‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 34 sur 64 · AMABLE TASTU · texte numérisé non relu

AMABLE TASTU

C'est ainsi que les poètes de la Muse française, hommes et femmes, entendaient la camaraderie. On peut trouver qu'elle était un peu naïve, mais,

(i) Tragédie de M™* deGirardin, représentée au Théâtre-Français le 10 novembre 1847.

(2) Lettre inédite.

comme le remarquait Sainte-Beuve, elle n'était pas ambitieuse, encore moins offensante. « On ne sonpreait pas, alors, comme cela peut-être eut lieu plus tard, à accaparer la gloire, à affecter l'empire; il n'y avait pas de complot ni de conspiration à cet effet. On nesong-eaitqu'à se rendre la vie heureuse et la journée glorieuse entre soi, presque à huis-clos : cela suffisait, et on ne s'en faisait pas faute (i). » En médise donc qui voudra, moi je regrette que cette camaraderie, naïve d'abord, ambitieuse ensuite, n'ait pas survécu aux deux Cénacles, parce qu'elle constituait en quelque sorte un foyer d'émulation et d'enthousiasme (2) sur la pierre duquel les paladins de Técole romantique venaient aiguiser leurs armes à la veille des grandes batailles , et que la plupart des œuvres maîtresses de cet âge héroïque ont été forgées à la flamme même de ce foyer demeuré sans second.

P. -S. — M'^® GÉRÉ-BARBÉ. — Il ne faut pas que, dans ce chapitre consacré aux femmes qui furent l'honneur du Cénacle, j'oublie M™<^ Géré-Barbé. Mais je lui ferai une place à part et comme en dehors, ainsi qu'il convient à une Muse réservée et modeste, dont les chants furent exclusivement religieux.

(i) Chateaubriand et son Groupe, tome II, page 3 13.

(2) Baotjr-Lormian, emboîtant le pas à Henri de Latouche, disait, dans les notes de son pamphlet le Classique et le Romantique : « La il/use, journal romantique, était une sorte de sanctuaire où les illuminés se déifiaient tour à tour et lançaient leurs foudres contre les pauvres classiques qui ont attendu patiemment la chute du Temple et la dispersion de ses ministres. Celte grande catastrophe a eu lieu au bout de quelques mois. »

Alliée à ia famille de Barante par le mariage de Tauteur des Ducs de Bourgogne avec Césarine d'Houdetot, fille de M"e de Géré, etdu comte d'Houdetot, lieutenant-général, Hortense Géré-Barbé était la cousine-germaine de France d'Houdetot, Tami personnel de Guiraud, de Soumet et d^Emile Deschamps.

Mariée toute jeune à M. Barbé, qui avait de grandes plantations à l'île Maurice, elle eut à lutter de bonne heure contre la mauvaise fortune, l'occupation de cette île par l'Angleterre ayant ruiné la plupart des colons. Elle revint alors en France avec son mari et chercha dans les lettres des ressources et des consolations. Dès 1809, elle fit recevoir à la Gomédie-Française une tragédie en cinq actes, sous le titre de Maximien, mais après y avoir opéré les changements que le comité lui avait demandés, sous-prétexte que le troisième acte offrait quelque ressemblance avec VArtaxerce de Delrieu, elle retira sa pièce et se contenta de la publier en 181 3.

Pensionnée par le roi Louis XVIII, qui avait accepté la dédicace de ses Heures poétiques et religieuses, elle fut introduite à la Muse française par France d'Houdetot et y donna deux fragments de ce recueil, le Confessionnal ei la Mort duJuge^ qui sont parmi les meilleurs. Mais à Tencontre de ses camarades, auxquels d'ailleurs elle évita de se mêler, elle ne leur emprunta aucune épigraphe et ne leur dédia aucune de ses pièces. Presque toutes ses épigraphes sont tirées de saintes Ecritures. Les

Heures poétiques et religieuses, inspirées visiblement de Lamartine, sont suivies de treize Méditations, dont quelques-unes vraiment belles. De tous les élèves directs que Lamartine a faits, M'"^ Hortense Céré-Barbé me paraît être le plus remarquables. Je la préfère à Turquétj ; elle parle une langue beaucoup plus ferme et son vers est aussi mieux frappé. On en jugera par la pièce du Confessionnal, que je reproduis in-extenso.

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