L'ASCENSION DES PANDA VAS
par A. -Ferdinand Herold
A Paul Ranson.
uand Yudhishthira, le héros magnanime, entra dans la salle de justice, ses yeux rayonnaient de joie, et sa bouche s'illuminait d'un divin sourire. Des brahmanes et des guerriers, des marchands et des laboureurs, ceux de la ville comme ceux de la campagne, attendaient qu'il parût : c'était lui qui allait régler les différends, punir et récompenser. Et tous, dès que le Roi eut passé le seuil, se sentirent l'âme heureuse, et vers la voûte monta un cri unanime : a Gloire au Maître de la terre, gloire à celui qui protège les castes, gloire au juste, gloire au fils de Pandu, gloire à Yudhishthira. »
Et ils voyaient que le beau Roi était beau, ce jour-là, d'une beauté surhumaine.
Yudhishthira, comme il en avait coutume, ordonna à chacun d'exposer sans peur sa plainte ou sa défense, et il jugea selon l'équité. Et pourtant, il ne regardait pas ceux qui s'avançaient vers le trône ; on eût dit même qu'il n'entendait pas leurs paroles. Ses yeux restaient
fixés
fixés sur la vision merveilleuse de quelque monde lointain ; ses oreilles écoutaient des voix qui n'étaient pas de la terre, et c'était sans doute un Dieu invisible qui, siégeant auprès de lui, lui dictait les réponses.
Toutes les causes furent jugées, et les sujets du Roi sortirent. Quelques courtisans favoris restèrent clans la salle avec le royal rêveur, et lui se taisait.
Longtemps dura son divin silence. Enfin pourtant il baissa la tête, il tressaillit un peu, et son regard s'humanisa : pour la terre, il quittait le monde où l'avait conduit le rêve. Il fit signe à la Gardienne des Portes de congédier la cour ; la Gardienne obéit, et, quand il fut seul avec elle, Yudhishthira lui parla :
a Appelle mes quatre frères, ô Gardienne, et dis-leur que je les attends ici même. Appelle encore celle qui est la joie commune de mes frères et de moi, celle qui vit, depuis de longs jours, fidèle épouse des Pândavas, Draupadî, la femme aux grands cheveux nocturnes. »
I lès qu'ils connurent Tordre de Yudhishthira, les quatre frères vinrent en la salle de justice. Et c'étaient Arjuna le magnanime et le grave Bhimasena, avec les deux jumeaux, Nakula et Sahadeva ; et, en même temps qu'eux, entra leur bien-aimée, celle qui jadis avait partagé leurs périls et qui maintenant était leur compagne de gloire, la belle Krishna Draupadî.
« Pourquoi, frère, nous as-tu mandés } cria du seuil Arjuna.
— Ta sagesse, dit Bhîma, aurait-elle besoin d'un conseil ?
— Ou de quelque douleur, imprévue et mystérieuse, devrions-nous te consoler ? » demanda Draupadî.
Le Roi regarda tendrement Draupadî.
(( O chère femme, tu n'auras à me consoler d'aucune douleur : je suis heureux aujourd'hui, et il me semble que maintenant nous serons tous heureux à jamais. »
Et il répondit à Bhîma :
a Frère, je n'interrogerai pas ta sagesse, et je ne prierai pas le vaillant Arjuna de m'aider de son courage. Le temps vient, je crois, où nous ne vivrons plus sur la terre ; voici qu'approchent les heures où nous n'entendrons plus les voix attristées des hommes ; voici que luisent les jours où nous ne verrons plus les pâles rivières de ce monde. Ornes
frères
frères, ô Draupadî bien-aimée, j'ai rêvé cette nuit, — j'ai rêvé divinement.» Il se tut un instant. Et sa bouche avait un sourire de lumière.
11 reprit :
(( Oùétais-je? dans quel monde? et qui m'avait amené là ? Je ne sais : mais, tout à coup, je me suis vu dans une prairie merveilleuse. Partout, il y avait des fleurs, oh des fleurs telles qu'il n'en pousse point aux pays de la terre, de grandes fleurs dont les parfums guérissaient les maux et les peines. D'une forêt mélodieuse, qui bordait la prairie, s'échappaient les voix d'oiseaux inconnus des humains, et, çà et là, dansaient d'harmonieux groupes de jeunes femmes. Frères, dans cette belle prairie, je me suis senti tout heureux; j'étais délivré de l'humaine douleur. J'ai compris que j'étais parvenu au pays des Dieux : les Apsaras m'accueillaient de leurs danses, et bientôt, j'entendis les Gandharvas qui chantaient pour moi leurs chansons. Et voici qu'apparut Indra lui-même, et il me faisait signe de le suivre en son immortelle demeure. ))
Les yeux de Yudhishthira semblaient, de nouveau, contempler le rêve de la nuit. Et l'on eût dit que sa voix était lointaine.
« J'ai suivi Indra dans la demeure victorieuse : j'ai vu ses divins compagnons, j'ai vu les Héros et les Sages ; et je suis encore joyeux du grand songe qui me fut envoyé. Je ne puis oublier la splendeur de mon sommeil.
— Certes, dit Arjuna, le songe était beau, et il est juste que tu en sois encore glorieusement ému. Sans doute il te présage quelque prochain bonheur.
— Arjuna. il n'y aura plus de bonheur pour moi sur la terre. Je l'avertissement qu'il y avait dans le songe. Indra m'appelle auprès
de lui. Je dois quitter le royaume de I lastinapura.
— Frère,frère, cria Nakula, nous t'avons été fidèles, jadis, clans le malheur; quand tu avais tout perdu, et que tu errais à travers la forêt d'exil, nous ne t'avons pas abandonné. Et, maintenant que nous avons vaincu nos ennemis, maintenant que nous pouvons oublier le chagrin et que nous pouvons DOUS réjouir, tu veux nous laisser, frère cruel.
— Ne
l'ascension des pandavàs. 65
— Xe nous laisse pas seuls, Yudhishthira », criaient les frères et l'épouse; et tous tendaient vers le Roi des bras suppliants. Yudhishthira répondit d'une voix grave :
« Ai-je dit que je vous laisserais à Ilastinapura ? Ah, si j'avais dit une telle parole, je ne serais pas digne de la gloire où me convie Indra. O frères, et toi, femme chérie, j'ai juré de ne jamais vous abandonner; et dans le grand voyage que je dois faire pour obéir aux Dieux, frères, vous serez mes compagnons, Draupadî, tu seras ma compagne. Demain, les cinq Pândavas et leur femme quitteront le royal palais; pèlerins vers la demeure des Dieux, ils sortiront des murs de Hastinapura ; et nous marcherons par la terre, cherchant le pied de la montagne d'or, à la cime céleste, où séjourne l'immortel Indra. ))
Et tous avaient les yeux illuminés de joie.
Ceux de Hastinapura gémirent, quand ils surent qu'ils ne verraient plus les Pândavas. Eux avaient laissé le royaume à leurs parents et aux plus sages des brahmanes, et, vêtus de l'écorce sacrée, ils étaient sortis de la ville, au matin.
D'abord ils marchèrent vers l'orient.
Ils étaient encore assez près de la ville, quand ils entendirent qu'un chien courait et haletait derrière eux. Yudhishthira se retourna, et il reconnut Vîrajfia, la bête fidèle qui, depuis longtemps, gardait sûrement le palais. 11 dit à ses frères :
« Arrêtez : voici que Vîrajfia nous a suivis, et qu'il veut nous rejoindre. 11 ne faut pas que nous le chassions; de nos serviteurs, il fut le plus humble, mais, souvent, le plus dévoué. Et maintenant, sans savoir où nous allons, il s'attache à nous, prêt à souffrir, croit-il peut-être, les maux les plus cruels. Notre devoir, frères, est de l'attendre. Qu'il nous accompagne en notre beau voyage. ))
Et ils ^e laissèrent joindre par le chien Vîrajfia qui, avec eux, marcha vers l'orient.
Troi fours, ils allèrent par des chemins qui longeaient des champs et de prairies. Parfois, â un gué, ils traversaient une rivière, et disaient
les
L'ASCENSION DBS PANDA VAS. ()~
tes prières ordonnées. Enfin, le soir du troisième jour, ils arrivèrent à l'entrée d'une forêt grave; et là. tout à coup, ils virent un être de taille gigantesque, qui s'était dressé devant eux.
u Vous n'avancerez pas plus loin. )) cria l'être apparu; et sa voix était forte et terrible.
Le géant avait, en tout, la figure et le corps d'un homme; mais, autour de sa tête, il y avait sept flammes qui brûlaient : et à cela Yudhishthira sut que c'était le Dieu Agni qui lui avait parlé.
a Agni. Agni. s'écria-t-il, pourquoi-veux-tu arrêter en leur route les Pàndavas.- Nous cherchons la montagne d'or, la montagne sainte, que couronne la demeure d'Indra. 'Nous la cherchons, en humbles pèlerins, vêtus d'écorce, et nous disons, aux heures et aux lieux prescrits, les prières rituelles. Indra, par un songe, m'aappelé près de lui. Pourquoi, Agni, nous défends-tu d'aller plus loin?
— Roi sage, répondit le Dieu, je n'ignorais rien de ce que tu as cru m'apprendre. Tu arriveras, toi. Yudhishthira, au sommet de la pieuse montagne. Mais, pour en trouver la route, il faut quitter tout orgueil.
— Xos âmes ne sont point orgueilleuses, Agni.
— Aux mains de ton frère Arjuna je vois l'arc indomptable dont le seul bruit, autrefois, dispersait les ennemis; et garder une telle arme n'est guère un signe d'humilité.
— Arjuna, dit à son frère Yudhishthira, tu as entendu les paroles du Dieu. Jette ton arc, ô guerrier; le temps n'est plus des batailles farouches, n
Arjuna regarda l'arc, longuement. 11 pensait aux combats sans nombre où, contre ses adversaires, il avait dardé des flèches victorieuses.
« Agni, supplia-t-il, ne pourrai-je point, l'arc à la main, entrer dans la demeure d'Indra.- Oh, j'ai abandonné avec joie mes richesses, mais permets-moi de garder l'arme grâce à laquelle j'ai vaincu de cruels ennemis. Je n'aurai plus à m'en servir, je le sais, et je ne voudrais plus m'en servir; pourtant, j'ai plaisir encore à la voir. Elle me rappelle de grands souvenirs, j'ai comme une amitié pour elle, et il me semble qu'en la jetant, je jetterais quelque chose de moi-même.
— Jette
— Jette l'arc, Arjuna, » ordonna le Dieu Agni.
Arjuna hésitait un peu. Enfin, il baisa Tare invincible. Puis, il le jeta à terre. Et il pleurait.
« O Pândavas, entrez dans la forêt, dit le Dieu. Quand vous l'aurez traversée, vous prendrez le chemin qui conduit vers le nord; et c'est en le suivant que vous arriverez à la montagne sainte. ))
11 disparut. Les Pândavas s'avancèrent à travers la forêt. Et avec eux marchait Draupadî, la belle aux yeux de lotus; et avec eux marchait aussi le chien Yîrajna.
La route fut longue jusqu'à la montagne. Les Pândavas côtoyèrent bien des prairies ; ils passèrent bien des gués ; ils errèrent dans bien des forêts. Le soleil les accabla et la pluie les alourdit ; et ils marchaient toujours ; ils ne sentaient pas de fatigue, et ils étaient joyeux.
Une nuit, ils s'étaient endormis au pied d'une montagne que, dans l'obscurité, ils devinaient très haute. Tout le jour ils avaient marché, et même tout le soir, et ils ne s'étaient arrêtés qu'à la nuit close. Quand, à l'aurore, ils s'éveillèrent, tous, unanimement, s'écrièrent de surprise et de bonheur : la montagne, sous le soleil, avait un éclat d'or, et la cime s'en perdait dans le ciel.
« Gloire à Indra, dit Yudhishthira . Voici la montagne sainte. Soyons courageux, frères, sois forte. Draupadî; et nous atteindrons, au sommet, le pays de gloire et de félicité. »
Et les Pândavas. avec Draupadî. commencèrent à monter la montagne sacrée ; et le chien les suivait toujours.
Le premier marchait Yudhishthira ; puis venait Bhîmasena. puis Arjuna; ensuite, c'étaient les deux jumeaux, Nakula et Sahadeva ; et la dernière, allait la femme aux belles hanches, Krishnà Draupadî ; et. dans la brise légère, flottaient ses grands cheveux de nuit.
Ils
Ils montaient lentement. Sous leurs pas, le sol était doré, et il y avait dans l'air des parfums qui réjouissaient. Yudhishthira souriait, du même sourire lumineux qui parait ses yeux et sa bouche quand il entra dans la salle de justice, après le songe où Indra lui était apparu. Parfois, il regardait ses frères, qui le suivaient, et du sourire, il les encourageait. Et tous, peu à peu, gravissaient la montagne.
Ils arrivèrent à une prairie, émeraude immense incrustée dans la terre d'or. Des diamants et des rubis, des saphirs et des topazes y figuraient, çà et là, des fleurs ; et, comme rosée, des gouttes de perles y étaient tombées.
Les Pândavas, et leur compagne, et aussi le chien, se mirent à traverser la belle prairie. Souvent, ils glissaient.
Et tout à coup, Yudhishthira entendit que criait Draupadî ; il se retourna, et il la vit qui gisait sur le sol.
« Yudhishthira, Yudhishthira, je suis tombée et je ne puis pas me relever, et je sens qu'une force invincible dompte ma volonté. Oh, je suis entraînée au bas de la montagne. Hélas, hélas, ne l'aurai-je point gravie.- Yudhishthira, ai-je été fautive, jamais? et serais-je punie de quelque ancien péché )
— O Draupadî, pauvre aimée, dit le Roi, voici, je crois, quel fut ton péché. Tu étais l'épouse commune des cinq Pândavas; tu avais juré aux cinq frères de les aimer du même amour. Et pourtant, à nous, les quatre autres tu préféras toujours le vaillant Arjuna : en vérité, tu n'aimas que lui. Cet amour, peut-être n'osais-tu te l'avouer à toi-même, mais tu n'as jamais pu le vaincre, et tes yeux brillaient de désir quand ils contemplaient Arjuna. Voilà sans doute, ô Draupadî, de quel péché les Dieux te punissent. )>
Et il recommença à monter. Et ses quatre frères, et aussi le chien, montaient derrière lui.
La prairie semblait de plus en plus glissante. Et la voix anxieuse de
Sahadeva vint aux oreilles du Roi.
« Yudhishthira, frère, j'ai glissé, et, quelque effort que je fasse, je
ne
l'ascension des pandavas. 71
ne puis me relever. Réponds-moi, toi qui sais tout deviner : ai-je péehé, autrefois?
— Sans cesse, tu te vantais de ta science, Sahadeva; nul, pensaistu, ne t'égalait en sagesse. Et je ne crois pas que les Dieux te punissent d'un autre péché. )>
Et Vudhishthira monta encore. Et trois de ses frères, et aussi le chien, montaient derrière lui.
Et une plainte le fit tressaillir.
« Erère, lamentait Xakula, voici que je tombe; je ne puis me relever, suis-je donc un pécheur?
— Hélas, frère, ne te jugeais-tu pas le plus beau des hommes? Et n'est-ce pas de cette vanité que les dieux te punissent? ))
Et le Roi montait la prairie glissante, et il n'avait plus avec lui que deux de ses frères; et le chien les suivait toujours.
Un cri farouche troubla la rêverie du Roi.
u Erère, frère, voici que moi, Arjuna, une force mystérieuse me terrasse. Je veux me relever, hélas, et je ne puis. Je suis entraîné malgré moi. Quelle faute, quelle faute ai-je donc commise?
— N'as-tu pas dit une fois : — En une seule nuit je tuerai tous les ennemis. — Et cela, tu ne Tas pas fait. Tu n'avais que des mépris pour les autres archers. Tu te jugeais invincible. Quand, devant toi, on parlait de quelque guerrier, tu raillais et tu riais bien haut. Tel fut ton péché, Arjuna, et les Dieux, hélas, ne te le pardonnent pas. »
Seul des Pandavas maintenant avec Bhîmasena, le Roi montait vers la demeure céleste; et le chien ne l'avait pas quitté.
Bientôt, ils seraient sortis de la prairie dont le bord touchait au ciel. Au delà, c'était le pays rêvé, le royaume d'Indra.
Un gémissement sombre rompit la contemplation où déjà se perdait Vudhishthira.
« O Roi. regarde, hélas. Je suis tombé, moi. Bhima, qui te suis si
cher
cher. Pourquoi suis-je tombé? Pourquoi ne verrai-je pas la splendeur d'Indra?
— Frère, tu as parfois abusé de ta force, tu t'es glorifié trop hautainement de ton courage et de ta prudence; et les Dieux te punissent cruellement. »
Le héros marcha vers le ciel; et le chien était seul à le suivre.
Par delà le ciel, le Roi atteignit la cime de la montagne. Et là, c'était bien le pays enchanté qu'il avait vu en songe. Les Apsaras rieuses l'accueillaient de leurs danses, et il entendait chanter les Gandharvas. Mais il n'éprouvait pas le grand bonheur qu'il avait espéré ; ses frères n'étaient pas parvenus au pays divin, ni la chère Draupadî.
Il avançait dans les jardins merveilleux; il ne regardait guère les fleurs joyeuses qui s'épanouissaient pour lui; il pensait à la disgrâce de ses frères. Et voici que le Dieu Indra vint à sa rencontre.
(( Sois le bienvenu en ma demeure, Yudhishthira, dit le Dieu. Voilà longtemps que je t'attendais. Viens jouir de la même gloire qu'Indra. ))
Indra guidait le Roi. Tout à coup il s'arrêta.
« Pândava. quel indigne compagnon amènes-tu avec toi? Chasse cet animal vil. Il ne faut pas qu'un chien souille de sa présence les jardins célestes.
— Indra, répondit Yudhishthira, je n'abandonnerai pas ce chien, qui me fut toujours dévoué, et qui a eu la force de gravir la montagne.
— Te voici immortel, ô Roi. Maintenant, ta condition est la mienne. Tu as l'absolue félicité. Abandonne ton chien.
— Je ne veux pas d'une félicité que je gagnerais par l'abandon d'un serviteur fidèle.
io — Le
— Le chien est une bête impure, qui ravit les offrandes et qui trouble les sacrifices.
— Tuer un brahmane n'est pas une faute plus grave qu'abandonner un serviteur. Voici un être qui fut toujours doux et dévoué; il a vieilli maintenant, il s'est affaibli; à garder mon palais, il est devenu maigre ; quand il m'a vu partir, il a voulu me suivre ; et, alors que je touche à la gloire suprême, je serais ingrat envers cet humble ami! Non, Indra : je ne resterai en ta demeure qu'avec ce chien. ))
Indra eut un sourire.
« Que le chien t'accompagne, ô Roi fidèle à tes amis et à tes serviteurs, )) dit-il enfin.
Et il commanda d'amener son char. 11 y monta et y fit monter Yudhishthira; et le Dieu et le Roi parcouraient le jardin du ciel.
a Indra, dit le Roi en descendant du char, tu m'as montré les divines merveilles, j'ai entendu des chants qui m'ont charmé, et vu des danses qui m'ont ébloui les yeux. J'ai senti des parfums vivants; j'ai bu à des sources heureuses; et pourtant je suis triste, ô Indra.
— Tu es triste r
— Oui : nulle part, ici, je n'ai vu mes frères; nulle part, je n'ai vu Draupadi.
— Xe sais-tu pas qu'ils sont tombés en gravissant la montagne?
— J'espérais, ô Indra, que tu avais voulu leur épargner des fatigues, que tu les avais ravis en ta demeure par des routes plus rapides, et qu'ils seraient ici. pour m'accueillir.
— Le poids de leurs péchés les a entraînés vers les contrées souterraines.
— Sans mes frères, sans ma bien-aimée, je ne puis être heureux, Indra.
— Regarde les habitants du ciel, Yudhishthira, regarde les Siddhas et les Devarshis; regarde les Gandharvas et regarde les Apsaras, plus belles que ta Draupadi.
— Xon : sans mes frères, Indra, il ne peut y avoir de bonheur pour moi. sans mes frères, je ne puis demeurer ici. Je veux aller où sont
allés
allés mes frères, où est allée la femme aux grands cheveux, la femme aux yeux vainqueurs, la meilleure des femmes, ma Draupadî. »
Et Yudhishthira descendit la montagne sainte. Et, par le monde, il cherchait l'entrée des demeures souterraines.