‹ Le cénacle de Joseph Delorme, (1827-1830) (volume 4)Chapitre 28 sur 48 · CÉLESTIN NANTEUIL · texte numérisé non relu

CÉLESTIN NANTEUIL

Or, tout ce que le pauvre garçon obtint de Dorval, ce fut la faveur de faire son portrait. Et Ton voit bien qu'il aimait cette femme d'un amour idéal, car il Ta transfigurée dans cette charmante image, très recherchée des amateurs.

Quatre ans après, Célestin Nanteuil abandonnait définitivement Teau-forte pour cultiver la lithographie. Là encore il montra qu'il ne craignait personne.

Parlant de cet art si méprisé de nos jours, Jean Gigoux nous dit dans ses Causeries :

« Comment n'a-t-on pas encore établi au Louvre une salle des chefs-d^œuvre de la lithographie? De quel immense intérêt ne serait-elle pas ?

a Les lithographies de Raffet, celles de Français d'après Rousseau, par exemple, ont dépassé les eaux- fortes de Ruysdaël et des anciens, j'ose le dire.

« Certes, il est impossible que ce bel art se perde entièrement, il est trop important pour les peintres : que n'était-il connu du temps de Raphaël, du Titien ou du Corrège, ou de Jean Van Eyck ! Ces beaux dessins sur pierre reproduisant l'œuvre de tous ces grands hommes seraient inestimables.

« Un des maîtres du genre, d'un talent charmant, fin et rare, qui marquait toutes ses compo-

sitionsd'un coin exquis d^originalité, ce fut Célestin Nanteuil... »

L'éloge, certes, n'a rien d'exagéré. Il suffit pour en apprécier la justesse d'avoir feuilleté quelques albums de musique illustrés par Célestin. C'est là qu'il a dépensé le plus de talent et que son crayon gras si impressionnable a le mieux chanté, si j'ose dire, l'harmonieuse chanson du noir et du blanc. Car il avait toutes les qualités requises pour interpréter les sujets de romances, il avait l'imagination, la fantaisie, la grâce, le flou velouté, vaporeux, qui convient au genre. Ayant commencé à vingt ans par illustrer les airs romantiques d'Hippolyte Maupou (i), qui firent les délices de la place Royale et de la génération de i83o, Nanteuil finit à près de soixante par les mélodies d'Edouard Garnier, musicien nantais, dont la réputation, de son vivant, ne dépassa guère les limites de sa province (2).

Entre temps il composa des milliers de lithogra-

( I ) Hippolyte Maupou, que Victor Hug-o n'appelait que « le musicien », a mis en musique, de 1882 à i84i, date de sa mort, un certain nombre de poésies fameuses, notamment J/a^^/'/ûf, d'Alfred de Musset, Lènore, de Gérard de Nerval, d'après la ballade de Burger, les Deux Archers et Gastibelza, de Victor Huj^o.

{2) Ces mélodies d'Edouard Garnier sont intitulées Larmes et Sourires, Célestin Nanteuil en a illustré six qui sont le dessin frontispice, le Roi de la Fève^ Tristesse, le Naufrage, Beppo et les T rois Compagnons d'après Uhland, Ces six compositions sont admirables.

LES FRÈRES JOHANNOT

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