EUG. DELACROIX
(Lettre inédite,)
PAUL HUET ET EUGÈNE DELACROIX
200 francs. Je pense ou du moins j'espère l'avoir, mais certainement il y aura concurrence (i). »
Il y eut concurrence, en effet, mais, comme il tenait à ce dessin par-dessus tout, Paul Huet s'en rendit acquéreur au prix de 280 francs (2).
Des années s'écoulèrent sans que Huet et Sainte- Beuve eussent l'ocasion de s'écrire (3). Tout à coup,
(1) Lettre inédite.
(2) La vente Delacroix dura du mardi i6 février i864 au lundi 29. Évaluée d'abord à moins de 100.000 francs, elle en produisit plus de 360.000. Les tableaux seuls rapportèrent 209.711 francs; les dessins et aquarelles, 117.843 francs.
]y|me Victor Hug-o, qui se trouvait à Paris'en ce moment, écrivait à son mari, le 3 mars 1864 : « On s'est rué à la vente de Delacroix, qui a produit un argent considérable. Meurice y est pour sa part pour la somme de trois mille francs . Il a acheté entre autres choses les pierres lithographiques du Faust. Delacroix, fort soucieux de la postérité, n'avait rien donné, ni rien perdu de ses travaux. La moindre esquisse, ne fût-ce qu'une draperie ou qu'un nez, était classée dans ses cartons. N'ayant pas de famille directe, Delacroix avait désigné son héritier qui est un parent éloigné. On prétend qu'il avait d'abord légué 5o. 000 francs à Gautier, mais que Gautier étant plus entiché d'Ingres que de lui, il avait biffé la clause. »
(Lettre inédite communiquée par M. Lefèvre-Vacquerie.)
(3) Cependant Sainte-Beuve écrivait, le 4 juin 1866, à M'^e Paul Huet, qui l'avait complimenté sur un de ses articles :
« Madame, je suis touché comme je le dois d'un témoignage si amical de sympathie : nous avons besoin plus que vous ne le supposez d'être encouragés et soutenus dans ce travail de chaque jour : il nous est doux de sentir des intelHgences amies, et particulièrement de les trouver là où nous avons nous-mêmes des admirations à placer. Je me rappelle le premier jour où je visitai Paul Huet
SOUS rinfluence des idées libérales qui, malgré tout, faisaient leur chemin dans le monde, on parla de reprendre Hernani à la Comédie-Française. Cette reprise, qui eut lieu, en effet, au mois de juin 1867, fit presque autant de bruit que la représentation du 25 février i83o, et voici en quels termes le grand paysagiste romantique en rendit compte à Victor Hugo :
Ghaville, 23 juin 1867.
(( Cher grand poète, « Quelle reprise ! quelle joie aussi pour ceux qui vous aiment et vous suivent depuis le début ! Comme Pétrarque, on vient d'aller vous chercher au loin pour vous conduire au Capitole. N'enviez pas le triomphe du poète florentin. Vous avez été porté par une salle émue, passionnée, enflammée par vos beaux vers. Victoire complète ! c'était irré-
dans son atelier proche TEcole de médecine; que d'années écoulées, que de vicissitudes depuis lors I notre amitié a résisté, et nous n'avons cessé, chacun dans son ordre, de travailler et de lutter ! Ces souvenirs dans leur sincérité même ont leur douceur.
« Il me sera bien cher, Madame, et bien précieux, en lui donnant la main, de sentir désormais une autre main toucher la sienne (a).
« Agréez, je vous prie et partagez avec lui l'expression de mes. sentiments les plus dévoués et les plus profonds.