EUGÈNE DELACROIX
{a) Flibbertgilbert est un des démons dont Shakespeare a emprunté le nom contourné pour son Roi Lear^ au hvre du D^' Harsnet, Révélations des Impostures papistes.
[b] Correspondance de Eug. Delacroix, — Les costumes dessinés par Delacroix n'eurent pas le temps de se défraîchir : on sait qu'Amy Robsart n'eut qu'une représentation.
LE cilNAGLK DE JOSEPH DELORME
lig-ence sympathique etrinterprétalion animée de la nature. L'homme ne joue guère de rôle dans cette manière d'envisager les lieux et de les reproduire ; le groupe d'usage n'y est pas; la pastorale et l'élégie y sont sacrifiées ; point de ronde arcadienne autour d'un tombeau; point de couples épars, et de nymphes folâtres, et d'amour rebondis ; point de kermesse rustiquCjde concert en plein air ou de dîner sur l'herbette ; pas même de romance touchante, ni de chien du pauvre, ni de veuve du soldat. C'est la nature que le peintre embrasse et saisit; c'est le symbole confus de ces arbres déjà rouillés par l'automne, de ces marais verdâtres et dormants, de ces collines qui froncent leurs plis à l'horizon, de ce ciel déchiré et nuageux, c'est l'harmonie de toutes ces couleurs et le sens flottant de cette pensée universelle qu'il interroge et qu'il traduit par son pinceau. A peine si, çà et là, le long de quelque rampe tortueuse d'un coteau lointain, on aperçoit, pareil à un point noir, un voyageur qui gravit. La nature avant tout, la nature en elle-même et avec elle toutes ses variétés de collines, de pentes, de vallées,de clochers à distance ou de ruines ; la nature surmontée d'un ciel haut, profond et chargé d'accidents,voilà le paysage comme l'entend M.Huel; et son exécution répond à cette pensée. De larges
PAUL HUET ET EUGENE DELACROIX
teintes, une plénitude de ton qui pousse à l'impression de l'ensemble, des ondées de lumière et d'ombre ; des nuances uniques dans l'épaisseur des feuillages et dans la profondeur des lointains, nuances devinées et pressenties qu'un œil vulgaire ne discernait pas dans la nature ; qui ne se révèlent qu'à la prunelle humide de larmes, et qui nous plongent en de longues et ineffables rêveries durant lesquelles nous nous mêlons à l'âme du monde. Hoffmann, en son admirable conte de V Eglise des Jésuites, à l'endroit où le peintre Berthold,ce pauvre génie incomplet, s'épuise dans ses paysages à copier textuellement la nature, introduit à son côté un petit Maltais ironique, espèce de Méphistophélès de Tart qui lui frappe sur l'épaule et lui donne de merveilleux conseils. On dirait que M. Huet en a profité d'avance. Voici le passage:
« Saisir la nature dans l'expression la plus profonde, dans le sens le plus intime, dans cette pensée qui élève tous les êtres vers une vie plus sublime, c'est la sainte mission de tous les arts. Une simple et exacte copie de la nature peut-elle conduire à ce but? — Qu'une inscription dans une langue étrangère, copiée par un scribe qui ne comprend pas et qui a laborieusement imité les caractères inintelligibles pour lui, est misérable, gauche