‹ Le cénacle libertin de Mlle Raucourt (de la Comédie-Française)Chapitre 7 sur 38 · DES SENTIERS DE LA VERTU AUX. ORNIERES DE- LESBOS · texte numérisé non relu

DES SENTIERS DE LA VERTU AUX. ORNIERES DE- LESBOS

Le triomphe de la vie scandaleuse. — A-t-elle profité des leçons lesbiennes de la Clairon? — Un joli mot : « J'ai cru que c'était une femme... » — L'équivoque de la vie de Raucourt. — Elle s'habille en homme. — Le despotisme saphique à la Comédie-Française. — Choix d'épigrammes sanglantes. — Un quatrain de Marie-Joseph Chénier. — A celle qui se reconnaîtra. — Couplets des Mémoires secrets. — Vers du Parnasse satyrique. — Madrigal de la Chronique scandaleuse. — Livres obscènes qui sont attribués à Raucourt. — Ouverture d'un cours de galanterie. — L'orgueil de l'impudicité. — Maîtresses de « tribade ». — Aventure avec Mlle Desmahis. — Autre aventure avec Mlle Dervieu.w — Raucourt «■ papa ». — Un billet à Mme Gourdan. — Ce que les traits du privé de la tragédienne authentiquent des traits des pamphlétaires.

Le beau temps du règne lesbien de Raucourt se trouve compris entre son départ de la Comédie-Française et sa rentrée au bercail de ses glorieux débuts. Ces trois ans de voyages, d'errances et d'esclandres suffirent à lui créer, impérissable et tenace, la légende luxurieuse à travers laquelle elle nous apparaît, et il faut bien convenir que nulle plus et mieuxqu'elle s'y prêta. Il semble, croirait-on, qu'elle prend plaisir à s'éclabousser de toute cette fange qui, par lourds paquets, la souille et la macule. A ce qui court, sous

le manteau, d'anecdotes sur ses mœurs, elle fournit des traits, et sans qu'on l'en prie. Elle étale son vice, comme la Clairon l'étalait. La Clairon ! Raucourt n'a-t-elle pas été son élève? Fâcheux souvenir! D'une telle maîtresse l'élève est digne. Les choses, à ce moment, ne sont point vieilles et effacées assez pour qu'on ne s'en souvienne point. Tout Paris n'a-t-il point su les scandaleuses liaisons de la Clairon avec Mme de Sauvignv, femme de l'intendant de Paris (i), laquelle, le jour où la tragédienne fut expédiée pour rébellion au For-1'Evêque, l'y conduisit dans sa voiture, assise sur ses genoux (2)? Et puis les complaisances pour la duchesse de Villeroy, cette duchesse qui eut « plus de maîtresses que bien des libertins » et dont il est dit quelque part que « quatre femmes de chambre sont toujours à ses ordres et douze toutous veillent la nuit auprès d'elle (3) ». Ses soupers avec la Clairon avaient fait la joie des gazetiers (4). Tout cela était d'hier et pouvait être rappelé à qui eût tenté de défendre Raucourt sur le terrain de sa fâcheuse renommée. « Le sentiment que Mlle Raucourt portait aux

(1) Mémoires de Marie-Françoise Dumesnil... ; p. 264.

(2) Frantz Funck-Brevtano, La Bastille des Comédiens, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du théâtre, n"> 3-4, 1902, p. 85.

(3) Almanach des honnêtes femmes pour Vannée 1790, cité dans Sociétés d'amour; la secte des anandrynes ; Confession de Mademoiselle Sapho ; introduction et notes par Jean Hervez ; Paris, s. d., in-18, p. 127.

(4) Le Philosophe cynique pour servir de suite aux anecdotes scandaleuses de la cour de France, dans Le Gazetier cuirassé... ; pp. 47, 48. — Dans le même recueil on trouve cette autre note relative à la duchesse de Villeroy: « Mlle Durancy, dépitée de voir son laboratoire peu fréquenté par les hommes, s'est fait présentera Mme la duchesse de Ville... qui a été fort satisfaite du début de cette nouvelle virtuose. » Nouvelles transparentes du Philosophe cynique..., dans Le Ga\etier cuirassé... ; p. 45.

hommes était plus que de l'indifférence, c'était de la haine », a dit Alexandre Dumas (i). Opinion générale qui, par de nombreux exemples se pourrait illustrer. Legouvé n'a-t-il point raconté qu'un soir qu'elle était en chemise, il frappa à sa loge, et que, furieuse et comme peureuse, elle cria: « N'entrez pas? » Mais ayant reconnu le visiteur à sa voix, elle se hâta d'ajouter :« Ah ! c'est vous !... Entrez, Legouvé. J'ai cru que c'était une femme (2). » Trahit sua quemque voluptas. Ace moral, le physique n'était pas pour donner un démenti, car« ses formes masculines et athlétiques ne contribuèrent pas médiocrement à la faire soupçonner d'habitudes peu propres à faire partager à sa personne l'estime qu'on ne refusait plus à son talent (3) ». A ces apparences de son vice, elle collaborait attentivement. Ainsi, dans Y Orphelin delà Chine, elle s'ingéniait à avoir un costume exact de manière qu'on « ne distinguait vraiment pas le sexe (4) ». C'est de ce même costume que, dans le Journal des Débats du 9 germinal an IX (3o mars 1801), le critique Geotfroy disait : « Je ne vois rien d'intéressant ni de théâtral dans cette ressemblance avec les figures qu'on voit sur les écrans et les papiers chinois (5). » Le pauvre

(1) Alexandre Du.mas, Mes Mémoires ; Paris, i863, in-18, t. III, p. 291.

(2) Charles Maurice, Histoire anecdotique du théâtre... ,vt. I, p. 1 38.

(3) Galerie historique des contemporains ou nouvelle biographie dans laquelle se trouvent réunis les hommes morts ou vivans, de toutes les nations, qui se sont fait remarquer à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième, par leurs écrits, leurs actions, leurs talens, leurs vertus et leurs crimes ; Mons, 1827, in-8, t. VIII, p. 19.

(4) Mémoires inédits de Mademoiselle George, publiés d'après ie manuscrit original ; Paris, 1908, in-18, pp. i5, 16.

(5) Charles-Marc des Granges, Geoffroy et la critique dramatique sous le Consulat et l'Empire (1 800-18 1 4) : Paris, 1897, in-8, p. 469.

homme ! Il prenait pour de l'argent comptant cepseudosouci de l'exactitude ! L'exactitude, elle n'y brillait point toujours, au reste, témoin cet acte de procédure où elle dit s'appeler Joseph-François-Marie-Antoine de Raucourt(i) ! Le troisième prénom enlevé, qui s'y reconnaîtrait dans ce singulier état civil ? Et il en est ainsi partout. Elle s'ingénie à multiplier l'équivoque, à donner le change. Ainsi, au théâtre, elle a un vieux valet de chambre aux « manières féminines », qui, le spectacle achevé, la déshabille, lui enlève son maillot, et lui passe un pantalon de molleton blanc à pieds et une veste de même étoffe (2). Ce costume lui est familier. En 1776, dans l'inventaire de ses effets on trouve « un caleçon doublé de poil gris »et vingt et une chemises d'homme. « La demoiselle se mettait très souvent en homme», déclare sa femme de chambre. Elle se fait peindre ainsi, et quand un artiste sollicite d'elle la faveur de la figurer en pied, elle se fait représenter en habits d'homme, étudiant ses rôles dans un jardin (3). « Adorée des hom-mes, elle ne chercha que la compagnie des femmes, signe de sagesse, suivant son père (4). » C'était une pauvre chose que la psychologie du père Saucerotte ! Signe de dépravation à la vérité, et signe d'un vice maniaque qu'en quelques

(1) Plainte rendue le 21 août 1774 par Mlle Raucourt par-devant le commissaire du Châtelet Pierre Thiéron, contre son cocher qui l'avait volée. — Archives Nationales, série Y, 10992. — Emile Campardon, Les Comédiens du roi de la troupe française... ; p. 244.

(2) Charles Maurice, Histoire anecdotique du théâtre...; t. I, pp. 184-185.

(3) Dessin à la plume d'auteur inconnu; dix-huitième siècle; collection de M. Sortais. — Exposition théâtrale ; avril-octobre igo8 ; Catalogue ; Paris, 1908, in-8, pp. 78,79, n° 669.

(4) Chateauneuf, Les Dix Mélanges...; p. 22.

lignes pittoresques Arnault a excellemment résumé, en y ajoutant une anecdote personnelle qui achève le tableau :

Femme singulière que celle-là, pour ne pas dire monstrueuse ! Comment aurait-elle exprimé des sentiments qu'elle ne connut jamais? C'étaient d'étranges passions que les siennes! On a parlé de ses amours. Ils ont traversé ceux de plus d'un pauvre garçon, bien qu'elle ne les disputât pas à leurs maîtresses. La présence des jeunes gens dans les coulisses, les soins qu'ils rendaient aux jolies femmes dont la scène française était ornée alors, lui déplaisaient sensiblement, sans cependant qu'elle réclamât ces soins pour elle. S'arrogeant le pouvoir du censeur, ne voulut-elle pas un jour, dans l'intérêt de l'art et des mœurs, disait-elle, interdire l'entrée des coulisses à tous les auteurs, excepté celui dont la pièce se jouait 1 C'est ce que me signifia un garçon de théâtre, en me barrant le passage. « Je comprends, lui répondis-je de manière à être entendu de tout le monde. Mlle Raucourt fait de vous son garde-chasse, elle vous charge de veiller sur ses terres; mais n'est-elle pas sur les nôtres? Allez lui dire que si quelqu'un chasse ici en fraude, ce n'est pas nous, et qu'après tout les capitaineries sont supprimées... » Et je passai (1).

De telles anecdotes colportées, amplifiées, répétées, formaient lentement et sûrement la légende et incitaient au dédain. « La Raucourt! » dit avec une manière de mépris, etsans plus, Brissot (2). Facile prétexte aux épigrammes cinglantes, aux orduriers couplets, aux scandaleux poèmes! Tout cela est légion et se ramasse en quantité au hasard des lectures. Rare est le

(1) A. V. Arnault, de lAcadémie Française, Souve}iirs d'un sexagénaire ; nouvelle édition avec une préface et des notes par Auguste Dietrich ; Paris, s. d., in-18, t. I, p. 3ig.

(2) J.-P. Brissot, Mémoires (iy54-ijg3) ; publiés avec une étude critique et des notes par Cl. Perroud; Paris, s. d. [191 1], in-8, t. I, p. 73.

recueil du temps qui n'en contienne un, bien ou mal venu, mais ironique, cruel et blessant. Cela ne prend pas la pudeur de circuler sous le manteau, mais publiquement s'étale, comme s'étale la vie de celle que le trait pique et blesse. Les citer tous ici? Rassembler dans ces pages toute la vénéneuse anthologie du lesbisme? On ne l'attend point de moi, en vérité, mais il y a peut-être un intérêt de curiosité pathologique à en choisir quelques pièces, à étaler ces documents d'un dossier où les spécialistes desmaladies nerveuses auraient à glaner. Les vers abondent. Certes, la plus fameuse de ces épigrammes est celle de Joseph-Marie Chénier, amant de Mme Vestris, la rivale de Raucourt :

O Phèdre, en tes amours que de vérité brille! Oui, de Pasiphaé je reconnais la fdlc, Les fureurs de sa mère et son tempérament, Et l'organe de son amant (i) /

Mais c'est là petit jeu d'amant piqué et jaloux. Une pièce d'autre importance est donnée, le 16 octobre 1779, dans les Mémoires secrets, lesquels, à la date du 5 octobre précédent, croyaient devoir l'annoncer en ces termes :

A celle qui se reconnaîtra. Telle (sic) est le titre d'une épître nouvelle adressée à Mlle Raucoux. C'est un persiflage en vers, où il y a de la facilité, de la saillie, une critique des mœurs du

(1) Chateauxeuf, Les Dix Mélanges...; pp. 3i. 32 — Biographie nouvelle des cojitemporains ou dictionnaire historique et raisonné de tous les hommes qui depuis la révolution française ont acquis de la célébrité par leurs actions, leurs écrits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France, soit dans les pays étrangers ; Paris, 1824, in-8, t. XVII, p. 262.

jour vraie et piquante. On l'attribue à M. Dorât. Cependant, par sa méchanceté, sa hardiesse et surtout par son genre, elle est encore plus dans la manière du marquis de Villette (i).

A l'époque même, on le voit, la paternité de la pièce déjà était douteuse. Mayeur de Saint-Paul la dit de Facteur Monvel, de Monvel « le sodomite (2) ». On la peut croire, en réalité, de Dorât (3). Donnons-en ici le texte intégral, quoiqu'un auteur ait cru pouvoir en dire qu'on « ne peut [la] citer en entier » étant « une véritable horreur (4) ». Jugement pour le moins exagéré et auquel il faut, certes, préférer celui des Mémoires secrets :

Toi, la plus belle des Didons, Chaste un peu moins que Pénélope, Dans ce pays d'illusions Il n'est rien que nous ne fassions Pour fuir l'ennui qui nous galoppe.

Plumes en l'air, ne\ en avant, On court grimpé sur sa chimère Vers le plaisir qui fuit d'autant ; On aime, on plaît à sa manière :

Le plus sage tourne à tout vent, L'un atteint l'amour par devant L'autre l'attrape par derrière.

Le caprice est ce qui nous meut; Le diable emporte les scrupules.

Enfin, on fait du pis qu'on peut :

(1) Mémoires secrets... ; t. XIV, p. 202.

(2) Mayeur de Saint-Paul, Le Désœuvré ou l'Espion du boulevard du Temple...; p. 96.

(3) Abbé Mulot, Journal des choses intéressantes que j'ai eu occasion de sçavoir... : dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris... ; t. XXIX, p. 55.

(4) P.-A. Leroy, Mademoiselle Raucourt, artiste dramatique... ; p. 10.

Tout le monde a des ridicules, Mais n'a pas des vices qui veut.

Du tien ne vas pas te défaire, Dans la Grèce on en faisoit cas, Et sur le vice on sait, ma chère, Que les Grecs étoient délicats; Dans Rome encor, ville exemplaire, Messaline, Actée ou Glycère, Ne f aurait pas cédé le pas.

Jours de débauche et de lumière, Beaux jours de la corruption, Les petits soupers de Néron Aur oient bien été ton affaire :

La, nul censeur contredisant, Jeunes bacchantes très humaines, Au corps souple, au geste agaçant, Auroient imité tes fredaines Et sçu provoquer ton talent.

Saint Jérôme cite souvent Le tempérament des romaines.

Quoi qu'il en soit, au gré du tien Éduque nos Parisiennes; Il est des excès qu'en tout bien Il faudra que tu leur apprennes.

Ceignant la pampre et le laurier N'obéis qu'à ta fantaisie, Garde ton essor cavalier Et ton audace et ton génie Et cet amour peu familier, Dont le costume irrégulier Tente la bonne compagnie .

Monte le matin un coursier D'Angleterre ou d'Andalousie ; Aime le soir Souck et Julie; Le lendemain viens larmoyer Tenant l'urne de Cornélie.

Le parterre a beau guerroyer, Laisse à tes pieds siffler l'envie ;

Tout va, tout prend, tout nous est bon, Nous aimons à voir une Reine En pet-en-l'air, en court jupon, Beaucoup plus lascive que vaine Faire de myrthes une moisson, De ses bras lier sa Climène, Et mettre sans tant de façon La cocarde du fier dragon Sur l'oreille de Melpomène.

Va, dans ce siècle de bon ton Les mœurs sont une singerie, Les préjugés une chanson Et la sagesse une folie.

Nous sommes libertins à fond, Par nous tu dois être accueillie.

L'oubli joyeux de la raison Est un don du ciel qu'on t'envie; Nargue les sots, cède à tes goûts.

Donne aux femmes des ren^ \-vous, Parle aux hommes philosophie ; N'en aime aucun, trompe les tous :

Sois gaie, insolente et jolie :

Sur la scène avec énergie, Prends le sceptre, règne sur nous :

Tiens le thyrse dans une orgie Et tu n'auras que des jaloux (i)/

Ces vers ne sont pas les seuls donnés dans les Mémoires secrets. Il en est d'autres, mais de plus mauvais ton, plus injurieux, chansons à boire ou pis, propres à des soupers de filles, dignes d'y avoir été conçues. C'est, au reste, l'origine donnée à ce couplet, antérieur à l'épître ci-dessus, dont il n'a ni la grâce alerte et vive et le ton badin :

(i) Mémoires secrets... ; t. XIV, pp. 209-212.

Que la tribade Raucourt Trouvant un homme trop lourd, De sa brûlante matrice Se fasse frotter l 'orifice Par quelque doigt féminin,

C'est bien,

Très bien, Cela ne nous blesse en rien :

Moi, je pense comme Adeline; J'aime la p...e J'aime la p...e (i).

Les vers du marquis d'Estampes, lesquels figurent au Pâmasse satyrique, se recommandent par une plus grande observation de la politesse et de la galanterie. Leurs traits, s'ils sont acérés, ne sont point trempés dans la boue :

Tout sied à la belle Raucourt,

Sceptre, poignard, fuseau, houlette,

Habits de ville, habits de cour,

Jeune garçon, jeune fillette...

Elle sépare tour à tour

Du chapeau à la Henri Quatre,

De la perle de Cléopâtre

Et des pompons de Pompadour.

C'est qu'elle est habile à combattre

In utroque campo d'amour.

Elle est terrible sur la scène :

C'est Phèdre, Hermione et Chimène;

Au boudoir, au lit, c'est Ninon,

C'est Sapho, Lesbie ou Giton!...

Au foyer de la Comédie,

L'autre jour arrive Dubois,

Avec sa gorge rebondie,

i) Mémoires secrets... ; t. XXVIII, pp. 45, 46.

DE MADEMOISELLE RAUCOURT g5

Jupe trop courte de six doigts Et de six mois taille arrondie...

— Oh! dit-elle avec un souris De pitié moins que de mépris, Faire un enfant, quelle sottise!...

— Que peux-tu ? dit l'autre, souris

Qui n'a qu'un trou, bientôt est prise! (i)

Une strophe encore : cette fois laissons la place au madrigal. Il n'est pas sans esprit, cet esprit du dixhuitième siècle, ami de l'équivoque et du badin :

Pour te fêter, belle Raucourt, Que n'ai-je obtenu la puissance De changer vingt fois en un jour Et de sexe et de Jouissance!

Oui, je voudrois pour l'exprimer Jusqu'à quel degré tu m'es chère, Etre jeune homme pour t' aimer, Et jeune fille pour te plaire (2).

La prose est souvent plus cruelle, plus mordante, et qui s'en sert trouve des ruses ingénieuses pour faire que les traits portent et blessent, tout en faisant rire la galerie. Cette galerie est sans pitié: la Comédie y fait bon ménage avec les professionnels de la galanterie, tout cela se serre les coudes pour faire front à celle dont l'orgueil les blesse ou dont le vice les gêne, et pouffe quand un plaisant a touché juste et fort. Ainsi un petit pamphlet révolutionnaire imagine de publier un catalogue de livres nouveaux, et, naturellement, inexistants, mais qui permet de donner un tour

(1) Parnasse satyrique du dix-huitième siècle... ; pp. 17, 18.

(2) La Chronique scandaleuse... ; t. III, p. 32.

neuf à Pépigramme. On y taille la place large et belle à Raucourt :

Supplément a l'art des gestes et autres œuvres de Mlle Raucour et Adeline, actrice 1 vol. in-iS

Recueil complété par deux autres ouvrages certes non moins édifiants :

Les deux trous ou tout chemin conduit a Rome, roman par Mlle de Raucour; 1 vol. in-12, avec des figures en taille douce; on trouve chez la même L'art de faire des bilans.

1 vol. in-4 (1)

Cette trouvaille des « livres nouveaux » et imaginaires, avait eu un précédent dans le domaine de l'ironique facétie. En 1775, on avait imprimé et répandu un petit écrit : Les Animaux rares de la Foire, où Raucourt avait trouvé un numéro particulier dans certain catalogue grivois, « où, dit YEspion anglois, sous prétexte d'animaux rares qu'on y voyoit, on avoit défiguré certaines courtisanes connues par des vices caractérisés (2) ». Les Mémoires secrets

(1) Etrennes à la vérité ou almanach des aristocrates, orné de deux gravures en taille douce et allégoriques, pour la présente année, seconde de la Liberté ; 1790; à Spa, chez Clairvoyant, imprimeur-libraire de Leurs Altesses Royales et Sérénissimes, nos seigneurs les princes fugitifs, à l'enseigne de la Lanterne ; in-8, p. 78. — Ce pamphlet fut condamné par le Parlement de Rouen et brûlé par la main du bourreau le 4 janvier 1790. — Cf. Arrêt de la cour du Parlement de Rouen rendu par la chambre des vacations, qui condamne un imprimé sans nom d'auteur, ayant pour titre : « Etrennes à la vérité ou Almanach des aristocrates... » a être lacéré et brûlé par l'exécuteur de la Haute-Justice dans la cour du Palais, au pied du grand escalier dHcelui; Rouen, 1790, in-8.

(2) Dialogue entre M. le comte de Lau*** [Lauraguais] et Mylord All'Eye, au sujet des filles les plus célèbres de la capitale. — L'Espion anglois... ; t. III, p. 101.

Pl. IV.

Page 1