UN CAVALIER SEUL
oh ! monsieur Poilud, mais vous êtes un danseur accompli !
Il la serrait, la faisait virer avec élég^ance, lui lançait le bras
en avant, ramenait la main sur son cœur, puis la lâchait,
exécutait devant elle un cavalier seul en battant d'exubérants entrechats ou en contrefaisant l'ours de Berne, la reprenait, l'enlevait de nouveau dans une randonnée éperdue, tandis que le petit père Canard, sérieusement estomaqué, déclarait :
— Ce doit être une danse de cabinotiers.
Après tout ce qu'il avait mangé, il était en tout cas remarquable que ce prodigieux Poilud pût encore se livrer àutie pareille gymnastique. Je n'étais pas sans inquiétude à ce sujet. N'allait-il pas compromettre par quelque incongruité déplorable la fin de cette belle journée? Mais non ; mes craintes
D EXUBERANTS ENTRECHATS.
étaient vaines. Poilud souriait, Poilud portait beau, Poilud fringuait, Poilud poitrinait, Poilud maintenait son allure sans