‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 17 sur 64 · VI. SAIINT-VALRY · texte numérisé non relu

VI. SAIINT-VALRY

Il écrivait un jour à Charles Nodier :

(( Quelques succès aux Jeux-Floraux, comme tout le monde en a eu dans sa première jeunesse, une obscure collaboration, oubliée, aux journaux royalistes, dans un temps déjà lointain, une part non moins obscure dans cette guerre romantique où j'ai servi, sous vous autres, g-rands chevaliers, en qualité d'écuyer ou de simple page, un tout petit volume de poésie et quelques lignes peut-être sur Chateaubriand au dernier feuillet de la Musefran^ çaise, voilà mon pauvre bilan (i). »

Si pauvre qu'il soit, le bilan de Saint- Valry appelle tout de même l'attention et l'homme est intéressant à plus d'un titre.

Fils d'un soldat de l'Empire qui avait servi sous le général Hugo, Adolphe Souillard de Saint-Valry s'était lié de bonne heure avec Victor Hugo, qui le visita plusieurs fois à Montfort-l'Amaury, avant son mariage.

(i) Charles Nodier^ par Michel Salomon, p. i65.

l3Ô LE CÉNACLE DE LA MUSE FRANÇAISE

Après avoir débuté au Conservateur littéraire, i\ passa derrière Victor à la Muse française, dont il fut, avec Emile DeschampSj le principal rédacteur. Gomme poète, c'était un bon élève de Soumet. La Jeune malade, élégie, qu'il publia dans le premier n^ de la Muse, avec une épigraphe d'Alfred de Vigny (i), est un ressouvenir de la Pauvre Jille combiné avec la Chute des feuilles. C'est agréable, mais sans aucune espèce d'originalité. Les autres pièces de vers qu'il donna soit avant, soit après, aux Tablettes ou aux Annales romantiques, ne valent guère mieux. Ce n'est donc pas cela qui pourrait sauver sa mémoire, mais il a écrit à la Muse quelques bons articles (2) d'une prose élégante et forte, dont un au moins, le dernier, en dehors de sa valeur littéraire, a une valeur quasi historique. Non seulement, en effet, il marque la fin de la Muse, mais c'est la page la plus éloquente qu'ait inspirée sur l'heure la chute ou plutôt le renvoi de Chateaubriand. On Ta lue plus haut, je n'y reviendrai pas : elle est digne en tous points de celui que l'on comparait à Auguste, et c'est tout dire.

(i) Elle était jeune et belle, et la vie a des charmes. [La Fille de Jephté.)

(3) Savoir : Un article sur les Poésies de Saintine, les Romans de Mme Gay et les Souvenirs de la Sicile, par M. de Forbin, un autre sur les poèmes en vers et en prose de Campenon, un autre sur le Frère et la Sœur ou le Protecteur naturel, drame en quatre actes et en prose, par M, Merville ; une Revue littéraireoh sont analysés: la Vie de Rossini par Stendhal ; les Notes sur la Suisse et une partie de l'Italie, par M. le comte Théobald Walch ; le Début poétique, ou Choix de poésies diverses, par M.-J. Léonard. — l'Observateur au XIX° siècle, par M. de Saint-Prosper, nouvelle édition — ; Lettres de deux amants détenus pendant laTerreur,iiaT M. Sédin. Enfin le fameux article sur Chateaubriand.

LES RÉDACTEURS DE LA MUSE FRANÇAISE l'd'J

Saint-Valry était né royaliste et mourut royaliste. La politique l'éloig-na de Victor Hugo, à partir de i83o, et les événements ne firent qu'élargir davantage le fossé qui les séparait. Mais ce ne fut jamais un militant, à plus forte raison un ennemi. Il se retira sous sa tente après les Trois Glorieuses et demeura fidèle aux Muses comme au drapeau blanc. Il eut cela de commun avec Alexandre Guiraud, qui Taimait beaucoup.

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