PROLOGUE
graves qu'Edmond Biré a commises en acceptant comme exacte la version du « témoin » de Victor Huffo raconté. Il établit : que le mariage de Sophie Trébuchet eut lieu, non pas en 1796, mais à la fin de 1797; 2^ que son père était mort; 3^ que lorsqu'elle se rendit à Paris pour la célébration de son mariage civil, si. son père l'accompagna avec son frère, comme le raconte M*^^ Hugo, ce ne fut que du haut du ciel, sa demeure dernière (i).
Et voilà comment on écrivait l'histoire de sa famille au foyer du grand poète.
Je ne suivrai pas les nouveaux époux dans leurs pérégrinations militaires à travers la France, l'Italie et l'Espagne, pas plus que je ne parlerai de leur brouille et de leur séparation (2). Mais je me repro-
(1) « Le futur ne pouvait aller à Nantes; la future vint à Paris avec son père et son frère, mais sans ses sœurs qui, à force de dévotion, venaient de se faire ursulines. » ( Victor Hugo raconté, t. I, p. 16.)
(2) On sait que la mère de Victor Hugo mourut à Paris le 27 juin 1821 (a) et que son père, qui s^était retiré à Blois et remarié presque aussitôt, mourut à son tour le 29 janvier 1828, au domicile d'Abel Hugo, son fils, rue Monsieur, n» 7 [h).
(a) Voici la teneur de son acte de décès : « 27 juin 1821, XI^ arrondissement. Décès de Sophie-Françoise Trébuchet, âgée de 45 ans (elle en avait 49), née à Nantes, décédée dans sa demeure, rue de Mézières, no 10, femme de Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, maréchal
cherais de ne pas dire un mot ici d'une petite découverte que j'ai faite tout récemment dans un livre de Laurent Pichat, qu'on ne lit guère et qui est intitulé les Poètes de Combat, Elle est d'autant plus intéressante qu'elle a trait à la naissance de Victor Hugo. Si vous ouvrez le tome I de Victor Hugo raconté^ vous pourrez lire, pages 25-27, deux lettres du chef de bataillon Hugo et de sa femme au général Lahorie pour lui demander et le remercier de bien vouloir servir de parrain au troisième enfant qu'ils attendaient. Ces lettres, datées de Besançon, 4 pluviôse et i4 ventôse an X, auraient été retrouvées, si l'on en croit M™^ Hugo, au ministère de la guerre dans les pièces du procès de Lahorie. Ne les aurait-on pas trouvées plutôt dans les Poètes de Combat qui parurent'en 1862, un an avant le Victor Hugo raconté ? Laurent Pichat nous dit, page 867, que ces pièces appartenaient à un>mi fidèle qui lui
de camp — Témoin : Abel Hugo, officier en non-activité, 22 ans, même demeure, fiLs. » '
(è) «Voici la teneur de l'acte mortuaire du général Hu^^o : <f 29 janvier 1828. Décès de Joseph -Léopold-Sigisbert comte Hugo, 54 ans, né à Nancy, lieutenant général des armées du Roi, chevalier de Saint-Loiiis, officier de la Légion d'honneur, commandeur de l'ordre royal de Naples, demeurant à Blois, décédé rue Monsieur, n" 9, veuf en premières noces de Sophie-Françoise Trébuchet, époux en deuxièmes noces de Marie-Gatherinè-Gécile Thomasis Sactonis.
Témoins ; Abel, comte Hugo, 3o ans, rue Monsieur, Victor-Marie, baron Hugo, 20 ans, tous deux fils.
puOLOGur:
avait permis de les copier, « pensant comme lui que le poète recevrait cette surprise avec plaisir et lirait ces lettres avec joie » . Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elles ne figurent pas au dossier du procès Lahorie qui est conservé aux Archives nationales. D'où je conclus que le « témoin » de la vie d'Hugo les avait empruntées toutbonnementau livre deLaurent Pichat. Mais pourquoi s'en cachait-il ? Je ne lé sais pas, mais je m'en doute : c'est évidemment pour mieux dépister les chiens que M"^^ Hugo et son mari imaginèrent la trouvaille du ministère de la Guerre et tronquèrent et truquèrent gauchement le texte de ces deux épîtres. Lisez plutôt la description que Laurent Pichat nous a faite de la lettre écrite au général Lahorie par la mère de Victor Hugo, cette description est aussi intéressante que suggestive :
« La lettre, écrite sur un papier grenu, verdâtre, qui a été tachée de jaune par le temps, était pliée en carré; à un coin, la poste avait mis le timbre de Besançon en long. Ily avait un cachet assez étrange: il était fait de cire rouge ; au centre, un médaillon portait deux initiales entrelacées ; au-dessus, deux colombes voletaient l'une vers l'autre sous un bonnet phrygien qui couvrait tout ; au bas de l'écusson, un chien était accroupi, et à l'entour couraient
des brins de lierre. La devise circulaire était celleci : JE MEURS où JE m'attache. ))
N'est-ce pas charmant, et pouvait-on figurer d'une manière plus exacte et plus symbolique les circonstances terribles dans lesquelles s'était accompli ce mariage d'amour? N'était le bonnet phrygien, on croirait voir une vignette galante du temps de Marie -Antoinette. — Oui, mais quel souvenir douloureux ne devait pas évoquer aussi à l'esprit de Victor Hugo la devise circulaire ! Ce « Je meurs où je m'attache » (quand on se détacha si vite !)fut probablement cause que l'auteur de Victor Hugo raconté se garda de renvoyer le lecteur au livre de Laurent Pichat. Il ne faut jamais, voyez-vous, parler de corde dans la maison d'un pendu !
Quoi qu'il en soit, voici le texte intégral de la lettre de la a femme Hugo » au général Lahorie. On trouvera en regard les changements que le « témoin » crut devoir y apporter.
Besançon, le 4 pluviôse an X (( Citoyen général, Voiis avez toujours témoigné tant de bontés à Hugo, fait tant de caresses à mes enfants, que j'ai beaucoup regretté que vous
Sans date, (( Citoyen général, (( Vous avez toujours témoigné tant de bontés à Hugo, fait tant de caresses à mes enfants que j'ai beaucoup regretté que vous