‹ Le cénacle de Joseph Delorme,Chapitre 22 sur 46 · GALLUS · texte numérisé non relu

GALLUS

Inaccessible, inex...

GUNICH

Pugnable. Et vulnérable.

LE (( RONSARD » DE VICTOR HUGO

celui de la Pléiade, retrempé et rajeuni à la fin du dix-huitième par André Ghénier. Encore Talexandrin de Victor Hugo, tout en marchant et volant, est-il moins hardi et moins coupé que celui d'André, parce que le poète de la Jeune Captive est plus grec que latin. Ainsi, contrairement à Ghénier, Victor Hugo n'enjambe presque jamais (i) d'une strophe sur l'autre, de quoi je ne saurais le blâmer, le dernier vers de la strophe étant, à mes yeux comme aux siens, une sorte de borne fixe que la pensée et l'expression ne doivent pas dépasser.

Mais, si Victor Hugo n'a guère inventé de rythmes nouveaux, il a doté la langue poétique d'un nombre prodigieux, infini, d'images et de rimes nouvelles. Il est même sans rival à cet égard. Pourquoi faut-il que, dans la facture du vers, il laisse voir que son principal effort a toujours porté sur la richesse de la rime ? Car cela saute aux yeux et, d'ailleurs, il n'en faisait pas mystère.

Il écrivait à Pavie, d'Angers, le i5 janvier 1827, à propos des vers que lui avait envoyés son fils.

(( Si ses dix-huit ans accordaient quelque droit

(1) Je dis « presque «, parce qu'après avoir critiqué, dans le Con^ servateur littéraire, cette sorte d'enjambement, il ne tarda pas à y recourir lui-même, quoique avec prudence et dans des cas exceptionnels. Voir notamment dans les Odes et Ballades, l'ode intitulée Rêves, et, dans les Feuilles d'Automne, la Prière pour rous (avantdernière strophe).

de conseil à mes vingt-cinq (car j'y touche), je n'aurais à lui présenter que des recommandations purement matérielles. Je lui dirais d'être encore plus sévère sur la richesse de la rime, cette seule g-râce de notre vers, et surtout de s'efforcer presque toujours de renfermer sa pensée dans le moule de la strophe régulière. Il peut changer de rythme aussi souvent qu'il le voudra dans la même ode, mais qu'il y ait toujours une régularité intime dans la disposition de son mètre. C'est, selon moi, le moyen de donner plus de force à la pensée, une plus large harmonie au style et plus de valeur à l'ensemble de la composition. Au reste, je ne lui donne ceci ni comme des lois, ni comme des règles, mais comme le résultat d'études bonnes ou mauvaises sur le génie de notre poésie lyrique(i).»

A quoi Sainte-Beuve répondait indirectement et de façon judicieuse, quand, après avoir entendu la lecture de Cromivell, il mandait à Victor Hugo :

(( Vous tenez avec grande raison à une rime riche. Souvent il n'existe pas, entre les mots qui riment richement avec la fin du premier vers et le sens de ce vers, de rapport naturel, rationnel, philosophique. Que faites-vous alors, sans doute à votre insu? Vous proposez à votre imagination l'espèce de

(i) Gorresp. de Victor Hugo.

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problème suivant : trouver une métaphore qui lie au figuré le mot qui rime bien avec le sens de la pensée. De là un surcroît de métaphores qui ne se seraient pas présentées naturellement à Timagination, mais que celle-ci produit par provocation, et comme à l'appel du coup de cloche de la première rime ; de là grande source de beautés soutenues et inattendues. C'est de la sorte, j'en suis sûr, que vous avez trouvé la corde à potence (i), mais de là aussi quelquefois de brusques et étranges figures qui auraient besoin d'être adoucies et fondues (2). »

Sainte-Beuve aurait pu ajouter, car évidemment il savait à quoi s'en tenir, que ces rimes riches s'obtiennent ordinairement à coups de dictionnaire de rimes, et qu'elles donnent souvent au vers quelque chose de laborieux, de cherché, qui contrarie l'inspiration et sent un peu trop Fart pour l'art. Lamartine disait que ce qui est cherché n'est pas trouvé (3). Il avait cent fois raison, et c'est dans ce sens qu'on a pu dire de lui et de Victor Hugo : « L'un chercha et l'autre trouve. »

(1) Trick : — Gromwell des cavaliers punit donc la jactance !

Il a plus d'une corde, amis, à sa potence.

(Gromwell, acte IV, scène ix.)

(2) Lettre du i3 février 1827, citée intégralement au chapitre précédent.

(3) Mémoires inédits j p. 95.

Mais en voilà assez sur la métrique d'Hugo (i) ; revenons au Ronsard^ cause de cette digression technique.

C'est un magnifique in-folio, doré sur tranches^ à grandes marges, et relié en parchemin, qui me rappelle celui que José-Maria de Heredia avait acheté sur les quais pour quelques sous, du temps qu'on y faisait encore des trouvailles, et qu'il montrait avec orgueil à tous les amis de la Pléiade. Mais l'exemplaire du poète des Trophées était moins beau que celui du poète de Joseph Delorme et surtout moins rare. Sainte-Beuve l'avait payé un peu plus cher à un libraire ami des vieux livres. Il avait appartenu jadis à Hubert de Monmor qui, le premier, occupa jusqu'à sa mort, survenue en 1679, 1^ fauteuil de l'Académie française, et il porte ses armes dorées sur les plats de la reliure. En voici le titre :

(i) Ceux qui voudraient étudier à fond la technique de « l'alexandrin chez Victor Hugo », pourront consulter la thèse de doctorat que M. Auguste Rochette a publiée naguère sous ce titre, à la librairie Hachette, en i vol. grand in-8 de $00 pages II!

LE (( RONSARD » DE VICTOR HUGO

Les ŒUVRES DEPIEBRE DE RONSARD

Gentilhomme Vandosmois Reveues et augmentées

à Paris CHEZ NICOLAS BUON au mont Saint-Hilaire à renseigne Saint Claude avec privilège du Roy-

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