‹ Le cénacle de Joseph Delorme, (1827-1830) (volume 3)Chapitre 6 sur 43 · ACHILLE ET EUGENE DEVEIUA Q · texte numérisé non relu

ACHILLE ET EUGENE DEVEIUA Q

M}^^ Motte, la fille du lithographe, qui devint un peu plus tard la femme d'Achille.

Pendant longtemps ce fut ce dernier qui pourvut seul à toutes les dépenses du foyer domestique, aussi dessinait-il avec acharnement pour y suffire. Mais dans les années qui suivirent son triomphe au salon de peinture, Eug-èhe lui vint en aide. Et la maison s'en trouva bien. La richesse y remplaça l'aisance, et le luxe — le confortable.

Eug-ène, qui était beau garçon, de grande taille et d'allure fière, et qui avait des goûts fastueux, trouva que la maison de sa mère ne répondait plus à la gloire de son nom. Il y avait, près de la Chambre des députés, trois baraquements, où l'on avait exécuté les figures colossales destinées au pont de la Concorde, qui sont aujourd'hui dans la cour d'entrée du château de Versailles. Il les acheta, les fit transporter dans un terrain vague de la rue Notre-Dame-des-Champs, afin d'y installer son atelier; après quoi il tendit celui-ci de belles tapisseries, mit aux portes de somptueuses portières, et, pour cire digne de ce cadre princier, troqua la blouse blanche du ra[)in, tachée de couleurs et d'huile, contre un juslaucor[)s de soie et de velours, au col et aux manches garnis de dentelles. Avec ses cheveux coupés en brosse, " 7

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ses moustaches retroussées et sa harbe pointue, on eût dit un vénitien du xvi® siècle. Sans compter qu'il était un admirateur fervent de l'école vénitienne. Il rtvait cela de commun avec son camarade Boulanger qui l'avait suivi rue Notre-Dame-des-Cliamps.

Naturellement son atelier fut bientôt le rendezvous de tous les talents et de toutes les élégances du monde romantique.

On n'a pas oublié le bal paré et masqué qu'il donna peiidant l'hiver de 1828, et dans lequel Alfred de Musset parut costumé en page Renaissance, et Gustave Planche en sultan, appuyé sur les épaules de Raffet et de Robelin.

L'éclatante renommée dont il jouissait à vingtdeux ans, bien'loin de nuire à son frère, profita plutôt à sescommandes. Etlui-méme(jeparle d'Achille) fit un sérieux effort pour ne pas être au-dessous de son cadet (i). Non content de dessiner sur pierre, il s'essaya dans la peinture. On a de lui des aquarelles qui sont aujourd'hui très recherchée^ des amateurs. Je citerai entre autres son Torquato Tasso présenté à Elisabeth d'Autriche; sa Translation (le la case de la sainte Vierge; Périclès che: Aspasie,eX une très belle Descente de croix. On lui doit aussi des cartons de vitraux intéressants. Mais,

(i) Eugène Devéria était né en i8o5.

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