‹ Le centenaire de VoltaireChapitre 6 sur 7 · REGARD JETE DANS UNK MANSARDE · texte numérisé non relu

REGARD JETE DANS UNK MANSARDE

Et H go. — Les Rayons et les Ombres. — Mars i83g).

«i Nul danger! Nul écueil ! — Si ! l'aspic e^t dans l'herbe ! a 1 lélas '. hélas I le ver est dans le fruit superbe !

Pour troubler une vie il s'agit d'un regard. « Le mal peut se montrer même aux clartés d'un cierge, a La curiosité qu'a L'esprit de la vierge « Fait une plaie au cœur de la femme plus tard.

i Plein de ces chants honteux, dégoût de la mémoire, « Un vieux livre est là-haut dans une vieille armi Par quelque vil passant dans cette ombre oublié ; « Roman du dernier siècle ! œuvre d'ignominie !

1 taire alors régnait, ce singe de génie u Chez l'homme en mission par le Diable envoyé.

« Epoque qui gardas, tic vin, de lang rougie,

« Même en agonisant, l'allure de l'orgie '.

« O dix-huitième siècle, impie et châtié !

« Société sans Dieu, qui par Dieu fut frappée !

« Qui, brisant sous la hache et le sceptre et l'épée ,

€ Jeune, offensas l'amour, et vieille, la pitié !

« Table d'un long festin qu'un échafaud termine !

« Monde, aveugle pour Christ, que Satan illumine !

« Honte à tes écrivains devant les nations !

« L'ombre de tes forfaits est dans leur renommée ;

« Comme d'une chaudière il sort une fumée

t Leur sombre gloire sort des révolutions !

« Frêle barque assoupie à quelques pas d'un gouffre !

« Prends garde, enfant ! cœur tendre où rien encorne souffre !

« O pauvre fille d'Eve! O pauvre jeune esprit !

« Voltaire, le serpent, le doute, l'ironie,

« Voltaire est dans un coin de ta chambre bénie!

« Avec son œil de flamme il t'espionne, et rit.

« Oh ! tremble ! ce sophiste a sondé bien des fanges ! « Oh ! tremble ! ce faux sage a perdu bien des anges ! « Ce Démon, noir milan, fond sur les cœurs pieux, « Et les brise, et souvent, squs ses griffes cruelles, « Plume à plume j'ai vu tomber ces blanches ailes « Qui font qu'une âme vole et s'enfuit dans les cieux !

a II compte de ton sein les battements sans nombre, ■ Le moindre mouvement de ton esprit dans l'ombi « S'il penche un peu vers lui, Tait resplendir son œil, a Et comme un loup rôdant, comme un tigre qui guette, a Par moments, de Satan, visible au seul Poète, « La tête monstrueuse apparaît à ton seuil!

« Hélas! si ta main chaste ouvrait ce livre infâme

« Tu sentirais soudain Dieu mourir dans ton âme.

« Ce soir, tu pencherais ton front triste et boudeur

'( Pour voir passer au loin dans quelque verte all(

« Les chars étineelants à la roue étoilée,

« Et demain tu rirais de la sainte pudeur !

a Ton lit, troublé la nuit de visions étranges,

« Ferait fuir le sommeil, le plus craintif des Anges '.

t Tu ne dormirais plus, tu ne chanterais plus,

« Et ton esprit, tombé dans l'océan des rêves,

« Irait, déraciné comme l'herbe des grève

« Du plaisir à l'opprobre et du tlux au retlux ! i

Œuvre d'ig)iomùu\>, singe de génie par le Diable envoyé, serpent, sophiste, faux sage, démon, noir milan, Satan, loup rôdant, tigre, aspic, — qui donc accole au nom de Voltaire de si gracieuses épi—

diètes? Qui donc appelle le dix-huitième siècle une époque de vin, de sang rougie, impie et châtié, société sans Dieu.

Jeune ctlénsant l'amour, et vieille, la pi'

que Satan illumine? honte à tes écrivains, ajoute-t-on?

etc etc....ctc Qui donc a dit cela? — Mais

Victor Hugo! — Comparez avec J. de Maistre au Quatrième Entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg. — Le clérical, l'ultramontain n'est pas allé jusque-là î

Et l'autre Poète, sceptique en tout, en religion, en politique, en morale, qui ne croit qu'à Ni net te et Ninon !

Alfred de Musset

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