiers et décourageans', etc. 11 faut encore avoir pour soi quelques jolies femmes et quelques jolis ij;arçons qui forment une cotterie , se chargent de vous porter aux nues , et quand on y a été porté, on retombe doucement. La république des lettres est un ordre de choses où on se dispute toujours sans s'entendre ; où on ne cède jamais ; où on se déchire régulièrement tous les jours , où tout le monde court après le génie j où on en attrape très peu • où l'on croit en attraper beaucoup j où l'on se vole mutuellement de l'esprit, etc.
Pour entrer dans cette république , il faut avoir une très-grande démangeaison
d'écrire ; être né avec l'horreur du papier blanc, et l'amour excessif de la f^loire • être robuste et bien constitué , afin de se tenir ea état de mourir de faim si l'occasion s'en présente. On peut y entrer dès le moment qu'on a été mis en culottes : ce qui ne veut pas dire que les culottes soient nécessaires à la rigueur pour la littérature.
Lois bizatres. — Parmi les lois particulières à l'ancien Dauplnné , surtout au Daupliiné gouverné par les Dauphins avant sa cession au Roi de France en 1 545 , on en remarque qui portent l'empreinte de cette barbarie que les siècles dlgnorance avaient imprimée à toutes les institutions qu'ils avaient vu naître. La peine ridicule;,inconvenante,illusoire, infligée à ceux qui se rendaient coupables d'un adultère peut en fournir une preuve. Dans les statuts de Grenoble, sous la date de 1244 l'aduhère était condamné à une amende de cent sous.
En 1 2A6 , ramencle fut rc'Aéc par le
pa
niandcnicnt de Beauvoir^ dans le.^ iennois^ à soixante sous pa^yables à l'abbe'. Les statuts de Vienne l'avaient fixée à vin£;t-ciuq florins^ ceux de Beaurepairc à trente sous , ceux de Bourgoin à soixante , et si le coupable refusait de payer , il était obligé de courir nu dans les rues de ce bourg.
Les statuts de Saint-Sapliorin n'infligeaient aucune peine pécuniaire • mais les deux coupables étaient tenus de traverser les rues du lieu , ensemble , nus , et d'un pas modéré: l'acte porte expressément Troiore iamen non debent , qu'ils ne devaient pas iroter. Ils pouvaient se libérer de cette peine en payant une amende selon la coutume de Lyon.
Une semblable course était aussi ordonnée dans quelques lieux du Langufedoc.
A Maubec j le coupable devait courir nu ou payer 60 sols j à Cbatonay ^ le seigneur lui imposait une taxe , et s'il refusait de payer , il était fouetté publiquement.
On pourrait multiplier de semblables
SaS LE CAUSEUR.
indications • mais cet extrait doit suffire pour donner une idée de ces coutumes barbares qui caractérisent l'enfance des nations ou leur décrépitude.
Le plaisir. — En France le mot plaisir n'est souvent qu'une formule.
L'on s'amuse peu, l'on s'étourdit. Le mot plaisir esl dans toutes les bouclies , et n'exprime jamais ce qu'il signifie. Un homme a le plaisir de vous voir , le plaisir devons écrire , le plalsit^ de vous rencontrer , \e plaisir devons entendre^ quoique vous lui sojez très-indifférent.
Interrogez-le : il a eu \e plaisir de dîner chez un tel , et il s'y est ennuyé à la mort. L'invitez-vous à dîner chez vous?
avec grand plaisir , dit-il, et il ne vient pas. Une femme lui demande-t-elle son bras? avec bien du plaisir , Madame, et il peste d'une politesse qui le dérange. Fait-on l'éloge de quelqu'un"? écoutez, lai dit-on : avec beaucoup àe plaisir . répond- il , et il déteste celui dont on
LE CAUSEUn. Ô2g
parle. TaiÛïï , pla/sir ici vont presque tlire^ ennui , indilï'ércnce , gène, eontrainte , Laine et rivalité. Il indique encore l'espèce de respect qu'un lionimc vous porte. Il a Vhonneur d'écrire aux grands^ il a ]v.pla/'sit'(Vccrirek ses égaux. Il écrit sans //0T}?7('urci saus pla/s/r h ses inférieurs. Fiez-vous à ces distinctions ! parfois il ne trouve de véritable amusement; et il n'obtient de considération dans le monde, que par la société de celui à qui il écrit sa.ns plaisir et sans hojineur.
A 20 ans on tue le plaisir avnnt qu'il naisse ; à 5o ans on le goûte ; à 4^ ''ïws on le ménage^ à 5o on l'appelle; à Oo ans on le reiirfctte.
Hnblfs ecclésiastiques — Ce nest queversîe sixième siècle qu'ilfut assigné un habit particulier aux ecclésiastiques ; jusqu'à cette époque, il eût été dangereux de les distinguer extérieurement , et dintroduire un usage qui les eût
55o LE CAUSEUR.
exposés aux persécutions des princes païens • mais aussitôt que les temps furent plus calmes, l'éj^lisL' exigea d'eux qu'ils fussent vêtus d'un lialjit qu'on leur donna coîiime symbole de la retenue, et dont la couleur leur rappelât sans cesse qu'ils sont rnorts œi monde et à tout ce qu 'il contient ; quils ont renoncé aux plaisirs, aux amusemens profanes , aux jmnités du siècle, et qu'ils sont charges de gémir et de demander tous les jours grâce à Dieu pour les péchés du peuple. Habit sacré , habit canonique , lia])it de religion , habit clérical , habit long ou soutane , signifient la même chose.
Dents de sagesse. — Un fait extraordinaire et constaté, a eu lieu il y a peu temps à Sampigny , département de la Meuse. Une femme de cette commune , madame Lucie Goubert , âgée de 55 ans, y a éprouvé l'éruption de nouvelles dents à la place de celles qui lui manquaient.
L E C AU s E U K. 53 1
Celte dentition étonnante a déjà regarni la bouche de cette femme.
Un tel phénomène n'est pas unique; nous en pouvons citer des exemples , même de plus singuliers. On sait que les deux dernières dents molaires , ne paraissent que fort tard à chaque mâchoire , et qu'on les nomme à cause de CQhi, dénis de sagesse. Le célèbre anatomiste Ferrein, avait 64 à G5 ans, lorsqu'elles percèrent ses gencives^ en lui causant de vives douleurs. — Un fait qui paraîtra plus surprenant, et qui est consigné dans l'histoire de l'Académie pour l'année i ySo , c'est qu'il sortit à un charpentier du port de Lorient , âgé de 80 ans, quatre dents, savoir : deux incisives et deux canines.
On lit dans les Ephémérides des' curieux de la nature, qu'un homme originaire de Bohême , devint aveugle à la 93* année de son âge , et qu'il lui sortit peu après une dent.
Aristote , Pline, Thomas , Bartholin et quantité d'autres auteurs ; font men-
^^2 t,E CAUSEUR.
"eo d'Es^onde ;rLr "!^ "•""loisqucia dernière parut ^^"''
. ^'"''^ * nawOT«c«. Dan, l-, «enne Grèce, vers le «ni. , r .
~aal.pare„.patern,;;:tlC a-t„bLlTd"ef. Y '"'''''-"«
lie» le di.iè„,e ou le en.iè '"""' "'" «mvait la naissance .7 T '°"'' 1"' dent quelque aute:;i™"^'' P""'"^"-
-f ...viîe di,r-:i:'de" riTz
"--nde.pèrect.èrr:V:/l:,!
ment le me me lil , enipruulé à la i eliijioa Païenne.
Avant ron/ième siècle ^ le baplenie ne se conrëiait qu'à des époques dëtei- Tninées. Elles lurent rapprochées depuis. Ce n'est plus le dixième jour, c'est dans les vingt-quatre heures, ou à peu près, que le nouveau né doit prendre sa place dans la société et être reconnu par sa famille. En France , ce ne sont plus les prêtres qui constatent la naissance d'un enfant • ce soin appartient au magistrat civil. Comme l'empire de l'église est tout spirituel, les païens sont maîtres de transiger avec ses ministres pour ce qui concerne l'éternité ; quant à l'état civil des Français dans ce monde , il est assuré par les actes de l'autorité temporelle , seule et indépendante de l'influence du clergé.
L'homme aiiac découveiies . — Ce n'est pas seulement en France que l'on lait <le grandes découvertes physiques et
4;;liimiques,les nôtres ne sont ric'n,en comparaison de celles que font tous les jours certains artistes et savans d'Allemaj^ne. Sachez, donc lecteur^ qu'un M. Kag, artiste bavarois , a remplacé la tuile ut l'ardoise par le carton pour couvrir les toits des maisons et des édifices ,• qu'à Herrenliat , un autre artiste , nommé Ricliter, fait des guitares excellentes et surtout tres-sonores j avec du papier mâché j qu'un exécuteur des hautes oeuvres en Autriche^ a perfectionné l'art de pendre , et que cette charmante découverte a été couronné du plus heureux succès ; enfin, qu'un savant tel qu'on n'en vit jamais , est parvenu au point de savoir que l'homme peut , non seulement prévoir long-temps d'avance tous les changemens qui doivent avoir lieu dans l'atmosphère, mais aussi /v'^/er à son gré le beau temps et la pluie , delà manière qui lui paraît la plus convenable. Mais certains préparatifs sont nécessaires pour procéder à cette belle expérience ; de plus, elle ne peut réussir que si une
autorité quelconque met à la disposition de ce physicien merveilleux une très-vaste étendue de terrain. On ne doute pas que tous les souverains ne se disputent la gloire de seconder ses vœux en le gratifiant des plus beaux domaines dcleurs couronnes. Mais les îles britanniques paraissent lui convenir mieux que toute autre contrée- c'est sur ces îles qu'il a jeté son dévolu : elle feraient bienmon affaire , dit-il ,• malheureusement le gouvernement anglais n'est pas disposé à les céder. Il est d'autant plus instant de se dépécher à se mettre en état de recevoir de notre savant le pouvoir de diriger la pluie et le beau temps , qu'il désirerait que l'on profitât de son avis le plutôt possible , vu le mauvais état de sa santé ,quilui fait craindre Remporter sa découverte au iomhcaii ^ sajis que ses contemporains puissent en profiter.
Traits relatifs à V Angleterre. — En parcourant l'histoire , on trouve deux traits assez curieux, relatifs à l'Angle-
55C LE c AU s r: tj R.
terre. \oi<i le premier : Cliarlemagne fait demander en mariage pour son fils Charles, la lille d'Alfa, roi des Me rciens. Celui-ci y donne les mains , mais sous la condition que son fils épouserait Beithe, fdle de Cliarlemagne. L'empereur , indigné de la témérité' de ce petit souverain , interdit aux Anglais tout néiïoce sur les cotes de France. Oifa en fit autant, il défendit aux Français tout trafic sur les côtes anglaises. Ce ne fut que deux ans après que la paix vint rétablir les communications entre les deux éta^s. Ainsi , dès le neuvième siècle ;, on connaissait déjà la loi du blocus.
C'est dans les fastes de Lyon que l'on rencontre le second trait : Louis xi voulait donner aux foires de cette ville , instituées par Charles vu, un grand mouvement , il en fixa le nombre à quatre , par ses lettres-patentes du mois de mars 1462 , et concéda à ceux qui les fréquenteraient les privilèges les plus étendus j mais il excepta de ces dis-
ï, E C A U SE U R. . 357
positions les Anglais, nos anciejis ennemis ; ce sontles proi^rcs termes de la loi.
Le Pape et les Jnlfs. — Lorsqu'un pape nouvellement élu lait son entrée solennelle dans l'église de Saint- Jean de Latran , les Juifs domiciliés à Rome l'attendent sur la route , pour lui présenter , à genoux , la loi de Moïse , et pouT le supplier de leur accorder grâce «t proteclion. Le pape répond alors^ en latin , qu'il respecte la loi , mais qu'il condamne l'explication qu'ils en donnent et les cérémonies de leur culte.
l^ovsc\Vi Innocent II fut obligé de se réfugier en France , et fit son entrée à Paris, en 1246, les Juifs lui présentèrent également la loi de Moïse. Le pape les accueillit bien, et leur dit avec douceur : Que Uleii fasse disparaître le voile qui cache à vos yeux V excellence de cette loi.
Innocent xii , élu en 1692 , les reçut d'une manière bien difTérente , et leur II. i5
dit , en recevant le Pantatcuqne :
Legge buona rna popolo matedefto ( la loi est bonne , niais le peuple est maudit).
Le'onX^ en se rendant à Sainl-Jean de Latran^ trouva les Juifs qui lui demandèrent la confirmation de leurs privilèges , en lui présentant le livre de la loi. L'ayant pris, il l'ouvrit et parut lire; puis le laissant tomber brusquement, il répondit : Confirmamus sed non consentimus ; et il poursuivit son chemin.
Les danseurs de Metz. — En l'^'j^ , on vit dans cette ville des personnes de tout sexe, de tout âge et de tout rang, qui comme des corvbantes, se mettaient à danser, dans les maisons, dans les rues on veillant et en dormant. Le prêtre dansait en faisant son office , le laboureur en menant sa charrue , le seigneur en rendant la justice à ses sujets. C'était une espèce de manie ou maladie qui les saisissait tout à coup et les fai-
LE Ci-USEUR. 559
sait danser et clianler iiKsqu"'à ce que la fatigue les forçât de se jeter à terre où ils demeuraient immobiles.
Lorsqu'ils se rencontraient dans les, rues^ le premier qui commençait e'tait suivi des autres. Ce mal leur durait quel • quefois neuf à dix jours et plus ; on compta dans Metz au moins quinze coBt» personnes qui en furent attaquées. En certains endroits , cette maladie s'appelait La danse deSaznt-Jean ; ailleurs on lui donnait le nom de Saint- Guy. On employa pour la guérir des exorcismes, dans la pense'e qu'elle e'tait causée par le de'mon. On gue'rissait aussi quelques-uns de ces malades eu les foulant aux pieds lorsqu'ils e'taient couchés par terre, ou en les serrant fortement vers le nombril , avec un nœud fait d'une certaine façon.
Cette folie ou cette maladie dégénéra en libertinage j plusieurs femmes perdant toute pudeur, se laissèrent corrom-. pre et s'abandonnèrent aux plus grands excès. Le mal passa des trois évécliés dans
les Pays-Bas, et il fallut que l'autorité des princes et des magistrats arrêtât le cours de cette fureur. Elle recommença à Trêves et aux environs , en l'année i38i , et l'on n'y trouva point de meilleur remède que le pèlerinage à Saint- Jean , sur la rivière de Kilbourg. Le nombre des pèlerins fut si grand et les offrandes si abondantes, que de pauvre et petite qu'elle était, la chapelle devint bientôt riche et somptueuse.
Aujourd'hui que la ferveur des fidèles pour les pèlerinages est éteinte, l'art de guérir et la surveillance de l'autorité ont plus de pouvoir et savent ar- , réter, dès leur naissance , les progrès des épidémies.
L'histoire ne dit pas quelles furent les suites de celle dont nous venons de parler ,• il paraît qu'elle ne s'est plus que faiblement manifestée depuis , et si l'on en apperçoit encore de temps en temps quelques symptômes, ils n'ont rien d'inquiétant.
LE C A l! S E U Jl. 5'il
Indiens adulateurs. — On trome dans les Hindous, ou description de /en/'i mceurSy de leiws coutumes, cérémonies, etc.,par jNl. Baltasar vSolvins ^les delai«s singuliers que voici :
Les Bahôles ( (adulateurs ) sont de la classe des Braelinianes. Leur service consiste à dire de ceux qui les emploient tout ce qu'ils peuvent inmgiuer àv Halteur et d'honorable , et ils ne se piquent pas de ve'racité. Ils se distinguent p.ir l'abondance et la volubilité' de leias discours ^ et il est assez amusant d'en entendre plusieurs ensemble rivaliser d'expressions exagérées et de forfanteries ridicules. Ils se transportent pour faire l'éloge de ceux qui les pyient , chez tous ceux qu'ils peuvent connaître. Il courent devant les palanquins et les voitures , proclamant au bruit d'un plateavi d'airain sur lequel ils frappent assez fort j les l>rillantes qualités de leurs maîtres. Ils sont très-bien payés. Les IMaliométanssont ceuxquilcs eiiqiloient le plus.
On croit peut-élre que cette institution de Bahôtes est particulière à l'Indostan ; mais, dit l'auteur, si nous réfléchissons un peu, nous conviendrons aisément qu'elle existe dans tous les gouvememens civilisés , et principalement en Europe
Mariages anglais. — Ce qu'on va lire, est tiré d'un journal littéraire d'Angleterre. Quoique ce ne soit qu'une plaisanterie , on y voit, pourtant jusques à un certain point, que l'hymen ne doit pas être fort heureux dans cette île fameuse, et l'on sera tenté d'adopter celte idée , si l'on réfléchit que les artisans y renouvellent encore quelquefois un usage digne des temps de la plus grande barbarie , et inconnu à tous les autres peuples ,• celui de vendre leurs femmes à l'enchère, et dans un marché public-
Etat des mariages clans le sud de Vuijigleteirc, en 1816 :
Femmes qui ont quitté leurs maris pour suivre leurs amans. 1 ,3G2 • Maris qui se sont sauvés pour éviter leurs femmes , . 2^061
Couples séparés volontairement 4^120
Couples vivant en guerre sous le même toit 191.02'^
Couples se haïssant cordialement j mais marquant leur haine en public sous une feinte pohtesse 162^320
Couples vivant dans une indiîFérence marquée 5 1 0,1 32
Couples réputés heureux dans le monde , mais qui ne conviennent pas intérieurement deleur bonheur 1,102
Couples heureux , par com-