‹ Le centenaire de Jean-Jacques, roman. Illustré de 64 dessinsChapitre 10 sur 21 · ON S AVISA DO>C, A L HOTEL-DE-VILLE · texte numérisé non relu

ON S AVISA DO>C, A L HOTEL-DE-VILLE

les parents décider eux-mêmes de l'attitude de leur progéniture en cette affaire. Les fêtes n'auraient plus rien d'officiel pour les écoles. Libre serait d'y assister qui voudrait, libre de s'y soustraire qui le jugerait bon. Des ordres furent donnés

en conséquence. Il fut enjoint à tous les maîtres, régents, instituteurs et institutrices des divers établissements scolaires du canton d'avoir à prévenir leurs élèves des nouvelles instructions gouvernementales et de dresser la liste, par appel nominal, de ceux d'entre eux qui auraient reçu de leurs parents la permission d'honorer de leur présence le jubilé du trop illustre enfant de Genève.

Cette heureuse mesure fit beaucoup pour ramener un peu d'apaisement dans les esprits ; et bien que bon nombre des excellents citoyens dont parlait le Journal de Genève persistassent à trouver que l'innommable Rousseau était indigne de toute espèce de célébration, on estima assez communément que le côté le plus scandaleux du caractère de ces fêtes était

désormais écarté.

— Enfin, dit Goiset, cette honte nous sera épargnée ! Il ne

reste plus qu'à espérer que le Collège de Genève et la seconde

classique de Socrate seront à la hauteur de leur responsabilité.

ril

Dûment prévenus, selon la circulaire départementale, par ' les soins de notre régent, nous revînmes le lendemain avec l'air grave et l'importance de citoyens allant aux urnes. Les pronostics de Goiset étaient excellents. Par de savants pointages, il avait supputé les chances des jeanjacquards et elles lui étaient apparues des plus médiocres. C'est que sa persévérante propagande avait porté ses fruits.

— Je suis sûr de vingt voix, clamait-il, soit plus de la moitié de la classe ! Sur la dizaine de douteux, nous en aurons bien cinq ou six. Nous serons vingt-cinq sur trente-cinq. Pour les dix qui resteront, je les abandonne à Belzébuth !

Cinq étaient classés d'avance comme irrémissiblement mauvais. C'étaient Zinzin, Machuré, Brisetuile, Gougnaud et, naturellement, l'immonde Poilud,lefils du marchand deferdeCoutance. Parmi les douteux figuraient Malpicet,Plonjon, Chicand, les deux frères Pétavin,Badollet et le grand Trombert. Le Roumain Pipesco comptait pour bon, non qu'il eût une opinion ou qu'il ait eu le temps d'en référer à sa lointaine famille, mais il marcherait sûrement avec les aristocrates. Gniable était douteux, plus que douteux même, son père étant employé à

l'Hôtel-de- Ville, c'est-à-dire vendu corps et âme aux radicaux. Goiset pointait comme bons trois fils de pasteurs, les quatre aristocrates, entraînés comme un seul homme par le jeune Latronche-Pupigny, puis Gachard, Perrod, Mercier, une demidouzaine d'autres, dont les pères fréquentaient le temple, votaient pour les conservateurs ou simplement étaient riches, enfin les juifs qui, par définition, se rangeaient nécessairement du côté où était l'argent.

Quant à moi, Goiset me faisait l'honneur deme compter parmi les bons, et je n'ai besoin de dire qu'il ne se trompaitpas.

— Vingt-cinq sur trente-cinq ! répétait-il victorieusement. Et il nous semblait à tous ea effet, à ceux du moins qu'il

avait pris comme témoins de ses opérations, que son compte était rigoureux.

— Caporal, disions-nous. Caporal n'aurait pas mieux calculé !

Ce lendemain-là donc, nous nous attendions à de grandes choses. Il faisait, je m'en souviens, délicieusement bleu et

tiède. Les ormes de la cour du Collège envoyaient leurs vieilles branches dans l'azur, toutes vibrantes d'un renouveau de jeunesse. De la promenade voisine de Saint-Antoine parvenaient d'affolants gazouillis d'oiseaux. Nul doute qu'en d'autres cir-

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