IV. VICTOR HUGO
Y'icAoTBugo SipuhVié, dans la M use française, cinq morceaux de critique littéraire (i) et deux poésies seulement. On sait le cas que ses camarades faisaient de sa prose : le métal en est, effectivement, très solide, et les jugements portés ordinairement sains. Quant à ses vers de la Bande noire et de l'Ode à mon père j ils sont parmi les meilleurs qu'il ait écrits jusqu'en 1824 (2); ce qui les caractérise, c'est que, sans être encore frappés au coin de l'ori-
(i) Les morceaux de critique traitent de : Quentin Durward, par Walter Scott ; l'Essai sur l'Indifférence en matière de religion, par M. l'abbé de La Mennais (tomes 3 et 4; ; Voltaire, fragment ; Eloa ou la Sœur des Angles, par Alfred de Vigny ; Georges Gordon, lord Byron.
(2) Encore a-t-il jugé à propos d'en refaire quelques-uns pour l'édition de 1826. Exemples :
Ode à mon père, i'» stance: il avait écrit dans la Muse française :
Mais chercher de David les traces effacées Dans l'édition de 1826, ce vers est devenu .
Mais jeter ma colère en strophes cadencées ! 9» stance, au lieu de :
Vingt courtisans royaux attendre son réveil ; L'Europe, si longtemps sous son bras palpitante, Ne compte plus, craintive en sa pénible attente, Les heures de son noir sommeil, il a mis :
Vingt courtisans royaux épier son réveil
ginalité, comme le seront un an plus tard les Deux Iles et l'Ode à la Colonne, ils ne sentent déjà plus le lait de la nourrice, je veux dire Tinfluence de Soumet et d'André Ghénier. Et ces deux influences ne furent pas les seules qu'ait eu à secouer Victor Hugo; je suis convaincupar exemple qu'il emprunta la ballade à Millevoje, car le poète de la Chute des feuilles a fait des ballades charmantes et qui dans leur temps eurent un certain succès. Victor Hugo s'est vanté d'avoir mis plus de son âme dans ses Odes et plus de son imagination dans ses Ballades, (( Ce sont, disait-il de ces dernières, des esquisses d'un genre capricieux; tableaux, rêves, scènes, récits; légendes superstitieuses, traditions populaires...» Les ballades de Millevoye ne sont guère autre chose. Je reconnais cependant qu'elles sont plus chantantes el que Millevoye ne s'y amuse pas à jongler avec les rimes. Il n'a rien fait de compa-
Ne compte plus, assise aux portes de sa tente,
II» slance, au lieu de :
L'astre heureux de Brennus.
il a mis :
L'étoile de Brennus.
i3e stance, au lieu de :
Que ta bannière dort auprès de ton foyer, il a mis :
Puisque ton étendard dort près de ton foyer, La Bande noire, i5» stance, il avait écrit dans la Muse française : Pour eux il n'est point de danger !
Les héros qui veillaient sur ces hautes murailles, Les ombres qui jadis ont gagné des batailles, Ne combattent que l'étranger.
Il a mis dans l'édition de 1826 :
Un tel triomphe est sans dangers.
Mais qu'ils n'éveillent pas les preux de ces murailles ; Ces ombres qui jadis ont gagné des batailles Les prendraient pour des étrangers 1
rable, en ce g'enre, à la Chasse du Bur grave et au Pas d' armes du roi Jean. Mais y avait-il là de quoi s'enorgueillir ? Après avoir lu les Ballades de Victor Hug'o, Lamartine lui écrivait : « C'est une autre espèce de fable à laquelle on ne croit pas plus aujourd'hui qu'à Junon, sœur de Jupin, et cela n'est donc pas vrai imaginativement ; cela n'est donc pas du temps. Examinez si j'ai tort ou raison : c'est un jeu de l'esprit et non pas ce qu'il vous faut (i). » Il faut croire que Victor Hug-o sentit la justesse de cette observation, puisqu'il abandonna la ballade, en 1828.
J'aurais beaucoup à dire sur la versification et le rôle du grand poète en ses années d'apprentissag-e, mais je me réserve de les étudier à fond dans le Cénacle de Joseph Delorme.