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CHAPITRE IV

Quand il s'agit de science ou d'industrie, le mot de progrès offre un sens très net, très défini; aux connaissances déjà acquises viennent sans cesse s'en ajouter de nouvelles, le monument s'élève constamment, assise par assise. Le génie des inventeurs joue assurément un grand rôle; il abrège la durée des périodes de tâtonnements et de recherches, mais, hors le cas de grands bouleversements comme l'invasion des Barbares, par exemple, l'œuvre commune se poursuit sans relâche et, comme dit Pascal, fussent-ils des nains, les modernes, placés sur les épaules des anciens supposés des géants, voient toujours plus loin qu'eux.

En matière d'art et de littérature, il n'en est pas de même. Les œuvres du passé qui ont résisté à l'injure du temps empruntent la plus

grande partie de leur mérite à la valeur exceptionnelle de l'artiste ou de l'écrivain qui les a conçues et réalisées. Leur action dépend aussi, comme on tâchera de le prouver plus bas, de leur rapport de convenance ou de disconvenance avec l'état psychique des générations et même des individus auxquels elles sont soumises.

Le génie est quelque chose d'éminemment personnel; l'état psychique de ceux qui l'apprécient est quelque chose d'éminemment variable. De là une quasi-impossibilité de trouver, d'un temps à l'autre, une commune mesure pour évaluer ces deux éléments, pour les comparer, pour les classer d'une façon précise.

Mais ce qu'on pourrait appeler la portion scientifique de Fart ou de la littérature, c'est-àdire la connaissance plus exacte des matériaux employés, la délimitation plus rationnelle et plus précise des différents genres, la grammaire, la syntaxe perfectionnée de la langue en quelque sorte, sans parler de la compréhension de jour en jour plus large d'un public plus éclairé, suivent la marche progressive des sciences. C'est dans ce sens que l'art prend à chaque génération des proportions plus vastes. Pour tracer le premier contour sur le bois des rennes préhistoriques, il a peut-être fallu autant de génie que pour dessiner le plan du Par-

thénon. Ignorants de la perspective des lignes et des couleurs, les Van Eyck et les Fra Angelico étaient aussi bien doués que leurs successeurs plus expérimentés, les Raphaël et les Rubens. On ne saurait prétendre néanmoins que leurs œuvres respectives se vaillent.

C'est à ce point de vue que nous allons nous placer pour juger des progrès réalisés de 1788 à 1888 \

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