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se précipitaient dans la salle à manger, où ils étaient accueillis par les jurements et les miaulements des chats épouvantés et par des cris de toute espèce.
— « Prenez garde atix chats ! N'entrez pas! Tenez vos chiens !
— « Ici, Stop! Tiby, allez coucher!
u Et quand on était parvenu à refermer la porte sur les chiens expulsés, ils rentraient aussitôt d'un bond par la fenêtre, et les imprécations recommençaient de plus belle ( i ) . »
Quelquefois aussi, de loin en loin, on faisait bombance rue Saint-James. C'était quand JM''° Victor Hugo venait à Paris pour se distraire de la solitude morose de Gueruesey. Robelin ne manquait pas alors de l'inviter avec les quelques amis restés fidèles au maître, dont au premier rang Théophile Gautier, Meurice et Vacquerie (2). Et, ces jours-là,
(1) Le Second ranr/ du Collier, p. 47-
(2) II ne se conteiilait pas de l'inviter à sa table, il lui donnait quelquefois l'hospilaliti-, comme en témoigne la correspondance d'exil de M"" Victor Iluq^o. Elle ccrivail, en ciTet, de Giicrnesey à sa sœur Julie, le 18 octobre 1857 :
« Madame Meurice m'a écrit que Robelin mettait son loçeinent ;i ma disposition. Je l'accepte et cela me vient en aide. Je vais répontlre h madame Meurice pour f[u'elle remercie Robelin et lui dise (pie j'userai de sa bonne grâce. »
Et le 10 janvier suivant :
«... Je serai à Paris avec Adèle du 20 au aâ janvier, tout est préparé pour notre départ, les malles sont desccnilnes dans ma chambre, et voilà trois semaines que j'ai l'autorisation de mon mari
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comme de juste, on mettait les petits plats- dans les grands.
« Notre camarade Berthe, la fille de Robclin, dit encore Judith Gautier, dirigeait les préparatifs et surveillait l'œuvre de Rosalie, sa vieille cuisinière grog-nonne, barbue et solennelle. Elle avait des talents de cordon bleu que l'ordinaire frugal de la maison utilisait peu et qui n'étaient mis à l'épreuve que dans les grandes occasions.
« Son chef-d'œuATc était un pâté fameux qu'elle mettait plusieurs jours à parfaire et qui, par ses dimensions, eût été digne d'être servi sur la table des Burgraves pour faire suite au « bœuf entier »; il était succulent , délicat et d'une complexité savante.
« Les convives arrivaient séparément. M*"^ Victor Hugo toujours en retard; elle s'excusait en racontant qu'elle avait dû pétrir de ses blanches mains une bonne pâtée pour Léda, la levrette de son fils Charles qui ne confiait cette mission qu'à elle seule.
d'aller te voir. Cela n'a pas été sans peine. Moi partie, je te l'ai dit, ma maison est bouleversée. Ces messieurs, qui n'aiment pas les soins du ménag-e et qui trouvent la maison trop triste sans les femmes, se sont décidés à aller manger à l'hôtel pendant mon absence. . . Je descendrai chez Robeiin. ) (Lettres inédites communiquées par M. Lefèvrc-Vacquerie. )
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« Devant une glace, elle arrang'eait alors sa coiffure et cela lui prenait beaucoup de temps. Sous son chapeau, elle avait gardé ses cheveux roulés en papillotes : elle les déroulait maintenant, les crêpait, disposant autour de son front bombé une auréole noire. Elle avait de larges yeux très sombres, un petit nez en bec d'oiseau, le menton fin et le teint très bistré. Bonne et charmante, mais distraite, perdue comme dans une sorte de rêve, n'étant jamais à ce qu'on disait (i)... »
Enfin l'on se mettait à table et, après avoir causé pendant deux heures du glorieux proscrit, on buvait en chœur à sa santé.
Cependant il vint un jour où Robelin connut la gêne et dut à son tour frapper à la bourse de ses amis. C'était après les événements de l'Année terrible. On sait qu'une loi de circonstance avait fait remise de leurs loyers aux petits locataires qui avaient subi le siège de Paris. Robeliu perdit, de ce chef, une somme considérable et, de plus, les deux ou trois maisons importantes dont le prix de location aurait pu le dédommager pendant un certain temps restèrent inhabitées, t^omme, malgré tout, il fallait vivre et faire face à ses engagements, il se souvint alors (ju'il avait rendu [dusieurs fois
(i) Le Second rang du Collier, p. 3o6,
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service à Victor Hugo et il lui demanda franchement de lui venir en aide. Mais la fourmi n'est pas prêteuse. Le bonhomme dit même que c'est son moindre défaut. Victor Hug-o, qui venait d'être expulsé de Bruxelles pour avoir ouvert sa maison aux réfugiés de la Commune, se trouvait à Guernesey quand il reçut sa lettre. Il lui répondit aussitôt :
« Hauteville-House, lo novembre iSjz.
« Mon cher, mon vieux, mon excellent ami, vos embarras ne sont rien près des miens. J'ai vendu ma rente italienne et j'ai engagé mes autres titres. Cependant voici : je puis disposer en ce moment d'une somme de 1.434 francs (traite sur Hetzel. échéance le 5 janvier), je vous l'offre. Si elle peut vous aider dans vos paiements, écrivez-moi un mot, j'endosserai la traite et je vous l'enverrai courrier par courrier. Vous m'enverrez en échange une traite de somme égale, sans intérêts, bien entendu, à l'échéance que vous voudrez. Ces 1.434 francs seront bien peu de chose, mais c'est tout ce que je puis en ce moment. Prenez  cela peut vous servir.
« A vous du fond de mon cœur.