‹ Le centurion [microforme]Chapitre 22 sur 70 · A CÉSARÉE · texte numérisé non relu

A CÉSARÉE

Césarée est une ville toute nouvelle. Comme Son nom l'indique, elle ne remonte qu'à l'époque de César Auguste, et c'est pour honorer ce grand homme qu'Hérode, qui l'a bâtie, l'a ainsi nommée,

Il n’y avait ici Auparavant qu'un village phénicien, et une tour qu'on appelait la tour de Straton. Elle indiquait l'entrée d'une petite baie qui servait de havre. Mais c'était un refuge insuffisant dans les jours de tempêtes qui sont fréquentes sur cette côte.

Hérode Agrippa y a construit d'abord un long môle qui ferme en partie la baie, et Ja transforme €<n un port plus spacieux, et plus sûr.

Puis il a bâti un temple dédié à Auguste, un théâtre, un amphithéâtre, un cirque, des aqueducs, et un palais superbe dont il a fait sa résidence.

Le personnel de sa Cour, ses officiers, les prètres, les magistrats et les notables du royaume se sont peu à peu groupés autour de lui, et se sont bâti des maisons plus ou moins somptueuses et des villas.

Le procurator romain a une résidence à Césarée, et les riches marchands juifs et grecs y viennent en villégiature l'hiver. Car le climat y esl beaucoup plus doux que sur les montagnes de la Judée où Jérusalem est bâtie

En peu d'années, l’ancien village phénicien est ainsi devenu une jolie ville, que le roi Hérode a complétée en l’entourant d’un-mur d'enceinte, et en érigeant une forteresse sur un rocher qui s’avance dans la mer et commande le port.

Telle est la ville où nous avons trouvé Pilatus et Claudia qui nous y attendaient.

Leur villa est bien assise au sommet d’une colline, d'où elle embrasse ur vaste horizon sur le port et sur la mer.

Abritée du côté norû par un bois d'oliviers et de figuiers d'Egypte, qui sont énormes, et du côté Est par les montagnes de la Samarie, elle jouit d’une température agréable, avec beaucour de lumière et de soleil après la sixième heure au jour.

Le jardin est spacieux. Des haies de myrtes et de romarins le divisent. Des taillis de figuiers de Barbarie l'entourent, et le défendent contre les voleurs.

Les orangers en fleurs, les lauriers roses, la lavande, le fenouil, la giroflée, l’'embaument.

La ville s'étage en pente douce, et se cache à demi dans une riche végétation méridionale.

La côte s'incline vers la mer, c’est-à-dire vers le couchant, et les fortifications qui couronnent les

hauteurs, et ferment dévalent vers la fa

vent avec Claudia sur Ja nde avenue de la vi

ue s'étend sur le est belle, et

mgk avons passé une heure à Ja Contempler, la grande azurée, Folle de joie et de umière, grisée de sa Propre beauté, elle s'entrainait à sauter et danser ; elle bondissait, elle s'éche-

une exquise odeu vivifi

et je ne cesse de de son charme ?

8 visibles, et que

nous avons la soif de l'infini? Est-ce parce qu'elle n'offre aucun okstacle à nos regards, et que rien ne nous plaît comme la liberté illimitée ? Est-ce parce qu'elle varie sans cesse d'aspect, et qu'elle est aussi mobile que la nature humaine ?

Oui, sans doute, c'est pour ces raisons et pour d’autres encore. Il y a entre la mer et notre nature des harmonies sensibles. * Comme notre cœur, elle est vaste et elle est abime. Comme notre âme elle réfléchit le ciel, et recoit de lui sa lumière. Comme chacun de nous elle a ses jours de calme et ses tempêtes. i

C'est vers le soir que je l’admire davantage, alors que le soleil couchant y trace jusqu'à l'extrémité de l'horizon une large voie triomphale toute pavée de paillettes d'or et de feu.

Je me dis alors que cette voie se prolonge jusqu'à l'embouchure de notre fleuve aimé, le Tibre, et dans un instant mon esprit en remonte le cours jusqu’à la ville aux sept collines. |

Je vous revois, ma chère mère, et vous embrasse, et je vous raconte mes impressions d'Orient si variées, si vives, et si originales, il me semble.

J'aurai des regrets sincères quand il me faudra quitter ma grande amie, la mer. Elle me manquera à Jérusalem; car je ne me lasse jamais de sa compagnie.

ssantes nous y attenle est elle-même i

Mais d'autres scènes intére dent; car la vil le peuple y est qu'on y mène fait ailleurs.

Pour son autonomie, Ses traîné en captivité; i miler.

‘milieu des ruines des vieilles civilisations qui l'avaient tour à tour écrasé.

Depuis 2,000 ans, il croit en un seul Dieu qu'il nomme «Javeh » (Jéhovah). Tant qu'il a été fidèle à ce Dieu, il a triomphé de ses ennemis par une suite de prodiges. Et chaque fois qu'il a abandonné son culte, il a été vaincu, châtié, exilé.

Sa longue et terrible expérience ne lui a rien appris. Le bonheur et la prospérité sont les écueils sur lesquels il a vingt fois fait naufrage. Dès qu'il est heureux, libre et puissant, il oublie son Dieu. Mais quand il souffre, il y revient; et comme le phénix il renaît toujours de ses cendres.

Les autres peuples sont dirigés et gouvernés par des hommes de génie, et c'est par eux qu'ils arrivent à la gloire et à la grandeur. Le peuple juif est conduit par des prophètes et des prêtres, et tous ses rêves de gloire et de grandeur futures reposent sur un Messie qu'il attend depuis des siècles.

Quand il disparait comme nation, il subsiste comme race et comme temple. Même quand il n’a plus de patrie, son patriotisme vit, parce qu'il se confond avec sa croyance religieuse et sa foi au Messie, qui restent vivaces, quand toutes les autres religions sont en décadence. Il n’est remarquable ni par la science ni par les arts, ni par la puissance militaire; mais il a une Loi, qui est en même temps la Religion, et un Livre qu'il croit divin et qui fait sa gloire, sa consolation et son espérance.

Ses enfants Parcourent le monde ; ils fondent partout des étab''ssements et font fortune, mais ils ne se fusionnent jamais. La terre qu'ils habitent est toujours la terre étrangère, et leur seule Patrie est loujours Sion, ou Jérusalem avec son temple.

Dans le Passé, il a cru à ses prophètes, et il Jes a tués! Dans l'avenir, il croit à son Messie, et quand il paraîtra, les prophéties annoncent qu'il le tuera également | Quel peuple étrange, n'est-ce pas ? Et Maintenant, la Question est de savoir si c'est bien son Messie, qui a fait son apparition en Galilée, i] Y a près de deux ans. Les foules l'entourent et l'acclament ; Mais la Synagogue et les princes des Prêtres, et lés Scribes et Jes Pharisiens lui ont déclaré la guerre, et veulent le faire mourir, Cette guerre n'a rien qui ressemble aux luttes de César, de Pompée : i C'est une lutte religieuse. s’ te comme très

à Prenons un tel intérêt, us étions libres, nous 8s des amis du prophète,

mpathie.

Pilatus fait des Courses assez fréquentes à Jérulissement d

Il commence d'ailleurs à s'inquiéter lui-même de l'agitation des esprits au sujet du messianisme ; il a peur des embarras que pourrait lui causer la

lutte acharnée du sacerdoce juif contre le prophète. © C'est pour cela, je pense, qu’il nous a prévenues que nous partirons demain pour Jérusalem, et que nous y passerons plusieurs mois.

Dans la soirée, Claudia proposa d'aller prendre un peu d'air frais sur la Marina et nous sommes allées nous asseoir sous un large térébinthe dont la mer venait battre le pied. La lune descendait lentement des hauteurs limpides du zénith, et ses rayons traçaient dans la direction de l'Italie comme une longue voie romaine dont les pavés semblaient des plaques d'argent. Le flot paisible causait amoureusement avec les syrtes du port, et laissait s'allonger des trainées d'écume, blanches comme des théories de sirènes.

Une large trirème noire venait de jeter l'ancre au large, et de grandes barques chargées de voyageurs en revenaient au bruit cadencé des rames et des chants des rameurs. Ces rameurs étaient juifs, car ils chantaient un psaume de leur grand poète, David. j

C'est un chant plein de tristesse et d'harmonie qui rappelle les douleurs des ancêtres pendant leur captivité à Babylone. On l'a traduit en latin ; en voici la première strophe :

« Super flumina Babylonis

Illic sedimus et flevimus, Cum recordaremur Sion. »

Au bord des fleuves de Babylone Nous étions assis et nous pleurions, En nous ressouvenant de Jérusalem...

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