PROLOGUE
vembre 1779, Marie-Thérèse Rousseau, fille d un notaire et procureur au marquisat de la Galissonnière. Ce n'étaient pas, du reste, les seuls hommes de loi de la famille. Le procureur fiscal du marquisat de Goulaine avait pour beaux-frères Pouponneau et Mourain, ses collègues au présidial de Nantes, et pour cousin germain Etienne-Joseph Garreau, avocat au Parlement. J'ajoute qu'il était lié avec Louis-Maurice Trébuchet, avocat à Nantes, et que ce fat par le canal de ce dernier que Jean-François Trébuchet, son frère, épousa Renée- Louise Le Normand du Buisson (i).
Ce mariage fut célébré en Féghse paroissiale de Saint-Fiacre le 22 septembre 1767 (2).
(1) Louis-Maurice Trébuchet avait épousé Louise-Pélagie Le Normand, sœur cadette de Renée-Louise.
(2) Extrait des registres de la paroisse de Saint-Fiacre :
« L'an 1767, le 22 septembre, par nous Louis-François Leloup, prestre, seigneur de Ghâteau-Thébaud et La Pommeraie-sur-Sèvre, ont été admis à la bénédiction nuptiale:
« Jean-François Trébuchet, capitaine de navire, majeur, fils de feu sieur Jean Trébuchet et de demoiselle Françoise Louvigné, natifs de la paroisse d'Auverné, en ce diocèse (a) ; — et demoiselle Renée- Louise Le Normand, native de cette paroisse et domiciliée depuis nombre d'années en celle de Saint-Laurent de Nantes, fille mineure de René-Pierre Le Normand, sénéchal de juridiction en Ghâteau- Thébaud, alloué de la juridiction de Bourgon en Gouëron, procureur
(a) Jean Trébuchet et Françoise Louvigné s'étaient mariés à Auverné le 16 octobre 1708 et avaient eu six enfants, dont Jean- François, né en 1780. Leurs biens fonciers étaient assez importants et s'étendaient sur les trois paroisses de la Ghapelle-GIain, Saint- Julien-de-Vouvantes et Auverné, arrondissement de Ghâteaubriant.
Aussitôt après, les nouveaux époux s'établirent à Nantes, où ils habitèrent tour à tour la rue des Carmélites, la rue Saint-Laurent, la place Saint-Pierre et laHaute-grand'rue, proche la cathédrale, et sur la paroisse de Saint-Laurent dont Téglise, aujourd'hui disparue, s'élevait au bout dè l'impasse de ce nom.
C'est dans une maison de la Haute-grand'rue que, le 19 juin 1772, naquit Sophie-Françoise Trébuchet, mère de Victor Hugo. Voici son acte de baptême :
« Le 19 juin 1772, a été baptisée dans l'église paroissiale de Saint-Laurent de Nantes, par nous recteur soussigné : Sophie-Françoise née de ce matin à cinq heures en cette paroisse, Haute-grand'rue, fille de noble homme Jean-François Trébuchet, capitaine de navire, et de dame Renée-Louise
fiscal de plusieurs autres juridictions et procureur au siège présidial et comté de Nantes, — et de feue demoiselle Renée-Pélagie Brevet ; aux fins de dispenses d'alliance accordées par M. l'abbé de la Tullaye* vicaire général de ce diocèse, le 3j août dernier, aux paroisses d'Auvernéjle i5 du courant, signées Lemétayer, vicaire, et de Saint- Laurent de Nantes, le 20, signées Gallouin, recteur, qui permet au recteur de cette paroisse ou à tous autres de procéder audit mariage, qui a été célébré en présence et du consentement dudit sieur Le Normand du Buisson, frère de l'épousée, du sieur Louis-Maurice Trébuchet, frère de l'époux, Louis-Maurice Trébuchet de La Boulais, son neveu, M® Pierre Pouponneau, procureur au présidial de Nan,tes, oncle de la mariée, à cause de demoiselle Louise Le Normand, son épouse, et autres parents et amis soussignés. »
Le Normand, son épouse. Ont été parrain, noble homme René Le Normand, fils, oncle maternel de Tenfant, et marraine, demoiselle Renée-Françoise Robin, cousine germaine de Tenfant du côté paternel, lesquels signent avec nous, le père absent. »
Le Père absent i Notre capitaine de navire était donc en mer quand sa fille vint au monde. Cela lui arriva trois ou quatre fois dans Fespace de douze ans durant lesquels sa femme lui donna trois filles et quatre garçons (i). La dernière fois qu'il revint à Nantes, ce fut pour assister coup sur coup à la naissance de son septième enfant et à la mort de sa femme que ses couches successives avaient épuisée. Etienne-Constant Trébuchet était né le 21 juillet 1780; le i3 août suivant, sa mère mourait dans la trente-deuxième année de son âge.
Trébuchet fut-il armateur, comme le prétend le « témoin » de Victor Hugo raconté ? Non, car il
(i)Savoir: Renée-Rose, née le 7 juillet 1768; Madeleine-Françoise, née le 16 novembre 1769 : Sophie -Françoise ; née le 19 juin 1772; Jean-LOuis, né le 3o octobre 1778; Auguste, né le 7 mai 1776; Charles-Marie, né le 5 juillet 1777, et Etienne-Constant, né le juillet 1780.
Edmond Biré, contrairement au Victor Hugo raconté^ prétend que la mère du poète eut trois sœurs, et non deux. Malgré toutes nos recherches sur les registres de la paroisse de Saint-Laurent, nous n'avons pu trouver trace de la naissance de Marguerite Trébuchet, qui n'aurait pu venir au monde qu'entre Madeleine et Sophie ou entre Charles-Marie et Etienne- Constant.
n'eut jamais pour celaFargent nécessaire. D'abord, ses parents, qui avaient eu à élever six enfants, ne lui avaient pas laissé grand^ chose. Ensuite ses premiers voyages en mer lui avaient rapporté si peu, tout capitaine qu'il était, qu'ayant voulu cesser de naviguer, après la mort de sa femme, il tomba dans un état voisin de la misère, et force lui fut de reprendre du service.
Il résulte, d'ailleurs, des renseignements que j^ai puisés aux archives de la Marine, à Nantes, qu'il débuta comme matelot, à Tâge de dix-huit ans, chez M. de Seigne, armateur en cette ville.
Du lo avril 1749 au 27 mars 1760, il fit trois voyages comme pilotin sur le Philibert elle Thiercelin, appartenant à la Compagnie des Indes.
Nommé, en [768, lieutenant de la Nouvelle- Société, il fut reçu, le 3 janvier 1767, capitaine à l'amirauté de Nantes, avec dispense d'un voyage.
Il commanda alors la Sevré et la Duchesse-de- Daras, appartenant à M. Louis Drouin, armateur à Nantes.
J'ai lu les premières lettres qu'il adresssait à sa femme, de Saint-Marc (Haïti) ; elles sont écrites dans un français d'écolier — ce qui prouve qu'il n'avait reçu aucune instruction.
La Dachesse-de-Duras, qui faisait le commerce