Signalons à titre d'exemple un procédé bien intéressant
Quant ,au rôle de l'État, de la commune, il me semble que leur intervention est bien définie par les principes qui régissent les successions. L'État (ou la commune) n'hérite du défunt qu'à défaut d'héritiers naturels ou désignés. De même, en matière de production, d'éducation, d'instruction, etc., l'État, ou la commune, ou, plus exactement, la commune d'abord, l'État ensuite, ne devraient, à mon avis, intervenir que dans les cas et dans la mesure où l'initiative privée, collective ou individuelle, se serait montrée impuissante.
Gomme je l'ai dit plus haut, le devoir du supérieur vis-à-vis de l'inférieur, de l'habile à Tégard de l'inhabile, du fort en un mot à l'égard du faible, est d'autant plus grand que l'écart est plus considérable entre les deux. Ce devoir repose sur la notion de dettes contractées par la société envers certaines familles, dettes qui n'ont pu être acquittées par la disparition trop rapide de ces familles et qui, par une sorte de réversion des mérites des morts, doivent être payées aux plus nécessiteux des vivants.
des Chinois aux États-Unis pour arriver à se créer un capital. Quinze ou vingt Chinois, exerçant chacun un métier spécial, mettent en commun leurs petites économies. Quand leur trésor atteint un certain chiffre, ils le prêtent tout entier comme capital de premier établissement au plus intelligent d'entre eux. Il réalise ainsi des bénéfices plus considérables sur lesquels il prélève le capital qui lui a été prêté, et le remet à un second associé qui en fait autant, et ainsi de suite.
La commune et l'État sont tenus d'acquitter ces dettes à leur rang d'héritier.
Une autre attribution spéciale à l'État, c'est la protection morale des faibles contre les forts, protection qui, dans un pays de suffrage universel, assure le respect dû aux droits des minorités.
Je ne puis dissimuler ici que l'esprit général des ouvriers est peu satisfaisant en Europe pour le moment. Trompés par des analyses inexactes, ils croient volontiers que le travail est tout, ils considèrent le capital et même le talent comme des parasites dont il faut se débarrasser. Ils s'estiment spoliés et demandent à rentrer, comme ils disent, dans l'intégralité du produit de leur travail. La vérité, la nature des choses l'emporteront sans le moindre doute, mais au prix de souffrances et de secousses, qu'un concept plus exact de la valeur, du capital et du talent devrait épargner au monde.
Le jour où, mieux éclairés sur le phénomène de la production, les ouvriers comprendront que leur intérêt est de garantir leur indépendance morale par la création d'un capital; le jour où ils appliqueront à la solution de ce problème l'ardeur et l'intelligence qu'ils mettent à la poursuite d'une utopie irréalisable, la question sociale sera bien près d'être virtuellement résolue.
Au reste,, les faits travaillent eux-mêmes à cette solution, par le mécanisme de ces mystérieuses Eannonies dont Bastiat a eu le premier le pressentiment génial.
C'est ce qui ressortira clairement, je l'espère, du résumé qui suit.
1° Depuis cent ans le capital de* la société européenne s'est accru dans une proportion tout à fait inouïe jusqu'ici. Conséquence : le loyer du capital, en d'autres termes, l'intérêt de l'argent capitalisé n'a jamais été aussi bas. Par suite, le talent n'a jamais été en aussi bonne position pour se procurer, directement ou par location, le capital qui lui est nécessaire.
2° L'instruction de toute qualité a été mise à la portée de toutes les intelligences. Un élève intelligent et travailleur de l'enseignement primaire est assuré de trouver, auprès du Conseil municipal, du Conseil général ou auprès de rÉtat, les moyens d'arriver soit à l'enseignement secondaire, soit à l'enseignement supérieur. J'en pourrais citer des centaines d'exemples. La moyenne des talents s'élève donc, au moins pour la partie du talent qui peut s'acquérir.
S** Pour la propriété foncière, on sait d'après les analyses de Ricardo que le propriétaire qui ne met dans sa terre ni son capital, ni son talent,
ni son activité, peut néanmoins recevoir une rémunération qui est la rente foncière. La rente foncière est, pour la terre, ce que la portion innée du talent est pour les individus, c'est-àdire la différence de produit correspondant aux différences de fertilité résultant d'une culture antérieure, aux avantages d'une position spéciale à proximité des débouchés, etc. Ricardo a démontré aussi qu'au point de vue de la production, il est plus avantageux de mettre en culture deux terres fertiles, que de doubler le capital engagé dans une seule.
Ce privilège acquis à un propriétaire par le seul fait de la naissance et de l'héritage, a soulevé de vives réclamations parmi les écrivains socialistes. Quoi qu'on en puisse penser, le perfectionnement prodigieux des moyens de communication est en train de réduire presque à néant la rente foncière, parce qu'il met en concurrence et fait mettre en culture les meilleures terres du monde entier et non plus celles d'un pays seulement.
La production agricole se rapproche ainsi de la production industrielle, et le prix de la denrée alimentaire doit baisser, n'étant plus que la somme des rémunérations du capital, du talent et du travail. Cet effet sera beaucoup plus sensible quand la culture des céréales sera passée
à l'état de grande industrie où la réduction des frais généraux, l'usage des machines perfectionnées, l'application des découvertes de la chimie permettront de produire davantage en réduisant les frais de production *.
4*" Pour les industries du vêtement, l'évolution ci-dessus prévue pour l'agriculture est beaucoup plus avancée. Le prix du vêtement a déjà beaucoup baissé et baissera encore bien plus quand, mieux éclairées sur leurs véritables intérêts, débarrassées des haines rétrogrades et rétrospectives avivées et entretenues depuis 1870, toutes en possession d'un outillage perfectionné, les nations européennes reviendront ou plutôt viendront à la pratique sincère du libreéchange.
5° Cette égalisation de la puissance productive des différentes régions de l'Europe doit forcé-
1. Ceci n'est point une utopie. En fait, si l'on en excepte peut-être les ouvriers du dernier degré, les hommes de peine, la condition de tous les Français d'aujourd'hui et notamment des paysans, est cent fois supérieure à ce qu'elle était avant 1789. Et il faut bien que la valeur relative des subsistances ait baissé, puisque, la population ayant augmenté, beaucoup de gens mangent de la viande aujourd'hui qui autrefois ne la connaissaient que de réputation. Comparez le nombre des disettes, des famines. Notez enfin que la culture est encore dans l'enfance; sans admettre complètement l'ingénieuse théorie du Circuliis de Pierre Leroux, on peut affirmer que des millions et des milliards d'engrais sont perdus pour la production, au grand détriment de la santé et de l'hygiène publiques.
ment amener un résultat qu'il est déjà permis de prévoir et d'annoncer comme prochain.
Par essence, la grande industrie suppose et implique de grands capitaux et une production considérable, pour laquelle les marchés nationaux et même intra-européens constituent, dès aujourd'hui, des débouchés très insuffisants.
L'Europe est, de toutes les parties du monde, celle où les capitaux accumulés sont les plus considérables et les plus également répartis entre les nations qui vivent sur ce continent.
Par une loi évidente, les courants commerciaux et industriels ne peuvent s'établir que d'un niveau plus élevé à un niveau plus bas.
L'Europe est donc, par la force même des choses, appelée à féconder de ses capitaux, de ses connaissances, de ses talents accumulés les régions du monde moins avancées qu'elle.
Dans cette haute mission, les fils les plus déshérités de Japhet trouveront, aux grandes qualités de leur race, un emploi plus noble et plus digne que de tourner des manivelles, de rattacher des fils, d'ouvrir et de fermer les robinets.
Et il me semble permis d'espérer que tout ce travail gigantesque d'amélioration qui s'effectue encore d'une façon inconsciente et comme à tâtons, prendra une allure plus rapide quand,
mieux éclairés aux lumières de l'histoire contemporaine, les peuples européens verront plus clairement le but vers lequel ils s'acheminent, sans le savoir, d'un pas encore incertain; quand ils seront convaincus que, dans l'ordre économique comme dans Tordre moral, nous nous rapprochons sans cesse de cet idéal de justice et d'harmonie qui est dans l'esprit humain et que l'homme a le mandat ' de réaliser sur la terre.
Alors — j'en ai la foi profonde, j'en atteste les glorieux travaux du siècle qui vient de s'écouler — les haines funestes qui nous divisent et nous ruinent, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Espagnols, Scandinaves, Slaves, viendront s'éteindre et se fondre dans un magnifique élan de bonne volonté.
Statistique et Démographie.
La statistique et la démographie ^ ont pour objet de rechercher les lois mathématiques des événements de toute nature et spécialement des faits sociaux. Gomme je l'ai dit déjà plus haut,
1. La démographie est l'application des méthodes de la statistique, surtout des procédés figuratifs, à l'étude des principaux phénomènes de la population (accroissement, natalité, mortalité, morbidité, etc.).
elles écartent toutes les perturbations individuelles en opérant sur de très grands nombres, dont elles prennent la moyenne.
Elles arrivent ainsi à des résultats généraux permettant d'établir des prévisions générales. L'approvisionnement des marchés, les spéculations commerciales et autres, les assurances sur la vie, contre l'incendie, etc., sont autant d'applications de statistique consciente ou inconsciente *.
L'emploi des courbes figuratives se répand de plus en plus en statistique et en démographie. Les lois sautent alors au yeux du lecteur.
Quant aux progrès accomplis sur ce terrain depuis cent ans, on peut dire qu'en 1789 la statistique et la démographie n'existaient pratiquement pas. Parmi les auteurs qui ont émis les vues les plus ingénieuses dans ce domaine, je citerai Quételet et MM. Bertillon. Ne pouvant ici entrer dans de longs développements, je vais me borner à emprunter, à la statistique des
1. Une des questions les plus intéressantes, savoir la recherche de la loi des périodes de crise et de prospérité commerciale, a été à peu près résolue depuis une quinzain<e d'années. En Angleterre M. Stanley Jevons, en France M. C. Juglar ont cru reconnaître que deux crises consécutives étaient séparées par un intervalle de onze ans et quelques mois. M. Stanley Jevons a même émis l'hypothèse que cette période se rattachait à la période de révolution des taches du soleil, agissant à leur tour sur les récoltes.
principales nations européennes, quelques chiffres très caractéristiques, donnant la longueur des lignes de chemin de fer et des fils télégraphiques actuellement en exploitation sur notre continent :