LE CONFESSIONNAL
Refuge du pécheur, pieux et saint asile,
D'où jamais ne s'exhale un regret inutile I
Dans ton enceinte obscure entre la vérité ;
Ton étroite limite atteint l'éternité I
Toi seul fais découler, dans un si faible espace,
Des sources de la foi le torrent de la grâce :
Et ton nuag-e épais dérobe à tous les yeux
Le tombeau du péché, que renferment les cieux.
Ici le criminel se sépare du crime,
Et l'orgueil qui s'immole est la seule victime ;
Ici tout est divin, tout est mystérieux ;
Même l'abaissement est grand et glorieux.
Le mortel qui régit ce tribunal auguste
Y couvre le pécheur de la robe du juste :
Et du temple secret par lui seul fréquenté,
Il semble être le prêtre et la divinité.
Son aspect consolant allège la souffrance ;
Son céleste regard éveille l'espérance ;
Toujours près de l'autel, solitaire il attend
Le remords du chrétien, les pleurs du pénitent.
Viens^ pécheur, ne crains pas, dévoilant ta faiblesse.
Que d'un reproche encor il l'afflige ou te blesse :
Semblable à l'Homme-Dieu, sa constante -douceur,
Absente du forfait, ne sent que ton malheur.
Contraint d'examiner la faute qu'il pardonne.
Sa pudeur en secret d'un voile t'environne.
Ici l'esprit ignore, et le cœur seul entend ;
L'oreille inattentive oublie en écoutant.
C'est Tocculte entretien d'une âme avec une âme :
L'une offre le salut et l'autre le réclame ;
Mais celle du pécheur, dans son recueillement.
Semble assister d'avance au dernier jugement.
O de l'humilité, merveilleuse puissance,
Qui du sein du péché fait jaillir l'innocence !
Et d'un faible mortel quel immense pouvoir,
Que celui qui le donne a pu seul concevoir !
Un prêtre du Seigneur enchaîne le tonnerre,
Entre le ciel et l'homme il termine la guerre ;
Arbitre souverain, son arrêt solennel
Casse un premier arrêt rendu par l'Eternel.
Le sauveur lui transmet sa clémence suprême ;
Le péché qu'il délie est absous par Dieu même :
Au signe de la croix que sa main a tracé.
Du registre des cieux le crime est effacé.
Oui dira les bienfaits de son saint ministère,
Et le repos qu'un prêtre établit sur la terre ?
Ces enfans égarés que leur père a bénis,
Dans leurs chastes amours ces époux réunis.
Cette fille rendue à l'austère sagesse,
Ce jeune homme abjurant sa coupable tendresse.
Ce débiteur surpris de revoir la clarté.
Par le riche indolent le pauvre visité.
Ce bien qu'on restitue et ces dons qu'on accorde,
Ces cachots dépeuplés par la miséricorde,
Cet avare, épuisant son antique trésor,
Qui court aux malheureux distribuer son or,
Ces mortels dégagés des entraves du vice.
Ce criminel sans crainte à l'aspect du supplice.
Ce chrétien qui, du ciel découvrant la lueur.
Aspire au lit de mort le suprême bonheur :
Tout montre, en révélant sa sagesse profonde.
Que la religion tient le sceptre du monde.
Ce ne sont pas là des vers de femme. Si elle avait été plus intrigante et si les circonstances lui avaient été plus favorables, je crois que M.^^ Géré- Barbé aurait jBni par marquer dans la poésie fran*
çaise. Mais la ruine de son mari lui avait coupé les ailes, et quand le roi Louis-Philippe, à la prière de France d'Houdetot, son aide de camp, eut nommé M. Barbé, inspecteur du palais de Fontainebleau, Hortense avait depuis longtemps renoncé à la gloire, si tant est qu'elle Tait jamais cherchée.