‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 31 sur 64 · LE COMTE DE SÉGUR · texte numérisé non relu

LE COMTE DE SÉGUR

Tel est l'accueil que reçut Delphine dans le camp

(1) Allusion au poème publié sous ce nom par Delphine, en 1828.

(2) LeLlre inédile.

des Classiques. J'ai à peine besoin de dire qu'il fut encore plus chaleureux dans le camp de leurs adversaires.

« Mademoiselle, lui écrivait Soumet en 1822, demandez-nous à genoux le pardon de votre gloire (i), et il ne vous sera point accordé; nous sommes très jaloux, très irrités de votre succès et depuis que la Muse elle-même descend dans la lice, nous ne savons plus à qui demander des inspirations; votre modestie est une ruse de femme, votre manière de traiter le sujet du concours est un piège que vous avez tendu à la bonne foi académique, et c'est uniquement pour vous mettre audessus du prix que vous avez dédaigné de l'obtenir (2). J'ai lu moi-même hier votre ouvrage chez M. Deschamps (3) : le vieillard pleurait d'attendrissement et de joie ; de toute la jeune httérature, vous êtes le seul poète qui trouvée grâce à ses yeux, et il pardonne presque à la barbarie du siècle présent, en faveur de tant de jeunesse, détalent et de sensibilité. La foule qui assiégeait, samedi passé, les portes de l'Académie m'a empêché de pénétrer jusqu'à vous, mais j'entendais les murmures flatteurs dont vous êtes l'objet de toutes parts, et je m'aperçois que le prix de poésie n'était pas le seul que cette séance vous e\)t obtenu.

(i) Allusion à la phrase finale de la Peste de Barcelone : C'est là que, chaque jour, ces charitables sœurs, D'un saint recueillement savourant les douceurs, Et de tous leurs bienfaits écartant la mémoire, Vont demander à Dieu le pardon de leur gloire.

(2) J'ai dit plus haut que Delphine n'avait obtenu qu'une mention pour cette pièce.

(3) Père d'Emile Deschamps.

l86 LE CÉNACLb; DE LA MUSE FrtANÇAISE

« Je vous prie, Mademoiselle, de vouloir bien faire agréer à toute votre famille mes hommages empressés et respectueux ; vous avoir félicitée de votre g^loire, c'est l'avoir félicitée de son bonheur.

(( A. SOUMET (l). »

De son côté, Guiraud^écrivait de Limoux à Delphine :

(( Oui, Mademoiselle, vous avez sans doute des paroles magiques, et il le fallait bien pour séduire des oreilles d'Académie: je ne doutais pas de TefFet de vos vers sur les salons rassemblés à l'Institut, mais je craignais le prosaïsme de vos quarante supérieurs. Le triomphe qu'ils vous ont décerné doit rendre Pichat (2) inconsolable de ne pas avoir été couronné ; car nous ne pouvons plus les accuser maintenant de ne pas entendre la poésie. II faut que l'influence des 5 ou 6 poètes qui s'y trouvent mêlés à tant de prose soit bien grande ; ou, plutôt, il faut que les sentiments délicats, révélés, comme ils sont dans votre cœur, aient un ascendant auquel on ne peut échapper. Le public vous a su gré de la confidence et vous en a remercié à grand bruit. Heureusement pour vous, vous n'avez point à demander à Dieu pardon de votre gloire. Un vœu d'humilité vous deviendrait trop difficile à garder dans ce moment.

(i) Lettre inédile.

(2) Michel Pichat avait concouru avec Delphine pour le prix de poésie et n'avait obtenu que le a* accessit. Le premier prix avait été décerné à M. Alletz; le i**" accessit à M, Chauvet, à qui Manzoni adressa sa lettre fameuse Sur l'Unité de temps et de lieu dans la tragédie.

« Permettez que madame votre mère, qui lira sans doute ma lettre, y trouve des hommages qu^elIe voudra bien se réserver et distribuer ; et vous, Mademoiselle, qui êtes applaudie et remerciée de tous les côtés,je vous demanderai de nous apporter, au mois de décembre, le détail de toutes les larmes que votre sœur de Sainte-Camille aura fait couler.

« A. GUIRAUD (i).

« Limoux, 3 septembre 1822. »

Deux ans après, l'auteur des Machabées rendait compte dans la Muse française des Essais poétiques de Delphine et faisait précéder son éloge critique des lignes que voici :

(( O matre piilchra filia pulchrior.

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