‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 47 sur 64 · LE CLASSIQUE · texte numérisé non relu

LE CLASSIQUE

Eh! c'est VOUS, cher Nicaud !

LE ROMANTIQCE

Ce nom n'est plus le mien; Il était fort vulgaire et ne rimait à rien ; J'avais besoin d'un nom vaporeux et sonore: Ou m'appelle à présent Monsieur de Silphiclore.

son oncle, Michel, étaient voyturiers sur le Rhône j autrement dit mariniers (i).

Elevé, de douze à quinze ans, dans un petit pensionnat de Sainte-Golombe-Iez- Vienne, il semble qu'il ait fait surtout l'école buissonnière. En tout cas, il eut une enfance très vagabonde et très poétique, et je ne m'étonne pas que les personnes sages de la ville n'aient rien auguré de bon de ce gamin déluré qui, à dix ans, franchissait le Rhône à la nage, escaladait des passages où le chamois hésitait à s'engager et apprivoisait si bien les pigeons du voisinage qu'il se faisait suivre par eux jusqu'au sommet des montagnes.

Cependant il s'amusait aussi à rimer, et quand, vers 1804, par la grâce d'un oncle riche, il fut envoyé à Paris, au Prytanée français (ancien collège Louis-le-Grand), afin d'achever ses études, il suffit que Luce de Lancival, son professeur, s'intéressât à ses productions, pour que le démon de la poésie s'emparât de lui tout entier. — Tout entier, non. Loin d'avoir été grisé par le premier prix de vers français qu'il remporta en i8o4, il semble qu'il ait eu peur de s'adonner au culte des Muses. En tout cas, il se défendit énergiquement de vouloir leur sacrifier la position qu'il avait cherchée dans l'étude du droit.

(i) Tout voyturier par eau qu'il était, le f)ère de Pichat avait une certaine situation,puisqu'il exerça dans sa vilJe les fondions de Juge du commerce .

Un des frères du poète sauva, en lui faisant traverser le Rhône sur sa barque, le dernier évèque de Vienne, Mgr Daviau, condamné à mort par le Tribuual révolutionnaire. Les poètes locaux ont célèbre cet acte de dévouement. Cf. les Epaves du Matin, par J. Guillemaud (Lyon, 1861) et le Cycle poétique viennois {Vienne. iS6g\Nole de M. G. Latreille.

« Vous avez paru vous inquiéter, écrivait-il à son père, en i8o5,sur la condition de vie que mon frère veut que j'embrasse, je m'empresse de vous rassurer sur ce point. Il me conseille de me faire poète I Je lui réponds avec développement que je ne veux pas mourir de faim, et comme il m'a dit qu'il valait mieux être un bon poète qu'un bon avocat, je lui ai répondu qu'il valait mieux être un faible avocat qu'un médiocre et même un bon poète. Ce n'est pas pour cela que je méprise la poésie et tous les savants mortels qui s'y sont illustrés, mais de tous ces grands écrivains, si-les divins ouvrages me charment et me transportent, leur sort aussi m'épouvante. »

Et il citait pêle-mêle, à l'appui de son dire, les lalheurs qui accablèrent le Camoëns, Homère, rilbert, Malfilâtre. Après quoi il reprenait :

« Ces exemples sont terribles, et, certes, je crois qu'on ne doit pas être fort tenté de les suivre ; me répondra-t-on que si tous ces grands auteurs ont été enlevés par une mort prématurée, ils ont aussi l'avantage de vivre éternellement par leurs écrits dans la postérité ; bonne raison, vraiment, et bien consolante pour un homme ! Quelle sottise de commencer à mourir pour vivre à jamais! Songeons au moyen de n'être pas exilé de la société. Embrassons une condition de vie qui soit lucrative ; ce n'est pas celle de^ poète ; ainsi, laissonsla bien loin de côté (i). »

(i) LeLlre citée par M. G. LaLreille dans la Revue d'hisloive littéraire de la France, octobre 1901.

Etait-il bien sincère en écrivant cette lettre? Sans doute, puisqu'il chercha d'abord une position dans l'étude du droit. Mais la basoche n'a jamais retenu long-temps ceux qui on reçu le don poétique, et Michel Pichat l'avait au plus haut deg-ré. Et donc, après avoir composé sa tragédie de Turniis qui, remise vingt fois sur le métier, devait sept ou huit ans plus tard commencer sa réputation (i), on le vit abandonner le droit pour se consacrer entièrement aux belles-lettres. Il habitait alors à Passy un modeste appartement et faisait lui-même son pot-au-feu (2), ce qui ne l'empêchait pas d'aller beaucoup dans le monde. On le rencontrait notamment chez Mad. Blondel de la Rougerie, l'amie de Soumet, et chez la baronne Lydie de Roger, que ses manières excentriques avaient fait surnommer Lydie la folle, mais qui n'était pas folle du tout (3). Pichat avait passé la

(i) Tiirnus fut reçu à correction le 3 septembre 1819 et à l'unanimité à la seconde lecture le 1" octobre suivant, mais la Censure en interdit la représentation.

(2) Mémoires d'Auger, p. i53.

(3) Pichat écrivait un jour à un ami du nom de Gran^^er, demeurant rue de l'Echiquier, 5 : « Mon cher Grangjer, j'ai porté votre iuvilaliou à M. Emile Ueschamps, qui m'a rappelé que j'étais invité moi-même depuis longtemps avec lui à dîner chez une baronne dont la beauté n'a qu'une rivale. M. Ueschamps sera charmé de se rendre avec moi à votre invitation tout autre jour que jeudi. Arrangez cela, s'il se peut, avec l'autre Emile non moins aimable. — A vous, M. Pichat. » (Lettre iaédite.)

La baronne Lydie Roger était la dernière des cinq filles du fermier général Vassal. « Elle était une converse de Moiitmartre quand la Révolution ouvrit et dispersa toutes les maisons religieuses. Ne trouvant personne chez elle pour la garder, elle fut recueillie par un ami de sa famille, M. de Quinsonnas, membre delà Convention. Cette éducation à deux faces, moitié religieuse et moitié impie, lui avait fait un cerveau bizarre. Plus jolie que belle, elle avait des bras admirables, des mains ravissantes et des pieds d'une perfection telle que le statuaire Dciaître les avait moulés pour une Venus de mar-

LKS DÉBUTS DU ROMANTISMK AU TMÉaTUE FRANÇAIS 829

trentaiae. Gomme il brûlait de se faire un nom, ridée lui vint, en 1818, de publier, sous le titre de r Indépendant, deux lettres au comte Decazes à roccasion de son projet de loi sur la presse (i). Ces lettres ayant eu du succès, quelques amis lui conseillèrent de se lancer dans la politique, mais Soumet rendissuada,etc'est g-râce à lui que satra^^édie de Tarniis fut reçue. Tannée suivante, à la Comédie- Française, et qu'il prit part au concours poétique ouvert en 1822 par TAcadémie. Le sujet était : Du dévouement des médecins français et des sœurs de Sainte-Camille dans la peste de Darce" lone. Sa pièce Aux Mânes de Mas et n'obtint que le second accessit, mais pour le dédommager de ce qu'il regardait comme une injustice de TAcadémie, Soumet rinséra dans la première livraison de la

bre qui fut longtemps placée au Luxembourg:, au bas de l'escalier qui conduit à la galerie.

« Son esprit était vif, sa pensée audacieuse et sa parole d'une netteté parfois trop incisive — ce qui nuisait au charme de son langage. Elle avait une sœur lAlbine), mariée à Daniel Roger, mère de Roger da Nord, qui divorça pour épouser le comte de Montholon, qu'elle suivit à Sainte-Hélène. Lydie, femme de Louis Roger, s'était, pour être plus libre, séparée judiciairement de corps et de biens. » (Mémoires d'Auger, pp. m et suiv.)

(i) Dans ces deux lettres parues sans nom d'auteur, avec cette épigraphe de iMontesquieu : « Le bonheur des peuples se fonde sur la sainte alliance des lois et de la liberté », Pichat engageait le comte Decazes à gouverner avec l'opinion. « Le mépris de l'opinion, lui disait-il, est la maxime et la ruine des tyrans,, . Demandez au vainqueur d'Arcole et de Marengo quel fut l'instrument de sa prodigieuse grandeur. 11 vous répondra : l'opinion. Demandez au conquérant usurpateur de l'Europe, quel fut l'ennemi qui renversa sa fortune, il vous répondra : Vopinion. L'effroi du despote n'eût pas tant éclaté à la perte de ses légions, s'il l'eût respectée. Elle avait encore, comme aux jours de la république, quatorze armées en réserve pour foudroyer de nouveau la coalition européenne... Il faut bien en convenir, M. le comte, la grâce de Dieu et le pape lui-même ne soutiendraient pas aujourd'hui un souverain absolu, malgré l'habileté des directeurs ministériels de l'opinion, »

33o LE CÉNAGLF DE LA MUSE FRANÇAISE

Muse française y et, le 6 janvier i824,jour de l'ouverture du théâtre de l'Odéon, Pichat fut autorisé par la Censure à tirer de sa tragédie de Tùrnus quelques scènes qui furent intercalées dans un prologue intitulé les Trois genres.

C'en était assez pour attirer l'attention publique sur lui. Aussi, lorsqu'on apprit que le baron Tajlor allait jouer son Léonidas, il n'y eut qu'une voix dans le monde littéraire pour en féliciter le commissaire-royal (i).

Voilà donc Pichat dans le cabinet du baron Taylor. Alexandre Dumas, qui dramatise tout et s'amuse au dialogue comme d'autres à la raquette, nous a rapporté leur conversation, comme s'il l'avait entendue. Eu admettant que les choses se soient passées comme il le dit, je ne crois pas tout de même qu'ils aient poussé la politesse jusqu'à se traiter de « monsieur ». Ils se connaissaient de trop vieille date I Mais Dumas ignorait probablement ce détail, et l'eùt-il su, qu'il n'en eût pas tenu compte, le mot monsieur, suivant l'expression populaire, faisant très bien dans le tableau. Laissons donc parler Dumas :

— Je viens de lire votre Léonidas^ Monsieur. Pourquoi ne faites-vous pas jouer cette tragédie?

(i) Il faut dire que les amis de Pichat avaient fait beaucoup de bruit autour de ceUe pièce. Quelques jours après la représentation du frag-ment de Turniis, Emile Deschamps disait dans la Muse française : « Nous ne pouvons pas prononcer le nom de Pichat sans témois:ner avec quelle impatience le monde littéraire attend son Léonidas. Outre les e;-rands tableaux et les i^rands développements de passions et d'hiToïsme que renferme cette tragédie, elle présente encore une double leçon morale et politique : le bannissement d'un usurpateur et la fuite d'un conquérant. »

— Pour deux raisons faciles à comprendre . D'abord parce qu'elle ne vient qu'après Turnus^ qui est arrêté, comme vous savez; ensuite, parce que la Censure, à ce qu'il paraît, ne veut pas la laisser passer plus que l'autre.

— Ne parlons pas de Turniis, dit Taylor. Tur^ nus est une œuvre de jeunesse qui a ses beautés, mais des beautés de collège. Léonidas,3i\i contraire, est une tragédie d'homme fait. Avec Tiirnus, vous aurez un succès d'estime ; avec Léonidas un succès d'enthousiasme.

— Mais en supposant, monsieur le commissaire royal, que je consente à la substitution que vous me demandez, reste encore la Censure î

— La Censure ! c'est mon affaire, ne vous en préoccupez pas.

Et, en effet, dit Alexandre Dumas, qui raconte cet entretien dans ses Mémoires, le baron Taylor « devait accomplir bien d'autres miracles; il devait faire jouer le Mariage de Figaro, et faire rendre Henri III. »

— Si vous vous chargez de la Censure, reprit Pichat, et si ce que vous me dites de Turnus.,.

— Je me charge de la Censure, et ce que je vous dis de Tiirnus est vrai.

— Alors, va pour Léonidas î

Et Pichat allait se retirer, quand le commissaire royal l'invita à l'accompagner chez Talma.

— Vous comprenez, disait Taylor, que nous ne pouvons rien sans lui. Il faut que ce soit Talma qui joue Léonidas et Duchesnois Archidamie.

Le poète accepta, cela va sans dire, et quelques minutes après, on était chez Talma.

Le grand trag"édien se souvenait très bien de la pièce, quoique sa lecture à la Comédie -Française remontât à plus de trois ans. Il demanda toutefois à l'entendre de nouveau, ajoutant qu'il secharg-eait de prévenir M"® Duchesnois, qui demeurait porte à porte avec lui.

Le lendemain, la trag-édie fut relue en présence de Talma, de Duchesnois et de Taylor. Talma, qui allait partirpour Lyon, s'engagea à étudier Léonin das à son retour, si l'auteur voulait faire au 4* acte des corrections qu'il jugeait nécessaires (i) et si Taylor répondait de la Censure. — Pichat promit tout ce qu'on lui demandait. Taylor répondit de la Censure et se mit immédiatement à l'œuvre.

Jusqu'ici ses prédécesseurs s'étaient contentés de jouer la plupart des tragédies dans les décors qui se trouvaient en magasin. Lui voulut faire grand pour frapper les yeux et ramener le public au théâtre. Ayant traversé l'atelier de Degotti, décorateur de l'Opéra, et lui-même, comme je l'ai déjà dit, étant un dessinateur remarquable (2),

(i) J'aurais voulu comparer le manuscrit avec la brochure imprimée pour voir sur quels passaj^es avaient porté les corrections de Talma, mais ce manuscrit, malgré des recherches sérieuses, dont je remercie M. Jules Claretie, n'a pu être retrouvé à la Comédie- JFrançaise.

(2) Victor Hu^o lui écrivait un jour, en le remerciant de l'envoi de ses dessins: « Il faut votre beau talent pour transporter ainsi le Mont-Blanc et ses merveilles dans la rue de Vau^irard. M. Nodier seul a un pinceau comme le vôtre, et je rougirais de mettre mon barbouillage à côté de vos tableaux. » — Cette lettre, publiée par la Revue des autographes (avril 1890), n'est pas datée, mais elle doit être de 1825 ou de 1826, Victor Hugo ayant quitté à la fia de

Taylor eut l'idée de s'adresser à Cicëri pour la décoration de Léonidas. Cicéri lui fit deux décors inerveilleux, dont l'un, représentant le pas des Thermopyles, était inspiré du tableau de David. Et les répétitions furent menées avec un tel entrain que, trois mois après, la trag^édie pouvait affronter le feu de la rampe (i). 11 avait pour principe, rapporte un de ses comédiens, qu'il ne fallait pas plus de quinze jours pour monter une pièce en cinq actes et il ne comprenait pas qu'on eût besoin de plus • d'étude pour jouer un rôle au Théâtre-Français qu'au Panorama-Dramatique. « Quand la décoralion est terminée, disait-il, la représentation doit pouvoir marcher (i). » Il exag"érait, évidemment, mais c'est ainsi qu'on stimule le zèle de ceux qui sont sous vos ordres.

Voici la distribution de Léonidas :

Léonidas, roi de Sparte MM. Talma.

Xercès, roi de Perse. Desmousseaux.

DÉMARATE,ancien roi de Sparte. Lafon.

Alcée ) n\ a t\' i ( David.

. > nls de Uemarate. . . . < r.

Agis ) ( tirmin.

1826 son appartement de la rue de Vau^irard, pour aller habiter rue Notre-Dame-des Champs.

(i) Encore le public trouvait-il le temps long ! — Le 12 novembre 1826, quatre jours avant la représentation, on lisait dans le journal le Globe : « On annonce enfin pour cette semaine l'apparition de deux nouveautés, déjà vieilles à force d'être promises : la tragédie de Léonidas — et le poème épique de M. Parceval-Grandmaison. C'est jeudi prochain le jour de Léonidas; le lendemain sera réservé à Phi/ipe-Aujusle Ce respectable ouvrage est recommandé d'avance à la bienveillance de la critique ; l'auteur a triplé les neuf ans de réijime et de silence prescrits par Horace au poète qui veut être applaudi. » — Pauvre Parceval, comme on se moquait déjà de sa peine!

(2) Cf. le Mémoire pour Pierre Victor.

334 1-E CÉNACLE DE LA MUSE FRAiNÇAISE

Cléomène, polémarque Spartiate Victor .

Artapherne, général du corps

des immortels Saint-Aubin.

Le chef des mages Domilatre.

Hydarnès, satrape Lafitte.

Arciiidamie, femme de Déma-

rate M"'^^ Duchesnois.

Une théore Tousez.

Vierges de Sparte appelées Théores.

Guerriers de Sparte.

Mages et guerriers asiatiques.

On voit que le baron Tajlor avait donné à l'auteur des interprètes dig-nes de son sujet. — Nous allons maintenant analyser la pièce.

Au premier acte, Xercès reçoit sous sa tente, de Tautre côté des Thermopjles, les hommag^es de ses généraux, des satrapes de TAsie et du chef des Mages. Au milieu de ces courtisans, on remarque un personnage qu'à la simplicité de son costume, autant qu'à la fierté de son attitude, il est aisé de reconnaître pour un étranger. C'est un Grec, en effet, c'est Démarate, ancien roi de Sparte, que ses sujets ont banni pour avoir osé attenter aux lois de Lycurgue,et qui s'est réfugié à la cour du roi de Perse. Loin d'exciter Xercès contre son pays, il lui montre les dangers auxquels il s'expose en voulant le conquérir. Mais Xercès a juré de venger le meurtre des deux ambassadeurs qu'il avait envoyés à Sparte, et il a les Dieux pour lui. Justement voici qu'on amène au pied de son trône deux jeunes Grecs portait nu rameau d'olivier à la luain.

C'est Alcée et A^is, deux frères, qui se sont dévoués pour expier le crime de leurs concitoyens.

Roi des Mèdes, la Grèce, à sa gloire infidèle, Porte le juste arrêt d'un crime indigne d'elle. Vos deux ambassadeurs sont tombés sous ses coups. Elle doit à la Perse, à nos dieux en courroux, Une expiation : nous apportons nos têtes.

Xercès — et ici Pichat est en contradiction avec rhistoire, mais il le fallait pour augmenter l'intérêt de sa tragédie — a la barbarie d'accepter leur offrande et les envoie au supplice.

Restés seuls un moment, ils en profitent pour échanger leurs impressions. Agis se réjouit du sort qui leur est réservé. 11 lui semble que la victoire des Grecs sortira de leur holocauste. Mais Alcée ne peut se résigner à voir son frère mourir avec lui, sachant que Léonidas a mis dans Agis toute son espérance.

Toi, dont son juste orgueil, aux vieillards assemblés, Prédisait les destins, d'honneurs divins comblés ! Ah ! devais-tu, mon frère, au mépris de mes larmes, Choisir de tels périls pour tes premières armes, Et venir avant 1 ag-e affronter le trépas, Quand la patrie encor ne te demandait pas?

A quoi l'autre répond :

Bénissons notre mort, elle efface l'affront Oui, dès notre berceau, fait roug-ir notre front; Couvrons de nos vertus les attentats d'un père ; Qu'au bruit de nos exploits son infortune espère Qu'il puisse, un jour, trouver l'oubli de tous ses maux, Et le pardon de Sparte inscrit sur nos tombeaux.

Or,Pémarate a tout entendu, Il s'approche d'eux

et sans se faire connaître — ce qui rend la scène poignante et véritablement tragique — il en dit assez pour que les jeunes gens se demandent, au milieu de leur trouble, s'ils ne sont pas en présence de leur père. Lui-même, un instant, en les voyant si décidés, si héroïques, pousse la curiosité jusqu'à les questionner sur leur origine. Mais Alcée lui crie :

Arrête, étrang-er téméraire I T'avons-nous demandé le secret de tes pleurs? A noire exemple ici respecte nos douleurs.

Ce qui n'empêche que Démarate, pris d'une horreur soudaine et crovant à son tour reconnaître

ses ftls, se promet d'intercéder pour eux auprès de Xercès.

Au deuxième acte, le théâtre représente le pas des Thermopyles. On voit au centre un autel consacré à la patrie par les amphyctions. C'est la scène du tableau de David. Les Grecs sont couchés par groupes. Léonidas paraît, tous se lèvent, et Cléomène lui expose qu'il a fait garder par sept cents Thébains le sentier d'Alpénus, qu'Archidamie, suivie de théores, arrive de Delphes, et que deux guerriers, fils d'un chef qu'a jadis banni Lacédémone, ont passé dans le camp des Perses.

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