CONCLUSION
Amis et ennemis l'ont reconnu : la Révolution française se distingue des autres révolutions locales par un caractère qui la rapproche des grandes révolutions religieuses comme l'établissement du christianisme, comme la Réforme, etc., dont le retentissement et l'évolution durent parfois plus d'un siècle. C'est là ce qui explique les dévouements, les fanatismes, les intolérances, les actes d'héroïsme ou de cruauté auxquels elle a donné lieu.
Seule une religion a le pouvoir d'ébranler à ce point l'âme humaine jusque dans ses profondeurs les plus intimes.
Cette religion, qu'est-elle et que veut-elle?
Son but a été, suivant moi, très exactement défini par Saint-Simon dans le Nouveau Christianisme. Il s'agit de faire arriver « sur la terre
comme au ciel * » la justice, la raison, la bonne volonté, en un mot tout ce qui, sous la forme simple et populaire, s'appelle le « règne de Dieu ».
Procédant directement de l'Évangile comme le protestantisme, la Révolution française a tenté de reconstruire l'édifice social sur les deux principes fondamentaux du christianisme primitif, l'égalité , la fraternité , auquel un troisième idéal, fourni par l'antiquité grecque, la liberté, est venu s'adjoindre.
Mais, sous sa forme ascétique primitive, le christianisme était absolument incompatible avec les plus impérieuses nécessités sociales,
Politique ou religieuse, une société réclame, pour subsister, une hiérarchie de pouvoirs organisés sur la base rationnelle de la capacité, et non sur la base inique et absurde d'une égalité absolue ne faisant aucune part aux inégalités naturelles ou acquises. Composée non d'individus, mais de familles, une société, pour subsister, doit admettre et constituer équitablement la transmission, à travers les âges, des idées, des biens, des mérites et des démérites de ces familles.
Les fondateurs de l'ordre politique et social
1. Plus même qu'au ciel, puisque le ciel de la théologie s'est évanoui sous le souffle puissant des Kepler, des Copernic, des Galilée, des Newton, des Laplace.