‹ Le centurion [microforme]Chapitre 41 sur 70 · D ON A, OL ML ON · texte numérisé non relu

D ON A, OL ML ON

LE CENIURION 261

venait à Jérusalem, comment donc l'a-t-il abandonnée ? Comment a-t-il permis à la mort d'y entrer ?

Marthe et Myriam ne comprennent pas que leur ami ne soit pas venu. Et leurs lamentations se terminent toujours par cette parole : «Ah! s’Il avait été ici, notre frère ne serait pas mort !»

J'irai les voir, ces pauvres affligées. Mais quelles ” consolations pourrai-je leur offrir ? Que dire à celles qui ont perdu pour toujours ce qu'elles avaient de plus cher au monde ? En présence de la mort, l'impuissance humaine est absolue.

Seul peut-être le prophète de Nazareth pourrait encore consoler celles qu'il semble avoir oubliées au jour fatal. Mais je me demande s'il est fait de la même chair que nous, s’il est sensible comme nous, s’il aime comme nous. Peut-être est-il tellement au-dessus de la nature humaine qu'il ne partage pas nos sentiments d'amitié, ni la pitié que nous inspirent les malheurs de nos amis.

Et pourtant, ne soulage-t-il pas tous ceux qui ont recours à lui dans leurs infortunes ? N'a-t-il pas guéri des milliers de malades ? A combien de lépreux n'a-t-il pas donné des corps sains ? À combien d'aveugles n'a-t-il pas rendu la vue ?

O Jésus, pourquoi donc n'êtes-vous pas venu à Béthanie ? :

6 mars À. R. 783.

O mère, qu'il est grand! qu'il est puissant. et qu'il est bon le prophète de Nazareth !

Je viens d’être témoin du plus grand des prodiges. Lazare, mort et enterré depuis quatre jours, est aujourd'hui vivant ! J'en suis encore toute énervée, et je me sens incapable de vous raconter comme je le voudrais cet événement extraordinaire.

Laissez-moi seulement noter mes impressions.

A mon arrivée à Béthanie, j'ai trouvé les choses telles que Nicodème me les avait décrites.

C'était un spectacle lamentable. Dans la chambre supérieure, toute tendue de noir, les deux sœurs en longs vêtements detdeuil se tenaient renfermées, et n’en sortaient que deux fois le jour pour aller au tombeau.

Le reste du château était ouvert comme une demeure abandonnée, et tous les voisins, parents, amis, et curieux, y circulaient en poussant des exclamations de douleur et des gémissements.

Je fus admise dans la chambre haute, et j'y trouvai mes deux amies dans un accablement voisin du désespoir. C'est qu'elles ne souffraient pas seulement d'avoir perdu leur frère. Ce qui doublait leur soufffrance, c'était de penser que leur ami, le grand Prophète, paraissait les avoir abandonnées. Myriam était muette de douleur, et laissait parler Marthe, qui se plaignait de l'oubli du Maître avec amertume.

Je ne pouvais que leur exprimer toutes mes sympathies, et celles de ma sœur Claudia, et je redescendis me mêler à la foule.

Plusieurs pharisiens étaient là. Sous prétexte de sympathie à la famille affligée ils blâmaient

hautement Jésus de Nazareth de son absence injustifiable. « Lui qui a daigné ouvrir les yeux de l'aveugle-né, disaient-ils, n’aurait-il pas dû venir sauver son ami de la mort ? »

Tout à coup, la foule chuchotta : Le Prophète ! Le Prophète ! Il est venu enfin ! Il est là-bas, à la barrière de l'avenue qui conduit au château. Un frémissement courut dans la foule, et l'émotion fut intense.

—«Malheureusement, dirent les pharisiens, il est venu trop tard ! Il a manqué aux plus sacrés devoirs de l'amitié. »

Marthe se hâta au-devant de Jésus et lui dit : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort... »

— Ton frère ressuscitera, lui répondit Jésus.

—Je sais, répliqua Marthe, qu'il ressuscitera au dernier jour.

Alors Jésus éleva la voix, et dit d’un ton solennel: «Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, füt-il mort, vivra!... Le crois-tu, Marthe. »

Marthe ne douta plus. Et se jetant à genoux devant Jésus elle lui dit: «Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant!»

Myriam vint à son tour, toute baignée de larmes F et Jésus lui-même frémit en son esprit; et pleura.

Alors, il se dirigea vers le sépulcre, qu'on lui indiqua, et la foule le suivit. Les pharisiens se disaient entre eux: «Il pleure, parce qu'il ne peut

plus rien. A quoi bon verser des larmes inutiles, et promettre à ces pauvres femmes affligées que leur frère ressuscitera au dernier jour?»

Le caveau sépulcral était creusé au pied d'une colline, dans l’escarpement vertical du rocher, et l'on y arrivait par un escalier en pierre. Jésus y descendit seul avec quelques disciples, et la foule se rangea sur la pente qui faisait face au sépulere.

Tous les cœurs haletaient dans l'attente de ce qui allait se passer. Que pouvait la force humaine, si grande qu'elle fût, contre l'invincible puissance de la mort? ;

Jésus prit place en face du sépulcre, et dit: «Otez la pierre». Les disciples renversèrent la pierre, et la porte du tombeau apparut béante. Devant cette ouverture sombre, vestibule de la mort et de la nuit éternelle, le Prophète, tout de blanc vêtu, majestueux et grave, les yeux levés vers le ciel, priait.

Après un instant, ces paroles tombèrent de sa bouche : « Mon Père, je vous rends grâces de m'avoir exaucé...» Puis, élevant la voix, il cria: «Lazare, viens dehors, veni foras! »

Alors mes yeux se fixèrent sur le sépulcre béant, et je vis apparaître dans le cadre noir du tombeau un blanc fantôme, le visage couvert d'un suaire, le corps, les mains et les pieds enveloppés de bandelettes. Mais ce fantôme vivait.

—«Déliez-le, ajouta la voix sonore, et laïissez-le aller. »

Les disciples stupéfaits et tremblants né bougeaient pas. Ce fut Pierre qui, le premier, s'approcha du ressuscité, et enleva le suaire qui Cowvrait son visage.

Alors je reconnus Lazare, qui fixait ses yeux sur le prophète, Et, quand il fut débarrassé de ses liens, ses sœurs et lui se prosternèrent devant | Jésus, et baisèrent ses pieds.

Un sourire de bonbesr qui n'est pas de ce monde illuminait la face auguste du prophète; et l'heureuse famille, accompagnée de son hôte surhumain, s’achemina vers le château, en échangeant des paroles que je n'ai pas comprises,

Les pharisiens s’éloignèrent sans dire un mot, et je les suivis, en proie à l'émotion la plus profonde que j'aie éprouvée dans ma vie!

LE SANHEDRIN

La résurrection de Lazare produisit une commotion extraordinaire à Jérusalem, et dans toute la Judée. Un grand nombre de Juifs crurent en Jésus. Les princes des prêtres furent d'avis qu'il était grand temps d'agir, si l'on voulait empêcher tout le peuple de se laisser endoctriner.

Caïphe convoqua done une grande assemblée du

Sanhédrin. Le Sanhédrin se composait de trois chambres: celle des Prêtres, celle des Scribes, et celle des Anciens. Chacune devait compter vingttrois membres, mais il arriva souvent, notamment au temps de Jésus-Christ, que la chambre des Prêtres fut plus nombreuse. Deux secrétaires formaient aussi partie du Sanhédrin, et le chiffre total régulier se trouvait être ainsi de soixanteonze.

C'était à la fois une espèce de parlement en certaines matières religieuses, et mêmes civiles, et un tribunal supérieur. La plus large part d'influence dans cette assemblée appartenait aux Prêtres. En réalité, ils en avaient la haute direction.

L'aristocratie sacerdotale appartenait généralement à la secte des sadducéens. Ils prétendaient bien respecter la loi Mosaïque, mais en l'interprétant librement, individuellement, chacun selon sa conscience, sans l'intervention d'aucune autorité enseignante. (Cela veut dire qu'ils en étaient arrivés à une espèce de rationalisme. Un grand nombre ne croyaient plus à la vie future.

L'élément populaire sacerdotal se rangeait parmi les pharisiens. Ceux-ci étaient avant tout autoritaires. Dans la pratique ils substituaient leur enseignement à la loi elle-même dont ils connaissaient très bien la lettre, mais dont ils méconnaissaient l'esprit. Ils étaient de ces dévots qui n'ont de religieux que l'extérieur, et qui remplacent la

pratique des vertus par de nombreuses pratiques extérieures de religion.

‘est pour cela que Jésus les comparait à ces sépulcres qu'on voit partout en Orient, dont l'extérieur est d’ume blancheur immaeulée, et dont ‘intérieur est plein d'infection et de pourriture.

Le peuple croyait généralement à leur sincérité, et c'est pourquoi ils avaient beaucoup plus d’influence que les sadducéens.

Tout le sacerdoce Juif, saddueéen, ou pharisien, était plein d'orgueil, d'égoisme, et d’ambition.

Les grandes familles sacerdotales, Anne et ses cinq fils, les descendants de Boëthus, les ben Phabi, les Canthère, les Jean, les Alexandre, se disputaient les emplois et les bénéfices, et pressuraient le peuple pour se créer des revenus.

Le Talmud les représente comme des fléaux.

«ls sont grands-prêtres, dit-il, leurs fils sont trésoriers, leurs gendres commandants, et leurs serviteurs frappent le peuple de leurs bâtons. »

Ils tenaient le peuple dans l’asservissement et la superstition, et ils exploitaient honteusement cette religion de leurs pères qui n'était plus pour eux qu'un formalisme étroit et ridicule.

Ils entassaient dans les greniers du Temple les dimes qu'ils extorquaient aux fidèles naïfs et asservis, et ils se volaient mutuellement pour accaparer la plus grande part.

Leurs palais étaient somptueux, leurs tables bien servies, et leurs vêtements luxueux. Hypocrites,

avares, ambitieux, jouisseurs, ils régnaient et gouvernaient grâce à l’abaissement de la foule et à son ignorance.

Tout ce qui pouvait menacer cette hypocrite exploitation de la religion, et ouvrir les yeux du peuple devait être combattu, prohibé, mis à néant.

La te:üinnce naturelle de tous les pouvoirs humsi:; est l'absolutisme; et la grande tentation de cer: qui exercent ces pouvoirs est de supprimer ceux qui les gênent.

Or, Jésus devenait trop gênant pour l'autorité du sacerdoce juif, et pour la conservation de ses bénéfices.

Chasser les vendeurs du Temple, c'était ruiner du coup une des principales sources des revenus que le Temple assurait aux prêtres.

Prêcher une religion nouvelle, un culte nouveau qui abolissait les sacrifices de l’ancienne loi, et les profitables hécatombes des autels, qui enseignait à prier Dieu en esprit, partout, en Galilée aussi bien qu'à Jérusalem, qui allait instituer un nouveau sacerdoce, c'était bien menaçant pour je prestige et pour le bien-être matériel du sacerdoce ancien.

Dès lors, le novateur galiléen, c'était l'ennemi.

Les principaux membres de la chambre des Prêtres, au temps de Jésus-Christ, étaient Anne et ses cinq fils: Eleazar, Jonathas, Théophile, Mathias et Ananus, qui fit lapider saint Jacques ; Caïphe, Grand-Prêètre, et président du Sanhédrin ;

les deux fils de Boëthus, Joazar et Eleazar, qui avaient été successivement Grands-Prêtres ; Simon Canthère, troisième fils de Boëthus, qui devint Grand-Prêtre, quelques années après Jésus-Christ; Israël ben Phabi, Simon ben Camite, Helkias, qui était le trésorier du temple, Jean et Scéva qui sont nommés aux actes des apôtres.

Après les prêtres, venaient les scribes. Leur nom signifiait écrivains, et leurs fonctions principales étaient la conservation, la reproduction et l'interprétation des Saintes Ecritures. Mais l'autorité qu'ils possédaient dans l'interprétation des Ecritures, était relative et n'avait aucun des caractères de l'infaillibilité. On pouvait ne pas s'y soumettre sans être accusé d'hérésie. Eux-mêmes le reconnaissaient, et se montraient mème assez modestes à l'origine.

Chaque fois qu'un prophète apparaissait et donnait des preuves de sa mission, ils reconnaissaient sa suprématie, et acceptaient ses enseignements.

Mais quand l'ère des prophètes fut passée, leur autorité s'accrut. Leur enseignement prit peu à peu le caractère de F'absolutisme.

Les uns étaient des lévites et les autres des laïques. On les appelait docteurs en Israël, et ils en formaient le corps savant, le plus influent après la chambre des prêtres.

Les plus célèbres parmi ceux qui étaient membres du Sanhédrin au temps de la passion de Jésus-Christ se nommaient Gamaliel l'Ancien,

petit-fils du fameux Hillel, et dont l'école avait une grande renommée; Siméon, son fils; Onkelos, l'un de ses plus illustres disciples; Jonathas ben Uziel, Ismaël ben Eliza, Rabbi Zadok, et Iochanan ben Zachaï, qu'on surnommait la «Splendeur de la Sagesse», à cause de sa science.

La chambre des Anciens se composait d'hommes que leur position dans le monde des affaires et leurs richesses plaçaient au-dessus du peuple. Leur influence dans le Sanhédrin n'avait guère de poids, parce que la plupart ,n'avaient ni la science ni l'éloquence nécessaires pour faire prévaloir leurs opinions.

Les membres les plus remarquables de cette chambre étaient : Simon, dont l'historien Josèphe fait un grand éloge, Joseph d’Arimathie et Nicodème que nos lecteurs connaissent déjà. Ces trois hommes éclipsaient leurs collègues par leur savoir, et par leur reputation d’honnêteté. Telles étaient les trois chambres que Cuïphe avait réunies dans la rotonde qui était jointe au temple, et qui y communiquait par le portique royal.

Les circonstances étaient graves et solennelles, et tous savaient que l'objet de la réunion était de décider quelle conduite il fallait tenir à l'égard du proplète de Galilée. Aussi la réunion était-elle très nombreuse. Le Sanhédrin était presque au complet.

Caïphe présidait. Etrange coïncidence, son nom en hébreu—Caiaphas ou Képhas— signifie Pierre ;

et ce fut ce même nom que Jésus-Christ voulut donner au chef des apôtres, de sorte qu'après Jésus-Christ, le chef de la nouvelle religion et celui de l'ancienne s'appelèrent tous deux Pierre !

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