‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 19 sur 64 · I. ANGELOT · texte numérisé non relu

I. ANGELOT

Né au Havre le 9 février 179/I, Jacques-Frédéric-Arsène Ancelot débuta au théâtre en 1819, presque en même temps que Casimir Delavig-ne, son compatriote, et> chose curieuse, Victor Hug-o, qui devait être le rival de Tun et l'ami de l'autre, rendit compte des Vêpres ciciliennes et de Louis IX dans le même feuilleton du Conservateur litté'~ raire. L'article offre même cette particularité remarquable que Victor Hug"o, qui était royaliste comme Ancelot, donna la préférence à l'ouvrage de Casimir Delavigne, qui était libéral.

« C'est une chose étrange, disait-il, et digne de notre siècle vraiment unique, que de voir l'esprit de parti s'emparer des banquettes d'un théâtre, comme il assiège les tribunes des Chambres. La scène littéraire a acquis presque autant d'importance que la scène politique. Le public aveugle ou malin prête aux paroles des auteurs tout le poids qu'elles devraient avoir si elles sortaient de la bouche de ceux qu'ils représentent; il semble ne voir dans nos comédiens que de grands personnages, de même qu'il ne voit dans plusieurs de nos grands personnages que des comédiens. Le petit marchand électeur s'en va siffler Louis IX, non parce que Lafon manque de majesté ou la pièce de chaleur;

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mais son Constitutionnel lui a révélé que Louis IX s'appelle Saint Louis, et le marchand électeur est philosophe. Les g-azettes libérales exaltent les Vêpres siciliennes, non parce que cette tragédie renferme des beautés, mais en raison des mouvements d'éloquence qu'elle peut leur fournir contre les fanatiques, les prêtres et les massacres au son des cloches ; les siècles féodaux offrent seuls de pareilles horreurs; car on sait que, durant les beaux jours de 98, toutes les cloches étaient changées en gros sous...

(( Le déchaînement des indépendants contre M. Ancelot et pour M. G. Delavigne a dû naturellement influer en sens contraire sur l'opinion des royalistes à Tégard des deux auteurs. Cependant, nous conviendrons que, cette fois, leur esprit de parti a mieux servi les libéraux que ne l'auraient peut-être fait leurs lumières. A l'exagération près, leur jugement semble juste; ceux des journaux royalistes qui ont manifesté Topinion contraire reviendront sans doute sur leur décision après avoir lu les deux tragédies : dans cette affaire, les indépendants ont mieux vu qu'eux; ce qui rappelle cet âne de l'Ecriture, qui eut une fois la vue plus prompte et plus perçante que son maître.

« S'il y a quelque courage à casser les arrêts de la faction, il y en a peut-être plus encore à les défendre, quand le hasard les fait justes. Dans le premier cas, on ne s'expose qu'aux injures de quelques sophistes et aux menaces de quelques furieux; dans le second, on provoque la défiance des hon-

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nêtes gens; pour dissiper une telle impression, nous ferons tous nos efforts; car nous sentons que, plaidant momentanément la même cause que le parti novateur par excellence, nous avons besoin de preuves magnifiques et plus claires que le soleil. (Bossuet). »

L'histoire a ratifié le jugement de Victor Hugo: les Vêpres siciliennes de Casimir Delavigne ont survécu au Louis IX d'Ancelot. Du reste, il faut bien dire qu'il ne reste rien de ce dernier et que s'il réussit à se glisser aux premières places, ce fut moins par son talent que par son habileté. Son poème de Marie de Brabant, dont il donna le premier chant à la Muse française, ne vaut pas mieux que son théâtre : c'est de la poésie du premier empire, digne de Campenon et de Legouvé. Mais Ancelot savait prendre le vent et n'était point jaloux de la gloire des autres. La Muse était à peine fondée qu'il envoyait une épître à son ami Soumet, pour applaudir à ses récents succès et lui en prédire de nouveaux. J'ajoute, et ceci a bien son importance, qu'il était secondé par une femme entreprenante et jolie qui sut lui faire une cour de tous les jeunes talents. Ancelot a signé avec Guiraud et Soumet un opéra en trois actes, intitulé Pharamond, qui fut représenté sur le théâtre de l'Académie royale de musique à l'occasion du sacre de Charles X. L'acte premier a même paru dans /a Couronne poétique de Charles X, sous la signature du « chevalier Ancelot ».

Je ne savais pas que ce roi l'avait fait chevalier.

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Nodier, qui ne Taimait pas, dut s'écrier : «OBayardl » en apprenant cela.

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