‹ Le cénacle de Joseph Delorme,Chapitre 5 sur 46 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

cent soixante-dix hommes arrêtés chez eux à Bouguenais, se vanta d'avoir sauvé la vie à vingt-deux jeunes filles de ce bourg. Mais cela n'est rien moins que prouvé (i).

(( J'ai beaucoup fait la guerre, disait-il, j'ai parcouru de vastes champs de batailles, jamais rien ne m'a tant frappé que le massacre de ces victimes de Topinion et du fanatisme. »

Je pense donc que la bonne réputation dont il jouissait au pays nantais ne fut pas étrangère à son mariage. Où, comment, dans quelles circonstances ce brave soldat fit-il la connaissance de Sophie Trébuchet? C'est ce que je n'ai pu établir d'une façon précise, malgré des recherches aussi longues que minutieuses. Au moins sais-je et puis-je dire ici, le premier, tous les tenants et aboutissants de la famille maternelle de Victor Hugo.

Sur Sophie Trébuchet, on ne savait rien, jusqu'à

(i) Sans vouloir, comme Edmond Biré, charger la mémoire de Brutus Hugo des jugements rendus par le conseil de guerre du château d'Aux et signés par lui comme greffier ^ je ne crois pas que ses fonctions officielles lui eussent permis de s'entremettre, au nom de l'humanité, entre les membres de ce tribunal et les malheureux qu'ils avaient à juger, surtout avec le général dont il était le chef d'état-major. Mais enfin, c'est un fait qu'il était porté plutôt vers la clémence.

ce jour, ou pas grand'chose. On savait seulement par le «. témoin » de Victor Hugo raconté qu'elle était fille d'un « armateur nantais » nommé Jean- François Trébuchet et d'une demoiselle Renée- Louise Le Normand. Encore ignorait-on leurs lieux d'origine et la qualité de leurs pères et mères. Il est même étonnant qu'Edmond Biré, qui habitait Nantes, ne nous ait pas apporté, dans son Victor Hugo -avant i83oy des informations plus exactes et plus étendues sur les origines maternelles du grand poète. Sans avoir un flair exceptionnel, après une enquête sérieuse et bien conduite, il lui eût été facile de mettre la main sur les sources où j'ai puisé les documents qui servent de base à ce chapitre. Cela lui eût procuré le plaisir de relever quelques erreurs de plus dans le Victor Hugo raconté^ et lui eût évité, du même coup, le désagrément d'en commettre lui-même quelques-unes — ce qui est toujours fâcheux sous la plume d'un redresseur de torts et d'un coupeur de fils en quatre.

Mais Edmond Biré n'avait pas l'habitude de courir après les documents originaux. Il attendait patiemment qu'ils vinssent le chercher dans son cabinet d'étude et se contentait ordinairement de dépouiller les journaux et libelles de toute couleur et de toute nature dont il s'était fait une riche col-

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