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.... Et cette nuit, ce furent les fruits qu'ils chantèrent. Devant les autr assemblés, Hylas parla.
Vous chercheriez encore longtemps
Le bonheur impossible des âmes. —
— Joie de la chair et joie des sens
Qu'un autre s'il lui plaît vous condamne,
Amères joies de la chair et des sens —
Qu'il vous condamne — moi je n'ose.
■ — Certes, Didier, philosophe fervent, je t admire,
Si la croyance en ta pensée, ne te fait à la joie de l'esprit.
Croire aucune autre préférable.
Mais non pas dans tous les esprits ne se peuvent de telles amours. Et certes, aussi moi je les aime, Mortels tressaillements de mon âme — Joies du exur, joies de l'esprit — Mais c'est vous, plaisirs, que je chante.
54 1-E CENTAVRE.
Joies de la chair, tendres comme l'herbe, Charmantes comme les fleurs des haies —
Fanées plus vite, ou fauchées, que les luzernes des prairies —
— Que les désolantes spirées, qui s effeuillent dès qu'on les touche.
La vue — le plus désolant de nos sens —
Tout ce que nous ne pouvons pas toucher nous désole. . .
L'esprit saisit plus aisément la pensée
Que notre main ce que notre œil convoite.
— 01 que ce soit ce que tu peux toucher que tu désires — Nathanaël, et ne cherche pas une possession plus parfaite.
— Les plus douces joies de nos sens Ç ont été des soifs étanchées.
Certes, délicieuse est la brume, au soleil levant sur les plaines — Et délicieux le soleil. —
Délicieuse sous nos pieds nus la terre humide
Et le sable mouillé par la mer ;
Délicieuse à nous baigner fut l'eau des sources:
Délicieuses à baiser les inconnues lèvres que mes lèvres touchèrent dansl'om Mais, des fruits — des fruits — Nathanaël, que dirai- je?
— O que tu ne les aies pas connus
Nzth.znacl. c'est bien là ce qui me désespère
Leur pulpe était délicate et juteuse,
Savoureuse comme la chair qui saigne, Rouge comme le sang qui sort d'une blessure.
La ronde de la grënadè. 5
Ceux-ci ne réclamaient, Nathanaël, aucune soif particulière ;
On les servait dans des corbeilles d'or;
Leur goût écœurait tout d'abord, étant dune fadeur incomparable ;
Il ri croquait celui d'aucun fruit de nos terres;
Il rappelait le goût des goyaves trop mûres,
Et la chair en semblait passée;
Ils laissaient après eux Vâpreté dans la bouche ;
On ne la guérissait qu'en remangeant un fruit nouveau ;
A peine bientôt si seulement durait leur jouissance
L'instant d'en savourer le suc ;
Et cet instant en paraissait tant plus aimable
Que la fadeur après devenait plus nauséabonde.
La corbeille fut vite vidée;
Et le dernier nous le laissâmes
Plutôt que de le partager
II cl as ! après, Nathanaël, qui dira, de nos lèvres Quelle fut l'amère brûlure?
Aucune eau ne les put laver.
Le désir de ces fruits nous tourmenta jusque dans l'âme. Trois jours, dans les marchés, nous les cherchâmes ; La saison en était finie. —
Où sont, Nathanaël, dans nos voyages
De nouveaux fruits pour nous donner d' autres désirs ?
Il y en a que nous mangerons sur des terrasses, Devant la mer et devant le soleil couchant.
$6 LE CENTAVRK.
Il y en a que l'on confit dans de la glace Sucrée avec un peu de liqueur dedans.
Il y en a que l'on cueille sur les arbres
De jardins réservés enclos de murs,
Et que I on mange à l'ombre dans la saison tropicale.
On disposera de petites tables —
Les fruits tomberont tout autour de nous
Dès qu'on agitera les bl anches
Où les mouches engourdies se réveilleront.
Les fruits tombés, on les recueillera dans des jattes
Et leur parfum déjà suffirait à nous charmer .
Il y en a dont l ècorce tache les lèvres
Et que l'on ne mange que lorsque l'on a très soif. —
Nous les avons trouvés le long des routes sablonneuses :
Ils brillaient à travers le feuillage épineux
Qui déchira nos mains lorsque nous voulûmes les prend)
Et notre soi) n'en a pas été beaucoup étanchée.
Il y en a dont on ferait des confitures
Rien qu'à les laisser cuire au soleil.
Il y en a dont la chair malgré l'hiver demeure sure;
De les avoir mordus les dents sont agacées.