‹ Le cénacle de Joseph Delorme,Chapitre 8 sur 46 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

de Guinée, fut prise par les Anglais en 1779. Mais Trébuchet ne la commandait plus depuis 1776, époque à laquelle, faute d'un registre-matricule disparu des archives de la Marine de Nantes, on perd sa trace. Cependant il n'est pas douteux qu'il ait navigué jusqu'en 1780, puisqu'il est encore désigné comme capitaine de navire sur l'acte de décès de sa femme. Et j'ai appris d'une autre source qu'à la fin du mois de juin 1782, quand il reprit la mer après son veuvage, il partit sur le Gomte-de-Grasse^ pour File de France, où il mourut le i^^ septembre

Voilà donc les états de service du capitaine Trébuchet. Nous venons de voir qu'un de ses anciens bateaux faisait le commerce de Guinée. On appelait ainsi la traite des nègres. Ala fin duxviii^ siècle, les armements de la place de Nantes pour la Guinée étaient aussi considérables que ceux de toutes les autresplaces du royaume, et l'on estimait à deux cents le nombre des armateurs nantais qui faisaient ce honteux trafic. C'est de là que dataient les fortunes scandaleuses dont témoignent encore aujourd'hui les maisons magnifiques qui bordent la Fosse et les deux rives de l'île Feydeau. Il ne faudrait pas croire pourtant quele commerce dec( boisd'ébène» fût sans risques et de tout repos. Outre que le prix

des esclaves était parfois assez élevé (i), il était bien rare qu'il ne mourût pas quelques nègres en cours de route, et il suffisait d^une petite épidémie pour perdre le bénéfice de toute une cargaison.

Trébuchet fit-il le commerce de Guinée ? Je ne saurais le dire aujuste. En tout cas, ce ne fut pas pour son compte, et, s'il le fit, il appert de ce qui précède qu'il ne lui en resta rien aux doigts .

Dixans après sa mort, la Terreur régnait à Nantes* Mais les guerres civiles n'ont jamais empêché les tourtereaux défaire l'amour. Pendant que fonctionnaient la guillotine et les bateaux à soupape de Carrier, le maj or Hugo se liait avec la famille Le Normand et tombait amoureux de Sophie Trébuchet. Comment cela se fit-il? Si j'interroge le «témoin » de Victor Huffo raconté^ 'û me répond :

(( ... Ce Trébuchet était un de ces honnêtes bourgeois qui ne sortent jamais deieur ville ni de leurs opinions. Il était resté royaliste et catholique et confondait dans sa religion Dieu et leroi. Comment

(i) Les nègres qui étaient dans la force de l'âge — de seize à trente ans — étaient vendus aux îles françaises de l'Amérique depuis loo pistoles jusqu'à i.5oo livres.

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