‹ Le centurion [microforme]Chapitre 28 sur 70 · CE · texte numérisé non relu

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Et c'est ainsi que toutes les conversations se changeaient en controverses religieuses, et finissaient par Jésus, de Nazareth, qui était l'homme du jour. :

Camilla y prenait part souvent, et ses observations n'étaient pas les moins raisonnables.

Elle écoutait surtout avec un intérèt ertraordinaire, et c'était pour la retenir dans leur groupe que Caïus et Onkelos provoquaient les discussions, tantôt avec Gamaliel et Nicodème, tantôt avec le gouverneur et le vieux patricien.

—Nicodème, disait un jour Caïus, je reconnais que le monothéisme est vrai. Mais la nature ellemême conduit les hommes au panthéisme, qui est la religiop de Pancréas, et qui finit par être à peu près la même chose que le polythéisme. . C'est là un fait historique. Comment expliquez-vous alors, que les Hébreux soient restés monothéistes ? Estce parce qu'ils sont de race sémitique ?

: Niconëme.—Non, nous sommes entourés de nations qui sont de race sémitique, et qui sont idolâtres. Ce voisinage a même toujours été pour nous le grand péril religieux. Et quand Israël a

péché par idolâtrie, c'est par les peuples sémites qu'il a été entraîné.

Caïvs Oprius.—Où donc alors trouvez-vous la cause de cette fidélité séculaire de votre peuple à la foi monothéiste ?

Niconèue.—La cause est surnaturelle, et elle est constatée dans noce Saints Livres ; mais elle se limite aux enfants de Jacob, le peuple choisi, Sans la révélation, sans nos rapports constants avec Dieu par l'intermédiaire de nos Prophètes, et sans les châtiments périodiques qu'il nous a infligés, nous aurions {ait comme les autres peuples, et glissé dans le polythéisme, C'est ce qui est arrivé aux races sémitiques qui ne descendent pas de Jacob, et qui habitent la Phénicie, la Chaldée et l'Egypte. Mais ce n'est pas tout. L'unité de Dieu n'est pas notre seul dogme ; nous en avons un autre qui est aussi important que le premier, et qui lui a conservé sa vitalité extraordinaire : c'est l'attente d'un Messie. Depuis bien des siècles les Hébreux croient qu'il viendra, et qu'il établira le royaume de Dieu dans le monde. Or ce royaume sera aussi le nôtre puisque nous sommes le peuple de Dieu ; et remarquez bien qu'il n’est pas une chose du passé, mais une institution à venir, et qui conséquemment ne peut vieillir. Notre croyance est une espérance, et cette espérance nous a fait vivre.

Caïus Oprius.—Mais les espérances meurent comme tout le reste. Comment la vôtre a-t-elje

pu vivre pendant de si longs siècles sans réalisation ? L'homme se lasse vite d'attendre.

Niconèue.—C'est vrai ; et c'est pourquoi je vois dans ce phénomène historique une cause: surnaturelle. Et j'y trouve une preuve de plus que Jéhovah a toujours protégé Israël.

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Parfois la disbussion s'engageait immédiatement sur Jésus de Nazareth et sur son enseignement, que tout le monde déclarait extraordinaire, mais dont on ne voulait pas reconnaitre le caractère divin.

Onkelos était le plus ardent à repousser toute idée de divine inspiration dans les discours du Nazaréen.

—Il y a certainement, disait-il à Gamaliel l'Ancien, dans la prédication de Jésus des doctrines qui existaient : avant lui. Il emprunte bien des choses à la philosophie grecque.

GamaueL.--Et quelles déductions tirez-vous de ce fait en supposant qu'il soit vrai ?

OnxeLos.—J'en déduis et conclus qu'il trompe ses disciples en leur disant que tout enseignement est divin.

Gamauez.—Mais, mon cher Onkelos, Jésus ne doit pas repousser une vérité parce que quelques-uns de vos philosophes l'auraient enseignée avant lui. La vérité a par elle-même le caractère divin, et . elle ne perd pas ce caractère en passant par la

bouche de Platon, de Socrate ou de Zénon. II y a du divin dans le génie humain, et le divin ne peut arriver jusqu'à nous qu'en s'humanisant, mais c'est toujours du divin. Je ue crois pas vraiment que Jésus ait jamais £:;di! !. bbilosophie grecque, mais supposé qu'il ÿ ait vreinent puisé quelques-unes des vé:. ‘+. i] cnseigne, ciles n'en seraient pas moins divine< et de, ls la bien le droit de dire à ses discipics : «Us vérités viennent de Dieu ».

OnkELos.— Mais nos philosophes n étaient ni des dieux, ni des prophètes, comme le hommes que Jéhovah a envoyés au peuple Juif pour lui enseigner la vérité.

Niconème.— Non, sans doute, et ils n'étaient pas inspirés. Mais c'est là précisément, mon cher Onkelos, un grand problème historique qu'il s'agirait d'approfondir.

D'où sont venues à l'humanité les vérités que les grands génies ont connues et enseignées? Nous croyons, nous, à une révélation primitive faite à l'homme par Dieu lui-même; mais comment les autres peuples ont-ils acquis la somme de vérité que nous trouvons dans leurs livres ?

La révélation primitive leur a-t-elle été transmise par la tradition? Ou bien se sont-ils élevés par les seules forces de leur raison à la connaissance des vérités primordiales ?

Tel est le problème historique. Mais quoi qu'il en soit, la vérité est toujours la vérité. Et qu'elle

nous soit inspirée par notre conscience, ou qu’elle nous soit enseignée par notre raison, ou par les savants, elle est toujours d'origine divine; et Jésus a droit de dire, si son enseignement est vrai, qu'il vient de Dieu Il ne prétend pas d'ailleurs nous donner une loi de son invention, nouvelle de toutes pièces; au contraire, il dit et répète qu’il n'est pas venu abolir la loi ancienne, mais l’accomplir et la perfectionner. Tu soutiens toi-même, Onkelos, que la loi mosaique n'est pas immuable, qu'elle est susceptible de développement et de perfectionnement. C'est aussi mon avis. Et si je ne me trompe c'est en y mêlant ce que la philosophie grecque a de meilleur que tu prétends arriver à ce perfectirunement.

Mais alors, s'il est vrai que Jésus de Nazareth ‘emprunte quelque doctrine à Socrate et à Platon, tu devrais travailler de concert avec lui, toi qui es resté un disciple de ces grands philosophes, malgré ta conversion au Judaïsme.

—Onkelos était assez embarrassé de répondre, lorsque Nicodème intervint, et changea le terrain de la discussion.

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