‹ Le cénacle de Joseph Delorme,Chapitre 19 sur 46 · BRIFAUT · texte numérisé non relu

BRIFAUT

(Lettre inédite tirée de l'Album de Victor Hugo et communiquée par M. Lefèvre-Vacquerie.) É|.. («) L'Ode à la Colonne qui venait dé paraître.

LE GÉn'vCLE de JOSEPH DELORME

naissance dans un petitvestibulejau haut du perron de la porte d^entrée. Il se composait d'une cuisine, d'une salle à manger, d'un salon, d'un cabinet de travail et de deux chambres à coucher, partie au nord et partie au midi.

Le salon qu'on appelait « la chambre au lys d'or», du nom de la fleur poétique qui avait valu à Victor Hugo le titre de maître ès-jeux floraux de l'Académie de Toulouse, était orné d'une belle toile de Garavage, de plusieurs tableaux de Devéria et de la Ronde du Sabbat^ de Boulanger.

Du salon on passait dans le cabinet de travail, (( la ruche », comme disaient les amis de la maison ; et cette ruche aurait pu en remontrer à celle des abeilles, car, non content de travailler le jour, le jeune poète travaillait jusqu'à une heure avancée de la nuit au risque de se perdre les yeux (i) ; si bien que les habitants des maisons voisines; dont les fenêtres donnaient sur le petit bois de Victor

(i) Et le fait est qu'il en souffrit beaucoup dans ces années de labeur opiniâtre. — M™^ Desbordes-Valmore, toujours si compatissante aux maux d'autrui, lui écrivait un jour à ce sujet :

<( Que je serais contente si vous éprouviez quelque bien de ce trésor qui vient de me rendre la vue comme par un miracle de Dieu ! N'ayez pas peur, Monsieur, de vous en servir, il m'a été envoyé par un ami prudent, monsieur Alibert. Je vous conjure d'essayer, il m*a d'avance prévenu que si cette eau ne me guérissait pas, l'effet n'en pourrait être en rien nuisible, car j'ai toujours peur aux yeux, et les vôtres sont précieux à tout le monde. Il faut les baigner dans cette eau trois ou quatre fois le jour par le moyen d'une œillère. Vous

VICTOR HUGO ET SAINTE-BEUVE

Hugo, se demandaient quelle était cette grosse étoile qui, tous les soirs, s'allumait ainsi dans les arbres el ne s'éteig-nait souvent qu'au petit jour.

Il y avait, au fond du parc, dans un vieux mur tapissé de lierre, une porte basse, fermée de gros verrous, qui s'ouvrait sur une impasse devenue plus tard la rue Duguay-Trouin. Cette porte existait encore dans ces derniers temps (i). C'est par là que Victor Hugo sortait, après son déjeuner, pour aller rêver dans la pépinière du Luxembourg, pendant que sa jeune femme jouait avec ses enfants ou causait avec Sainte-Beuve tout près du pont rustique qui enjambait la pièce d'eau. Rappelons-nous les vers des Consolations :

Oh ! que la vie est longue aux longs jours de Tété, Et que le temps y pèse à mon cœur attristé ! Lorsque midi surtout a versé sa lumière, Que ce n'est que chaleur et soleil et poussière ; Quand il n'est plus matin et que j'attends le soir, Vers trois heures souvent, j'aime à vous aller voir ; Et là, vous trouvant seule, ô mère et chaste épouse. Et vos enfants au loin épars sur la pelouse,

sentirez des piqûres, et, si elles étaient trop vives, vous mêleriez un peu d'eau pure à ce bain local.

« Parmi vos nombreux et brillants amis, pensez, Monsieur, que, dans un coin obscur de ce monde, on fait les vœux les plus tendres pour votre gloire et pour votre bonheur.

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