‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 24 sur 64 · VII. DURANGÈL · texte numérisé non relu

VII. DURANGÈL

Celui-là fut une manière de Protée et semble s'être amusé toute sa vie à changer de nom pour mystifier le lecteur. M. Armand Praviel m'écrivait naguère que l'Académie des Jeux-Floraux avait, en 1820, refusé la violette d'argent à Millevoye, parce qu'il avait concouru sous le pseudonyme de M. Jamard. Alors, pourquoi couronna-t-elle, de 1820 à 1823, Nicolas-François Durangel, tantôt sous le nom d'Holmondurand, tantôt sous celui de Durand de Vrandaulmon ou de Durand-Vrandaulinon ? Est-ce parce qu'il lui était recommandé par Victor Hugo sous le nom de Durand? Edmond Biré, qui lui a consacré une bonne notice (i), nous dit que, (( sur la liste des maîtres es Jeux-Floraux, publiée chaque année, il figure, de i833 à i835, sous le nom de M. Durand de Modurange (Nicolas-François), de Marseille, ~et de i836 à i845, sous celui de M. de Darangel (Nicolas-François). En 1845 et jusqu'en 1860, il veàQw'iQïii M . Durand tout court, pour reparaître, à partir de 1861, sous le nom de M. Darangel, officier de la Légion d'honneur ». Tout cela, en vérité; est étrange de la part d'un Marseillais qui eut son heure de

(i) Victor Haqo avant i83o, p. i38.

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célébrité et qui, avec un peu moins de modestie ou plus de savoir-faire, aurait pu occuper une assez belle place au soleil. J'ai dit qu'il était de Marseille. Il paraît qu'il iit partie de l'Académie de cette ville et que, vers 1887, il aida Barthélémy dans sa traduction en vers de V Enéide. Mais le plus curieux, c'est qu'en i83o il lut à l'Académie de Marseille, en présence de Lamartine, une pièce de vers qu'il lui avait dédiée. Il s'appelait alors M. Durand. On ne dit pas s'il se fit connaître à Lamartine comme étant le fameux Holmondurand, dont l'article sur la Mort de Socrate et les Nouvelles Méditations avait semé la zizanie parmi les rédacteurs de la Muse française, mais ce qu'il y a de certain c'est que ces vers plurent beaucoup au grand poète dont il devint, quelques années plus tard, l'adversaire politique, sans que Lamartine s'en soit jamais douté. Voici comment. Du temps que Lamartine combattait avec le plus de vivacité la politique du roi Louis- Philippe représentée par M. Guizot, celui-ci, dit Edmond Biré, recevait chaque matin dans son cabinet un homme qui avait son entière confiance et que le roi honorait de la sienne. Or^cet homme n'était autre que l'Holmondurand de la Muse française et le Durand de Vrandaulmon de Modurange, de l'Académie de Toulouse. Il ne siég-eait pas, comme Lamartine, au plafond de la Chambre, mais il donnait des consultations à M. Guizot dans la coulisse. Tout cela, encore une fois, est extraordinaire, et il faut que ce Durangel ait été la modestie en personne, pour nous avoir laissé ignorer

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son rôle d'avocat consultant de la monarchie de Juillet.

Mais la poésie chez les âmes bien nées ne perd jamais ses droits. En i863, quand tout le monde le croyait mort, F.Durand accoucha tout simplement d'un poème épique en huit chants. Cela s'appelait Ja Christodie. Il avait voulu finir, comme Soumet, par une épopée plus ou moins divine. Cette Christodie, inspirée de Klopstock, n'eut d'ailleurs aucun succès. Le temps était passé des grandes machines poétiques, c'est tout au plus si Belmontet pouvait faire écouter ses cantates officielles. Il ne restait plus à Durand qu'à mourir. C'est ce qu'il fit au mois de décembre 1879. Ce jour-là, gJ'âce au Jour^liai des Débats, qui pubha sur lui une petite note nécrologique, on apprit enfin de façon sûre qu'il se nommait Durangel.

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