ACHILLE ET EUGÈNE DEVÈIUA
Comment Achille Dcvéria se lia avec Victor Huso. — Les représentations du Freischiilz à l'Odéon. — L'album de ^[me Victor Hugo. — Un billet inédit du dessinateur au poète. — Eugène Dcvéria. — Son atelier rue de l'Ouest. — La maison des Dcvéria rue Notre-Dame-des-Champs. — Portraits de leur grand'mère et de leur mère par Mi^e Victor Hugo. — Lauro Devéria leur sœur. — Eugène après le succès de sa Naissance. d'Henri 7K,au Salon de 1827. — Son atelier de lame Notre-Dame-des-Champs. — Los romanti- ([ucs s'y donnent rendez-vous. — Son grand hal paré et masqué de l'hiver 1828. — Les aquarelles d'Achille Devéria et ses portraits de Victor Hugo et de Lamartine. — Son entrée à la Bibliothèque nationale. — Sa mort. — Son frère Eugène quitte Paris et se jette «lans l'apostolat relinieux. — Catholique ardent à Avignon, il se lait protestant à Pau. — Opinion de Guttinguer sur son abjuration.
Les relations de Victor Hugo avec Achille Devéria remontaient à la fin de l'année 1824, s'il iaul en croire le « témoin » de Victor Hugo nicontr.
Depuis le 7 décembre de celte anni-e, on jouait à l'Odéon le Frciscliiits arrangé ou plutôt défiguré
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par Castil-Blaze,et tous les romantiques se rendaient à ce théâtre j)Our applaudir, sous le litie de liobià des Dois, le chef-d'œuvre de Weber.
Or, un soir que Victor Hugo et sa femme attendaient sous les galeries de l'Odéon l'ouverture des portes, ils se trouvèrent à côté d'un grand jeune homme au visage ferme et cordial, qui les salua et entra en conversation avec eux. C'était Achille Devéria dont des centaines de lithographies avaient déjà répandu le nom dans le public lettré. Il était très mélomane et ne se lassait pas d'entendre la chanson à boire et le chœur des chasseurs du Freischiilz.
On a vite lié connaissance quand on a vingt ans (i) et les mêmes goûts.
]\jme Victor Hugo l'ayant complimenté sur ses dessins, Devéria lui demanda sielle avait un album. Quelques années plus tard, elle eût pu lui répondre qu'elle en faisait collection (2). Comme elle n'en avait pas encore, elle lui dit qu'elle en aurait un le lendemain. Et le lendemain soir, le dessinateur, qui habitait non loin de la rue de Vaugirard,où demeurait alors le poète des Odes et Ballades, vint avec son crayon étrenner l'album de M™® Victor Hugo.
(i) Achille Devéria était né à Paris le 6 février 1800. (2) C'est elle, en effet, qui les mit à la mode.
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Peu de temps après, Achille Devéria adressait à Victor Hugo le billet suivant. qui montre leur intimité :
(' J'aurai le plaisir de me rendre demain à trois heures chez Monsieur Victor, je lui demande la permission de lui présenter mon frère.
« Mes respects à Madame,
(( A. DEVÉRIA (l). »
Son frère, c'était Eugène, qui devait s'illustrer, en 1827, par son tableau sur la Naissance d'Henri IV. Il travaillait alors avec Louis Boulanger dans un atelier qu'ils avaient loué, à frais communs, rue de l'Ouest, mais il habitait en famille, avec sa grand'mère.sa mère, Achille etdeux soeurs, dansune maison sise rue Xotre-Dame-des-Champs, 45, au milieu d'un jardin qui, faute de murs de clôture, s'agrandissait de tous ceux d'alentour.
« La grand'mère, verle et ingambe, aussi jeune d'esprit et de cœur (jue ses petits-enfants, était presque leur camarade. La mère, au cc^ntraire, était indolente et endormie. Oti était ileux ans sans la voir, on s'en allait en Chine, on la retrouvait im-
(i) LeUrc inc-ditc lirôe de l'Album de M"" N'iclor Hugo cl communiquée par M. LeR'vrr-VaC(]ucrii'. (ict nlhum. d'où j'ai extrait pour cet ouvraije tant de choses intéressantes, n'est pas celui dont Acliille Devéria avait illiistn- la piTuiiére pas^c. .le siippusi' ([ue celuilà lut vendu, eu i852, avec le Ronsard de Victor Hu^o.
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mobile dans son grand fauteuil de velours grenat; elle ne semblait même pas s'être dc'sijabiliée, elle avait toujours, hiver comme été, une camisole et un jupon de piqué blanc, et sur sa tète un fichu de mousseline blanche posé à la créole ; étant fort grosse, elle avait l'air d'un paquet de neige ! Tout son mouvement était de faire quelques points de broderie qu'elle ne finissait jamais, et de grignoter des bonbons (i). »
J'ai dit qu'elle avait deux filles. La plus jeune, nommée Laure, belle fille un peu épaisse et qui devait mourir phtisique avant trente ans, était adorée et admirée de tous les siens.
L'autre, maigre et contrefaite, mais active, aimable et dévouée, dirigeait la maison, et ce n'était pas une sinécure, car on tenait table ouverte chez les Devéria, et tous les soirs quelques amis d'Achille ou d'Eugène y étaient attendus à dîner. L'été on dressait la table dans le jardin, sous les arbres chargés de fruits. L'hiver, après le repas, Laure se mettait au piano et chantait des airs de sa composition, quand elle ne faisait pas danser, ce qui arrivait chaque fois qu'on était assez nombreux pour former un quadrille. M"*^ Victor Hugo, qui aimait beaucoup la danse, était l'astre de ces soirées avec
(i) Victor Hugo raconté, t, II, p. 85.