‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 22 sur 64 · V. VICTOR CHAUVET · texte numérisé non relu

V. VICTOR CHAUVET

Le principal mérite de Victor Chauvet, ce qui lui fait une place à part dans l'histoire du Romantisme, c'est d'avoir provoqué, par son compte-rendu du Comte de Carmagnola, la lettre fameuse de Manzoni sur les trois unités. Lettre et compte-rendu parurent en 1820 dans le Lycée français^ dont Chauvet était le collaborateur. J'ai à peine besoin de dire que Chauvet tenait pour le maintien de la règle des unités de temps et de lieu. Il était, comme Charles Loyson, bien trop universitaire pour être partisan de sa suppression. Mais la tentative de Manzoni lui paraissait mériter l'attention du monde littéraire, et, tout en déplorant que Tauteur du Comte de Carmagnola se fût égaré dans un système absolument faux, il rendit un tel hommage aux qualités qu'il avait déployées dans sa pièce que Manzoni se crut obligé de lui répondre. On connaît sa lettre à M. C[hauvet].

La révolution accomplie chez nous au théâtre est sortie de là. Ayant de provoquer ce manifeste,

(i) II naquit à Dijon, le i5 février 1781, et mourut le 5 juin 1857.

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Victor Ghauvet avait publié dans le Lycée français quelques poésies élégiaques, comme la Parganiote, qui sont parmi les meilleures qu'ait inspirées l'Affranchissement de la Grèce. Et justement sous ce litre, il donna, quatre ans plus tard, cette très belle ode à la Muse française :

Aux bords où l'Eurolas, honteux de son silence,

Dans l'Eg-ée épanche ses eaux, Lamentable fantôme, une femme s'élance

De la poussière des tombeaux.

Ses membres, trois cents ans flétris par l'csclavag-e,

Parmi les traces de leurs fers.

Du fçlaive avec org-ueil nous montrent le ravage,

Honneur sanglant de ses revers.

Occident! Occident ! celte auguste victime.

Vers toi s'incline en gémissant, Belle comme la vierge, aux caresses du crime

Echappée au prix de son sang.

Vous, que des arts, dit-elle, ecivient les délices,

Heureux entre tous les humains, Qu'au banquet de vos jeux le cri de mes supplices

Brise la coupe dans vos mains.

Ces sciences, ces arts, doux charme de la vie,

Noble couronne du tombeau, Qui vous les a donnés ? A votre âme asservie,

Quel peuple a montré leur flambeau ?

Occident! Occident! quand d'une nuit barbare

Tes rivages étaient couverts, Mon génie autrefois, comme un sublime phare,

S'est allumé sur l'univers.

Aux chants que m'inspiraient les vallons du Permesse

Quittant le carnage et les bois, L'homme apprit à chérir l'amitié, la sagesse,

La liberté soumise aux lois.

Le Tibre à mes leçons dut ses héros célèbres. Et, souillant mes lauriers flétris,

Quand le croissant sur moi déploya ses ténèbres, Tu l'enrichis de mes débris.

Et tu disais : « 0 Grèce, un affront légitime

Meurtrit tes fils indiff'érents.

Abandonnons ce peuple à la main qui l'opprime ;

Il est plus vil que ses tyrans. »

Vois-tu ces bataillons qui du glaive et des flammes,

Demi-nus, vont braver l'effort, Ce fleuve ensanglanté, ces toits fumans, ces femmes.

Aux guerriersdisputant la mort !

Chréiiens, accourez tous devant cette hécatombe,

Jugez mon courage et mes droits, Il est vrai, je suis faible; accourez, je succombe

Sous mes fers et sous mes exploits.

Elle dit ; tout se tait, tout la livre aux outrages.

Que font ces rois et ces soldais ?

Venez, voici des jours dignes de vos courages;

Venez, fils de Léonidas.

Peuple libre, en effet, qui seul brise sa chaîne !

Peuple heureux qu'un maître irrité A contraint de choisir, dans son aveugle haine,

Ou la mort, ou la liberté !

Ce gf^and choix, il est fait; la terre ensanglantée

Frémit d'un généreux effroi.

Poudre qui fut jadis Thémistocle ou Tyrtée,

L'airain sonne, ranime-toi !

Ce sont eux ! oui, c'est là cette race divine

Dont Xercès subit les sermens.

Courage! le barbare a revu Salamine ;

Platée aura ses ossemens.

Ah! plutôt pardonnez; que l'enfant du prophète,

Heureux et libre sous vos lois, O Grecs ! bénisse un jour son heureuse défaite

Et le doux règne de la croix.

La première œuvre de Victor Chauvet est un poème en trois chants intitulé Sapho, qu'il a signé

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des initiales G. D. T. (Chauvet, de Toulon) à la manière des poètes du xvi« siècle. Il était né, en effet, à Toulon, le 27 juillet 1788.

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