A BORD DE LA GAZELLE
Nous avons repris la mer à bord d'une galère Phénicienne. Ja Gazelle, et nous longeons la côte de l'ancien pays des Philistins.
nuit tombe, e un ciel serein.
nos oreilles.
Nos amis Onkelos et Gamaliel voyagent avec nous, et je les interroge sans cesse, sur l'histoire
prodigieuse du peuple juif, urs récits sont bien extraordinaires.
La côte bleue qui s'enfuit derrié droite, c'est Ja !
théâtre de leurs finit par les dompter,
Rien n'est Plus merveilleux que les aventures de l'un des Juges d'Israël qui se nommait Samson, et qui était un géant.
Nos amis nous indiquent sur Ja côte les endroits où le colosse juif accomplit ses exploits les plus extraordinaires : Gaza, Ascalon et Léchi, Merveilleux haut-faits où un seul homme luttait contre des milliers !
Après un silence, j'ai interrogé Onkelos sur l'état religieux de l'Egypte, et il m'a répondu :
—Les dieux de l'Egypte sont morts, comme ceux de la Grèce et de Roue; et le peuple puissant qui à créé tant de choses étonnantes aux bords du Nil, achève de mourir.
—Mais les dieux ne sont-ils pas immortels?
—Non. Dieu, le Dieu unique, ne meurt pas, mais les dieux, qui n'en sont que des formes de création humaine, ne sont pas immortels.
— S'ils ne sont que des fictions, s'ils n'ont pas d'existence réelle, on ne peut pas même dire qu'ils meurent ?
—Ils meurent dans la croyance des hommes.
—Et qu'impôrte que les hommes cessent de croire à des dieux qui ne sont que des fictions ? En perdant la foi, ils s'afiranchissent d'une erreur.
—Oui, muis ils tombent dans une erreur plus profonde en ne croyant plus à rien.
—Vous croyez donc qu'il vaut mieux avoir une religion fausse que n'en avoir aucune ?
—Oui, pourvu qu'on soit de bonne foi. Car elle est toujours un hommage à la Divinité.
Dieu veut être honoré jar tous les hommes; mais il importe peu que les hommes l’appel:ent Phiah comme les Egyptiens, ou Zeus comme les Grecs, ou Jupiter comme les Romains, ou Javeh comme les Juifs. Le culte qui lui est rendu peut varier comme le nom qu'on lui donne. Maïs il lui est agréable s’il est le produit d'une conscience droite, et d’une foi que l’on croit véritable,
LE CXNTURION 123
Tous les Peuples ont cru à l'origine en un seul Dieu, et lui ont décerné un culte sincère, mais Ja fausse science des uns et les passions des autres ont dénaturé Jes Croyances primitives, et multiplié les formes des Manifestations divines. .
religion primitive fondée sur d'antiques révélations, sur la tradition et sur la loi de nature;
Rome ne Pouvait pas monter Plus haut; mais il semble qu'elle aurait dû se maintenir sur ce sommet glorieux qu'elle avait atteint. Or, sa décadence est commencée, et elle est très rapide. Qui l'arrétera? Personne, Parce que la foi religieuse de Rome se meurt,
Jéhovah lui-même Paraît avoir abandonné son peuple, parce que le peuple l'oublie et néglige de le servir,
Le Juif est dispersé dans le monde entier. I} n'a plus de Patrie, et s’il n'avait Pas encore son temple, il ne serait plus que l'ombre d'un peuple,
Où donc va le monde? Où vont tous ces lambeaux de nations que Rome a conquis? Et cette maîtresse de l'univers elle-même, vers quel avenir marche-t-elle? Quelle destinée l’attend°?...
—Mon père a dit alors: Sa destinée est de revenir à ses vertus premières. Il n’est pas possible que cet immense empire, qui embrasse le monde civilisé, ait été fait pour rester soumis à des souverains comme Tiberius.
—Précisément, reprit Onkelos; et c'est pourquoi le monde attend un Maitre, qui le reconstruira sur d’autres bases. Car le vaste édifice romain tel qu'il est n’est pas fait pour durer. Il a été édifié par la violence, par des guerres cruelles, par la destruction des autres peuples.
Le Maître qui doit venir ramassera tous ces débris, il relèvera ces ruines, et de tous les temples écroulés il bâtira un temple unique et immense, où toutes les races viendront rendre leurs hommages à Celui qui a créé l'Univers.
—Mais Celui qui a créé l’univers n’est autre que Jéhovah, dit Gamaliel.
—Oui, mais il faut au monde un Jéhovah mieux connu, mieux compris, et un temple élargi, dans lequel toute l'humanité puisse trouver place.
—-Et sur qui comptez-vous, reprit Gamaliel, pour nous faire mieux comprendre Jéhovah? Quel architecte plus grand que ceux de Salomon attendez-vous pour agrandir le temple de Dieu, et lui
donner les Proportions de l'empire romain qui embrasse l'unive:s :
—J'attends lui que le; prophètes nous ont promis. L'idéii n'est pas dans le passé ; il est dans l'avenir, et l'accabicrient du monde démontre qu'il a besoin d'un homme qui soit l'incarnation de cet idéal.
—Enfin, dis-je, c'est celui que vous appelez Je Messie que vous attendez ?
—Oui,
—Et c'est Jui qui devra régénérer Je monde ?
-——Oui.
Ainsi parle Onkelos, ma mère; et tu peux imaginer quel intérèt je prends à ses discours. (C’est le grec classique qu'il parle, et il me semble que Socrate n'était pas plus éloquent, quand il enseignait la philosophie à ses disciples.
Orageux qui s’anno
Des masses de nuages, se sont accumulées au
Mais ces
montagnes étaient Mouvantes. Elles montaient vers le Zénith comme une armée rangée en bataille assaillant une citadelle formidable.
C'était aussi comme un immense rideau sombre que levait une main Puissante, invisible, et qui était bordé d'une épaisse frange grise,
Bientôt le rideau s'étendit et couvrit le soleil. La mer calme prit la couleur et le poli de l’ardoise. Les oiseaux effrayés s'enfuirent à tire d'ailes en rasant les vagues. :
Un souffle léger en rida bientôt la surface. Puis ce souffle grossit et devint un vent de tempête. La vague se creusa, et l'ouragan se déchaîna. La foudre fit entendre des grondements éclatants, des triangles de feu frappèrent les ondes. Une voile qu'on essaya de tendre fut emportée à la mer avec le mât qui la portait. Les rames devenues inutiles furent retirées à, l’intérieur, et le vaisseau chassé par la tempête s’en alla à la dérive bien loin des côtes, en pleine mer.
Les averses du ciel jointes à celles des vagues
‘inondèrent le pont qui flottait entre deux eaux. C'était un déchaînement des éléments.
La terreur et le désordre à bord furent indescriptibles, et nous crûmes pendant deux heures que nous allions périr.
Faut-il prier les dieux ? et lesquels ? demandaije à Onkelos.
Priez le Dieu Inconnu, me répondit-il. C’est le seul dont on ne doute plus en Grèce, et un peu partout.
Enfin la tempête s’apaisa, et la mer moins houleuse permit aux rameurs de reprendre leurs rames, et au pilote de diriger le vaisseau.
Quand vint le soir, nous longions les côtes de la Samarie, et nous avions repris notre conversation
au sujet du Dieu attendu, qui est Pour nous,
Comme pour les Grecs, le Dieu Inconnu. + Demain, au lever du jour, nous serons à Césa-
rée.