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naît le compérag-e des journaux, les ruses des auteurs, les éditions à cinquante exemplaires, les faux-titres refaits, les frontispices, les caractères remaniés, etc., etc., tout ce petit charlatanisme est misa découvert depuis longtemps. Il faut que la guerre entre les romantiques et les classiques soit franche et généreuse.... (i). »
Ce n^est pas tout. Gomme s'il avait prévu la préface de Cromwellj Stendhal avait, quatre ans auparavant, éerit les lignes suivantes, que Victor Hugo aurait pu prendre pour lui :
« Les artistes graves sont sujets à confondre, de bonne foi, ce qui est comique avec le laid ; c'est-àdire les choses créées défectueuses exprès, pour faire naître le rire, comme la manière de raisonner de Sancho, avec les choses tout bonnement laides par impuissance d'être belles, et que produit un artiste grave qui cherche le beau et se trompe (2). »
De son côté, Victor Hugo se flattait d'avoir donné dans son Cromwell un éclatant démenti à Stendhal, eu lui prouvant que le vers dramatique, tel qu'il le cpmprenait, était aussi beau que de la prose (3 .
(( Voilà, écrivait-il dans la préface de ce drame,
(1) Préface Cromwell, éà. Renduel, i836, p. 70.
(2) Racine et Shakespeare, p. i53.,
(3) Préface de Cromwellf]^.^'].
PRÉFACES ET LECTURES
ce qui a causé l'erreur de plusieurs de nos réformateurs les plus distingués. Choqués de la roideur de Tapparat, du pomposo de cette prétendue poésie dramatique, ils ont cru que les éléments de notre langue poétique étaient incompatibles avec le naturel et le vrai. L'alexandrin les avait tant de fois ennuyés qu'ils l'ont condamné, en quelque sorte, sans vouloir l'entendre, etont conclu, un peu précipitamment peut-être, que le drame devait être écrit en prose.
« Ils se méprenaient. Si le faux règne en effet dans le style, comme dans la conduite de certaines tragédies françaises, ce n'était pas au vers qu'il fallait s'en prendre, mais aux versificateurs.il fallait condamner, non la forme employée, mais ceux qui avaient employé cette forme ; les ouvriers, et non l'outil (i) ! »
On conçoit donc qu'après ces politesses et ces échanges de vues, qui n'avaient rien de bien sympathique, « le bonhomme Hugo » et Stendhal se soient regardés en chiens de faïence, le soir du jour où ils se rencontrèrent chez l'auteur de Clara GazuL
Cela n'empêcha pas, d'ailleurs, Stendhal d'applaudir au succès d'Hernani, en dépit de ses lon-
(i) Préface de Cromwell, p. 68.
gnes tirades. Car j'ai oublié de dire que, tout romantique qu'il était, il avait une telle horreur de la tirade que, s'il avait eu à choisir entre elle et les deux unités, il aurait mieux aimé conserver les deux unités.
D'aucuns ont voulu voir dans la préface de Cromwell une sorte de réplique à l'Art poétique de Boileau.Jene vois pour ma part aucune comparaison à faire entre ces deux ouvrages. L'Art poétique est un poème didactique qui embrasse tout le champ de la poésie française et qui codifie un certain nombre de règles qui étaient observées avant Boileau. — La préface de Cromwell est un beau morceau d'éloquence dans lequel on n'envisage guère que la langue et les' destinées du drame romantique, et qui, rédigé à la suite de Cromwell^ dans les circonstances que nous dirons tout à l'heure, a tout Fair d'un plaidoyer pro domo.
Si j'avais à la comparer à quelque ouvrage antérieur de ce genre, ce serait plutôt à la Deffence et Illustration de la langue françoy se de Joachim du Bellay, qui est, elle aussi, une œuvre personnelle en même temps qu'un manifeste d'école, et qui,
PRÉFACES ET LECTURES
dans ses grandes lignes, répondait à V Art poétique de Sibilet, comme la préface de Cromwell (car il fallait bien qu'elle répondît à quelque chose) répondait au Racine et Shakespeare àe Stendhal. Encore la Deffence de Joachim envisageait-elle toutes les questions d^esthétique qui étaient à Tordre du jour; tandis que la préface de Cromwell!...
Stendhal soutenait que la prose était Tinstrument tout indiqué du drame futur. — Victor Hug^o soutenait au contraire que cet instrument était le vers alexandrin. Et il en donnait Texemple dans le drame de CromwelL
Ouvrons la préface à la pag"e où il est parlé du style du drame, que lisons-nous ?
« Si nous avions le droit de dire quel pourrait être, à notre gré, le style du drame, nous voudrions un vers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche; passant d'une naturelle allure de la comédie à la tragédie, du sublime au grotesque ; tour à tour positif et poétique, tout ensemble artiste et inspiré, profond et soudain, large et vrai ; sachant briser à propos et déplacer la césure pour déguiser sa monotonie d'alexandrin; plus ami de l'enjambement qui l'allonge que de l'inversion qui l'embrouille ; fidèle à la rime, cette esclave reine, cette suprême grâce de notre