‹ Le centenaire de Jean-Jacques, roman. Illustré de 64 dessinsChapitre 11 sur 21 · POCR ALLER « PRENDRE LEUR FOND » AU LAC · texte numérisé non relu

POCR ALLER « PRENDRE LEUR FOND » AU LAC

constances plusieurs d'entre nous n'eussent trouvé moyen de « g"alter » la classe et le grec de Socrate pour aller « prendre leur fond » au lac ou « poser une molle » sur la jetée des Pâquis. Mais ce matin-là, les attraits de la nature le cédaient

aux passions électorales, dont il nous arrivaitpour la première fois de connaître l'excitation. Il n'y eut même pas de retardataire. Au premier coup de cloche de Boru, les trente-cinq étaient là.

Très grave, très digne, très court et plus barbu que jamais, Socrate, à pas majestueux, gagna sa chaire. Le silence qui l'accueillit fut impressionnant. C'est à peine si Poilud risqua une sorte de gargouillement indistinct, qui n'était peut-êtreque sa façon à lui de participer à l'émotion générale.

De son œil gris, Socrate enveloppa sa seconde. Puis, avant de s'asseoir, il commença comme d'habitude :

— Notre aide soit au nom de Dieu

Ce n'était pas, à proprement parler, une prière, tout juste une formule. Elle se composait exactement de seize mots, toujours les mêmes, qu'au début de chacune de ses journées de classe il répétait, depuis tantôt trente ans, avec un automatisme inlassable. Après les sept vocables que je viens de citer, suivaient ces neuf autres, dont huit en français et le dernier en hébreu : « ...qui a fait le ciel et le terre, amen! ))Ce n'était pas

lourd, comme on voit, et cela ne rappelait que de loin la longue prière circonstanciée des anciens régents. Mais cette sur-

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