‹ Le cenacle de Joseph Delorme, 1827-1830 (volume 2)Chapitre 30 sur 50 · L EGLISE DE SAINT-MELA.INE · texte numérisé non relu

L EGLISE DE SAINT-MELA.INE

Dassin de Jacques Pohier,

son capot d'ardoises moussues, lui rappela telle église de la vallée de Chevreuse où naguère il était allé faire ses dévotions eh souvenir de Port-Royal. Sans compter que la cérémonie religieuse fut d'une simplicité toute janséniste. Pas d'orgue, pas de chant, aucun air de violon ou de violoncelle, rien quela psalmodie monotone des prières de la messe, interrompue à l'épître par la bénédiction du prêtre qui s'étendit un peu longuement sur les devoirs des époux. Si Lamennais ou l'abbé Gerbet avaient pu voir Sainte-Beuve, ils auraient été édifiés par la gravité de son maintien. David d'Angers lui-même n'en revenait pas, car il va sans dire que le grand sculpteur était de la fête. Il aurait manqué quelque chose à son bonheur et à celui de Pavie s'il n'avait pu y prendre part.

La messe dite, on passa dans la sacristie, où chacun mit sa signature au bas de l'acte de mariage, et le cortège reprit bras dessus bras dessous le chemin de la maison des Vallée, où un déjeuner de quarante couverts fut servi sous une tente ornée de fleurs et de feuillages. Il était à peine fini que le dîner commença, dîner splendide et dont le menu aurait fait l'ébaudissemcnt de Rabelais. M'"« Victor llugo n'avait jamais rien vu de pareil. Tout le temps du service, elle s'extasia devant l'énormité des sau-

mons et des brochets et devant la profusion des faisans et des perdreaux qui se succédaient sur la table. Mais cela n'était rien auprès du dessert et des vins. On aurait juré qu'on avait dévalisé tous les jardins et toutes les caves du pays. Aussi, à la fin du repas, plus d'un buveur solide eut-il mal à la tête. Heureusement, comme on dit là-bas, que le lit porte tout.

Le lendemain, suivant la coutume, on mang-ea à déjeuner les restes de la veille, qui seuls auraient pu contenter l'appétit de plusieurs Gargantuas. Et puis, les berlines et les chaises de poste qui avaient transporté les invités à Saint-Melaine les ramenèrent à Ang-ers, où ils se séparèrent, en se donnant rendez-A^ous aux Rang-eardières, maison de campag-ne de Pavie, pour le retour de noces fixé au 3 août.

Cet intervalle de quelques jours allait permettre à M™^ Hugo, à son père et à Sainte-Beuve de descendre la Loire jusqu'à Nantes en bateau à vapeur. C'est un voyage magnifique, l'un des plus beaux, sans contredit, qu'on puisse faire sur les quatre g'rands fleuves de France, et je ne suis pas surpris que durant tout le parcours M™^ Victor Hugo ait gardé le ton admiratif. En cela du moins elle montrait plus de goût que son mari, qui n'aimait

pas la Loire, à cause de son eau jaune et large, de ses rives plates et des peupliers qu'on voit partout.

« Le peuplier, écrivait-il en i843,est le seul arbre qui soit bête. Il masque tous les horizons de la Loire. Le long de la rivière, dans les îles, au bord de la levée, au fond des lointains, on ne voit que peupliers. Il y a pour mon esprit je ne sais quel rapport intime, je ne sais quelle ineffable ressemblance entre un paysage composé de peupliers et une tragédie écrite en vers alexandrins. Le peuplier est, comme l'alexandrin, une des formes classiques de l'ennui (i). »

Il y a du vrai dans cette remarque. Mais si Victor Hugo, au lieu de voir la Loire, de la roule et par la portière d'une diligence, l'avait remontée ou descendue en bateau, de Nantes à Angers ou d'Angers à Nantes, il aurait pu constater que le paysage est tout autre, que les peupliers en masse, s'ils manquent d'esprit, ne manquent pas de majesté, que dans la saison brûlante ils donnent une fraîcheur agréable aux vastes prairies qui forment, l'hiver, le second lit du fleuve, et que la vallée de la Loire a pour cadre des collines couronnées de moulins à vent, qui par endroits bondissent comme des

(i) Alpes et Pyrénées, p. 97.

montagnes. En tout cas, l'eau de la Loire n'est pas jaune de son naturel, elle est grise ou bleue, suivant les saisons, comme le ciel léger qu'elle réfléchit, et elle ne devient limoneuse qu'au. temps des crues.

M"» Victor Hugo avait donc raison d'admirer les panoramas qui se déroulaient sous ses yeux. Quant à Sainte-Beuve, si impressionné qu'il fût par les grands spectacles de la nature, ils ne l'intéressaient, comme Lamartine, qu'autant qu'ils évoquaient à son esprit quelque belle figure littéraire. C'est ainsi qu'en passant devant le port d'Ancenis, où, soixante ans plus tard, je devais dresser la statue de Joachim du Bellay, le bourg de Lire, situé en face, lui remit en mémoire le délicieux sonnet du poète angevin sur son petit village; et il le redit à M™« Hugo qui, dans ce cadre merveilleux, le trouva plus beau que lorsqu'elle l'avait entendu pour la première fois, rue Notre-Damedes-Champs.

Cet intermède poétique, en donnant une âme aux choses d'alentour, aurait encore embelli la seconde partie de leur voyage, si un incident héroï-comique n'était venu les importuner à une heure de Nantes. On se souvient peut-être que, le lendemain de l'attentat Fieschi, Raspail fut arrêté entre Cler-

monl-sur-Loire et Mauves (i). C'était justement dans ces jours-là. La g^endarmerie de la région était sur pied, qui visitait toutes les voitures et tous les bateaux dans l'espoir d'y découvrir quelque complice. Or, le bateau qui portait M""® Hugo et Sainte-Beuve était à peine amarré au débarcadère de la Seilleraye qu'un gros de gendarmes l'envahit, demandant leurs passeports à tous les voyageurs. Il paraît que ceux des amis de Pavie n'étaient pas en règle. On les pria de descendre et on les retint sur la rive jusqu'à l'arrivée du maréchal des logis qui, après les avoir interrogés et pris des notes, leur déclara qu'ils étaient libres. « Ce qu'il y a de singulier, disait le père de M""' Hugo en racontant l'aventure à sa sœur (2), c'est que ce petit incident qui m'agitait faisait rire Didine (3) ! Cela lui rappelait les gendarmes qu'elle

(i) Raspail étail |)arti de Paris, le jour môme de l'attentai (a8 juillet i835) et se dirigeait sur Nantes où, tout malade quil était, il allait faire de la propagande démocratique, quand il fut arrêté, en vertu d'une dépêche télégraphique venue de Paris, par un commissaire de police nommé Le Normand, quil avait fait exclure de la Société des Droits de l'homme où il s'était glissé.

Ce Le Normand était-il apparenté à la famille maternelle de Victor Hugo? La chose serait plaisante, et la rencontre curieuse. Toujours est-il que Ilaspail fut conduit à la jjrison d'Ancenis et ramené ensuite à Paris, où il arriva le 2 août, hrisé par la fatigue et la maladie.

(a) Victor Hugo intime, par Alfred Asseline.

(3) Léopoldine Hugo.

avait vus dans Robert-Macaire. » Leur arrivée à Nantes en fut quelque peu retardée, mais . ils s'en consolèrent en pensant qu'ils auraient très bien pu être conduits en prison, les menottes aux mains. La ville de Nantes réservait, d'ailleurs, à M""^ Hugo plus d'une surprise ag-réable. Elle découvrit dans le couvent des Ursulines, où son père la conduisit, toute une nichée de tantes et de cousines à son mari, du côté des Trébuchetj et l'évêque de Nantes, « notre évêque », comme disait Pierre Foucher, leur fit les honneurs de son salon (i). Si bien que Sainte-Beuve, quiles accompag^nait partout, en avait les larmes aux yeux.

— Et Victor, me deraandera-t-on, que ]'aisait-il pendant ce temps-là?

Victor voyag-eait, suivant le prog'ramme, avec Juliette Drouet, dans la Brie et la Champagne et, tout en se plaignant fort des auberges, il écrivait à sa femme des lettres très tendres où, après lui avoir recommandé de s'amuser, de penser à lui, de l'aimer, il lui disait pour finir : « Je souhaite à Pavie une femme comme toi, et après cela, qu'il remercie Dieu (2). »

Pavie n'aurait peut-être pas exprimé le même

(i) C'était Mgr de Guérines.

(a) Victor Hugo intime.

souhait, mais le père de M™« Hugo, qui connaissait la liaison de son g-endre avec « la belle dame de la Porte-Saint-Martin », trouvait que sa fille devait être satisfaite, si elle avait de l'amourpropre. Et le fait est qu'Adèle paraissait aussi heureuse que possible. Comment, du reste, ne l'aurait-elle pas été de l'accueil qu'elle recevait partout? Sur le bateau qui les ramena à Angers, son nom se murmurait d'une oreille à l'autre, et un touriste qui revenait de Pornic rapportait que les baigneurs de l'endroit, apprenant que M'"' Victor Hugo avait l'intention de s'y rendre en promenade, s'étaient proposé d'aller au-devant d'elle et de lui faire fête. Mais son séjour prolongé à Nantes ne lui avait pas permis de réaliser son dessein, et c'est tout juste s'ils arrivèrent à temps aux Rangeardières pour prendre part au banquet du retour des noces de Pavie.

Les Rangeardières sont situées à deux lieues d'Angers,sur le territoire de la commune de Saint- Barthélémy (i). Le maître de la maison, autrement

(i) Elles appartiennent aujourd'hui à M. René Bazin, le romancier délicat de tant d'oeuvres charmantes.

dît le père du marié,avait fait dresser dans le jardin, sous une longue tente, une table de soixante-huit couverts. Le coup d'œil, au dire de Pierre Fouclier, était féerique, quand on eut allumé les lampes et les lampions à la chute du jour. Parmi les invités, il y avait beaucoup de jolies femmes appartenant à la société d'Angers et des environs. L'une d'elles, qui était toute jeune et répondait au nom de ]yjrae Perrochel, attirait l'attention générale tant par la beauté de ses traits réguliers que par l'éclat du diadème qui brillait dans ses cheveux d'or fin. Comme elle était vêtue de noir (i), quoique mariée seulement depuis huit jours, Sainte-Beuve, qui était assis en face d'elle, l'avait surnommée la Déesse de la Nuit, sous prétexte qu'elle luttait de calme et de sérénité avec la lune qui les regardait. D'autres,

(i) Etait-ce un pressentiment, un présag'e? Cette belle jeune femme mourut quelque temps après, et c'est elle évidemment qui inspira à Sainte-Beuve ce sonnet du Livre d'Amour :

Quoi ? Celte jeune femme, aux noces de Pavie, Belle, heureuse, t'icg'ante, assise à nos côtés, Qui te regarda tant et pour qui tes beautés Et mon nom de poète aussi faisaient envie !

Quoi? la dame en sa tour qu'un malin j'ai suivie. Qui, fièrc des balcons sous les Valois sculptés (a). Gourait à sa terrasse et chantait ses gaîlés ; Quoi ? morte dans l'année et d'un souffle ravie ?

(a) Il s'agit probablement ici du petit château de PigneroUes, situé en Sainl-Barthélemy, qu'habitait alors M>"« Perrochel. (Note de M. Chasle-Pavie.)

plus âgées, se faisaient remarquer par leurs diamants et leurs dentelles. Mais la plus admirée, malgré la simplicité de sa mise, était encore M™® Victor Hugo. Elle n'avait qu'une petite robe brodée d'étoffe légère, mais elle la portait avec tant d'élégance, le capot noir qu'elle avait mis sur sa tête pour se garantir de la fraîcheur de la nuit encadrait si joliment son beau visage, le nom qu'elle avait lui donnait un tel prestige que de tous les points de la table les yeux étaient braqués sur elle. David d'Angers, qui ne savait quel compliment lui faire, l'avait baptisée M"^' Maine-et-Loire, ne voyant rien au-dessus des deux rivières de son département. Et Sainte-Beuve trouvait que le surnom était bien choisi, l'Anjou lui paraissant comme à David le plus beau pays de la terre.

Le poète des Consolations n'avait encore rien dit publiquement de la joie qu'il éprouvait, mais quand vint l'heure déboire à la santé des nouveaux époux, il sortit de sa poche l'épithalame qu'il avait limée amoureusement en l'honneur de Victor Pavie et.

Mais que serait-ce donc si cet amour profond, Eternel, et de qui tout un passé répond, Avant la jeune femme et sa fuite si vive.

Avant ce prompt trépas qui nous consterne tous,

Lui comme elle au festin, lui près d'elle convive.

Etait mort dans nos cœurs!... Oh! vivons! aimons-nous I

debout, d'une voix grave et mal assurée, il la déclama, aux applaudissements de toute l'assistance. Cela ne veut pas dire que tous les convives pénétrèrent le sens obscur de certaines strophes. Il y en a même dans le nombre auxquelles personne ne dut rien comprendre, tant les vers en sont tarabiscotés ; en revanche, tout le monde admira l'art et la pensée des strophes suivantes :

Mais à vous, cher Pavie, en ces jours couronnés, A vous, jeune homme intègre, aux épis non fanés

Qu'un vif août échauffe et dore, Qui brillent au regard et sonnent sous la main, Tels que naguère au front du moissonneur romain Léopold (i) les faisait éclore ;

A vous, fidèle en tout au devoir ancien, Fidèle à chaque grain du chapelet chrétien.

Bien qu'amant des jeunes extases ; Qui sûtes conserver en votre chaste sein Passion, pureté, douceur, l'huile et le vin.

Comme à l'autel dans les saints vases;

A vous un mot suffit : pour tous conseils, pour chants. Pour nuptial écho de tant de vœux touchants,

Ami, c'est assez de vous dire :

Apaisez votre cœur, car vous avez trouvé Le seul objet absent, le bien longtemps rêvé,

Longtemps votre vague martyre (2).

A la fin de sa lecture Sainte-Beuve s'était telle-

(1) Léopold Robert.

(2) Le manuscrit de Sainte-Beuve, daté des Rangeardières, 4 août i835, est en la possession de M. André Pavie et contient quelques variantes.

ment échauffé que, sans en avoir conscience, il s'empara d'une pêche qui était sur la table à portée de sa main, et qu'il l'écrasa sur son gilet à fleurs.

Ainsi se terminèrent les fêtes du mariage de Pavie. Quelques jours après, Sainte-Beuve lui mandait :

« Mon cher Pavie,

« J'ai bien songé à vous écrire depuis que je suis arrivé ici, c'est-à-dire depuis dimanche. Les jours plus qu'agréables et véritablement heureux que j'ai passés près de vous et de votre famille me poursuivent d'un long souvenir. En vous quittant, nous nous sommes entretenus de vous jusqu'à Tours, car la nuit était bien belle. La lune, que je n'ai jamais vue si pure et si pleine, éclairait toute la Loire, et nous n'avons presque cessé de jaser. Il était temps toutefois d'arriver à Tours ; la chaleur augmentait, nous étions pressés énormément et fort las. M. Foucher et M""^ Hugo sont partis une demi-heure après leur arrivée à Tours, pour Blois, et moi, une heure après pour Paris par Chartres. J'ai eu le temps, dans l'intervalle, de visiter la belle cathédrale de Tours, Saint-Gatien, je crois. Quant aux autres voyageurs, après une nuit passée à Blois, ils sont revenus lundi à Paris, et nous devons tous dîner samedi, demain, au conseil de

guerre, chez M""® Asseline. Il y sera bu, je vous assure, à vos santés, et votre nom devra résonner de loin à vos oreilles... Adieu, cher Pavie, présentez mes respectueux hommages à M'"'' Pavie, à votre excellent père, en le remerciant de toutes les bontés qu'il a eues pour moi (i)... »

Qui aurait dit alors à Sainte-Beuve que, deux ans après, sans qu'il eût rien fait pour cela, du moins il le croyait, le lien qui s'était noué si tendrement entre Adèle et lui serait soudain brisé par un de ces coups de tête qui, chez les filles d'Eve, sont souvent aussi irraisonnés que les coups de foudre?

Dieu me garde de blâmer la femme qui rentre dans le devoir 1 encore devrait-elle avoir un peu de pitié pour celui qui fut son complice !

J'ai dit ailleurs (2) le chagrin que Saint-Beuve ressentit de cette rupture violente, inattendue. Je l'ai montré s'expatriant et restant en Suisse durant des mois pour tâcher d'oublier l'infidèle. Mais je n'ai pas dit — et il faut qu'on le sache — que dans cette crise douloureuse le meilleur réconfort, le baume le plus sûr, lui vint d'Angers : chose d'autant plus méritoire de la part de Pavie qu'il déplorait sa liaison avecM""® Hugo. Leur amitié s'en accrut d'autant. Et

(i) André Pavie, Médaillons romantiques, p. i5i. (2) Cf. notre ouvrage sur Sainte-Beuve (1904).

jamais, quoiqu'il s'éloignât chaque jour davantage de la rive chrétienne où Pavie avait amarré sa barque, jamais Sainte-Beuve n'oublia qu'il avait pansé la plaie de son cœur. Long-temps après, en 1862, quand il publia ses Poésies complètes, il mit au bas de son épithalame à Pavie cette note touchante :

« Victor Pavie d'Angers, un de nos plus jeunes amis du temps du Cénacle, resté le plus fidèle en vieillissant à toutes les admirations, à tous les cultes de sa jeunesse ; quand tous ont changé, le même, conservé, perfectionné, exalté et enthousiaste toujours ; la flamme au front, un cœur d'or. A le voir d'ici, à travers notre tourbillon et du milieu de notre dispersion profonde, je le compare à un chapelain pieux qui veille et qui attend, je l'appelle le gardien de la chapelle ardente du souvenir. »

Quel plus bel éloge, et comme je comprends que tous ceux, qui depuis sa mort ont eu à parler de Victor Pavie aient cité ce beau témoignage de Sainte-Beuve !

Mais cette fidélité de Pavie aux hommes et aux choses de sa vingtième année n'empêcha pas la rupture de M"® Hugo avec Sainte-Beuve de porter des fruits amers et d'avoir des conséquences lamentables. Jusqu'en 1887, quoique définitivement brouillé avec Hugo, Sainte-Beuve tenait encore au

chef g-lorieux de l'ancien Cénacle par un lien très doux, puisqu'il était resté l'ami de sa femme, de son beau-père et de ses enfants. Et ses articles de critique s'en ressentaient toujours, bien que l'huile y fût parfois mêlée de vinaig're. A partir de 1887, on peut dire que tout fut fini entre eux. Tout en se réclamant de temps à autre du Romantisme, auquel il devait le plus clair de son talent et de sa renommée, Sainte-Beuve se rapprocha de plus en plus des Classiques que, d'ailleurs — c'est une justice à lui rendre — il n'avait jamais brûlés. Et chaque fois qu'il en trouva l'occasion, il prit un malin plaisir à dire des choses dures à ses anciens camarades du Cénacle — sauf à leur faire amende honorable quand ils quittaient la scène de ce monde. Je ne vois que Victor Hu^o qui ait échappé à la règle commune, entendez aux coups de sa férule, dans la période qui correspond au règne de Napoléon III, — et cela pour deux raisons que tout le monde comprendra : d'abord parce qu'il était en exil, ensuite et surtout parce que sa femme, dans un sentiment qui cette fois faisait autant d'honneur à la mère qu'à l'épouse, s'était rapprochée de Sainte-Beuve.

Tant il est vrai qu'il n'y a que la femme qui sache allumer la guerre et l'éteindre — avec un sourire.

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