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366 LE CENTURIUN
imputait ayant été commise en Galilée, il pouvait être renvoyé devant Hérode, tétrarque de Galilée.
Ce prince habitait alors l'ancienne demeure des Machabées, sur le mont Sion. Jésus y fut conduit par les légionnaires sur l'ordre du gouverneur.
En suivant le portique du Temple, du côté ouest, et en traversant le pont qui reliait le mont Moriah au mont Sion par-dessus la vallée du Tyropéon, le cortège se rendit en quelques minutes au palais du roi Hérode.
C'était la première fois que Jésus se trouvait en présence d'un roi de la terre, lui, Roi des rois. Mais les souverains d'alors n'inspiraient guère le respeet de la royauté. Ceux d'Orient n'étaient que des roitelets, et ils étaient les serviles vassaux de ce maître avili du monde qui se nommait Tibérius.
Le royal fantoche de Galilée n’inspirait donc à Jésus qu’un sentiment de profond mépris ; car il connaissait toute sa vie criminelle.
De son côté, Hérode était curieux de connaître enfin ce prophète dont on parlait tant, et il était fort reconnaissant à Pilatus de le lui avoir envoyé.
La première fois que le bruit des merveilles opérées par Jésus était parvenu à ses oreilles, il avait été pris de terreur. C'était dans la Pérée, peu après le meurtre de Jean-Baptiste, et sa conscience était encore accessible à quelques remords. Il s'était donc imaginé que le nouveau prophète était Jean ressuscité.
Il avait communiqué cette crainte à ses courtisans. Les uns lui dirent : Non, c’est Elie, redescendu sur la terre. Les autres : Non, c’est un des anciens prophètes qui revit.
— C'est Jean que j'ai décapité, insistait le roi. Il est ressuscité d’entre les morts.
Mais il se rassura quand plusieurs lui affirmérent que Jésus avait commencé à prêcher quelques mois avant la mort de Jean.
Cependant, il désirait toujours le voir, et comme: Jésus déclinait ses invitations, il le menaça de le chasser de la Pérée. Le prophète y faisait alors sa première mission, et le roi habitait Machérous.
Il envoya donc quelques Pharisiens dire à Jésus :
—Fuyez d'ici! Car le roi Hérode veut vous mettre à mort. Mais Jésus leur avait répondu avec une fermeté marquée au coin du mépris :
«Allez dire à ce renard que je chasserai les démons, et guérirai les malades aujourd'hui et demain, et que j'achèverai le troisième jour».
Et pour affirmer en même temps sa prescience de l'avenir, et sa ferme détermination de finir son œuvre envers et contre tous, il avait ajouté : « Il ne convient pas qu'un : prophète périsse hors de Jérusalem ».
C'était comme un défi à la puissance d'Hérode, et cela voulait dire : «Vous n'avez nul pouvoir sur moi, et je continuerai à répandre mes bienfaits parmi vos sujets, sans me soucier de vos menaces. Quoi que vous fassiez, je remplirai ma mission ;
et ce n'est pas dans votre royaume qu'il sera permis aux hommes de me faire mourir, mais à Jérusrlem ». Car c'est «Jérusalem qui tue les prophètes».
Lors donc que Jésus parut devant Hérode à Jérusalem, il n'avait plus rien à dire à ce renard, instrument de la cruauté d’une louve, Sa mission était achevée; son heure de mourir était venue, et il était volontairement soumis à la puissance des ténèbres. 1
Aussi son attitude devant le roi de Galilée fut-elle celle d'une victime, gardant sa noblesse et sa dignité, mais résignée à subir toutes les humiliations, et toutes les avanies, sans ouvrir la bouche.
Le prince était flatté de la marque de déférence que lui donnait le gouverneur romain; et en même temps il compait bien que le prophète accomplirait devant lui quelque miracle, ne fût-ce que pour ménter ses faveurs, .ou pour échapper à sa justice.
Il se montra donc tout d’abord plein d'égards pour le prisonnier; et après lui avoir posé plusieurs questions que Jésus laissa sans réponse, il réclama comme une faveur l’accomplissement de quelque manifestation surnaturelle.
Jésus parut ne pas entendre. Hérode le pressa, le supplia, le menaça. Silence absolu de Jésus. Mais son regard profond, qui pénétrait dans la conscience d’Hérode, semblait dire: «O roi, si j'ouvrais la bouche, ce serait pour t'exprimer tout le mépris que tu m'inspires. Ce serait pour te
reprocher, comme Jean-Baptiste, ton adultère incestueux et tes orgies.
«Ce serait pour te maudire au nom de toutes les victimes que tu as assassinées, au nom de mon Précurseur que tu as honteusement mis à mort pour plaire à une danseuse. Ce serait pour te prédire que bientôt la main de Jéhovah s'appesantira sur tni, que tu perdras ta Couronne, et ton trône, et tes palais, que tu seras exilé dans les Gaules, et que l'adultère Hérodiade y sera décapitée par des glaces flottantes, qui lui rappelleront le vase d'albâtre qui a contenu la tête de mon Précurseur. Si je n'étais qu’un homme, je ne pourrais pas me contenir à ta vue. Mais je suis le Verbe, et le Verbe doit savoir se taire, pour apprendre la patience aux hommes. »
Les Sanhédrites profité:ent de ce silence obstiné de Jésus pour renouveler contre lui toutes leurs accusations. Ils espéraient que devant Hérode, qui était Juif de naissance, ils obtiendraier: vlus facilement une condamnation contre Jésu our ce qu'is appelaient ses blasphèmes et ses iuépris de la loi de Moïse.
Mais Hérode ne croyait plus guèreaux prescriptions mosaïques, et il ne se gênait pas lui-même de les fouler aux pieds. Les accusations le laissèrent donc indifférent,
Seul le silence persistant de Jésus l'offensa.
Humilié et blessé, il imagina de se venger par
le ridicule, et pour se moquer de la prétendue
royauté de Jésus, il le fit revêtir d'une pourpre dérisoire, et le renvoya à Pilatus.
Pendant ce temps-là, Pilatus réfléchissait, et ses appréhensions augmentaient. Il épiait la foule, il recueillait tous les rapports que ses agents secrets lui faisaient.
L'irritation du peuple prenait des proportions alarmantes, et il ne voyait pas comment il apaiserait ce mouvement populaire créé par les Sanhédrites, s'il ne cédait pas à leurs instances.
Dans sa frayeur, il entendait déjà gronder l'émeute. 11 voyait déjà ses légionnaires massacrant les émeutiers, le sang coulant à flots sur les parvis du temple. Il se sentait dénoncé à Rome, accusé, blâmé, démis, exilé.
Son épouse, Claudia, avait eu une nuit d’insomnie. Vers le matin seulement elle s'était endormie, mais alors un rêve terrible avait troublé :es esprits. c
Jésus lui était apparu tout ensanglanté debout devant le tribunal où siégeait son mari; le sang qui ruisselait de ses veines, jaillissait jusque sur Pilatus, et teignait ses vêtements. Le gouverneur avait fait apporter un vase plein d’eau, et se lavait les mains. Mais l'eau devenait alors du sang, et teignait même ses bras et tout son corps.
Ce spectacle l'avait réveillée en sursaut, et elle n'avait pu se rendormir. Elle avait raconté son rêve à sa sœur, et toutes deux avaient décidé de
le raconter au Gouverneur. M ‘s lorsque Claudia pénétra dans les appartemen de son mari, il s'était déjà transporté au tribun:
La foule encombrait la cour et les escaliers du Prétoire, et comme il lui était impossible d'arriver elle-même jusqu'à Pilatus, elle Jui fit parvenir ce message : « Ne condamnez Pas ce juste, car la nuit dernière j'ai été fort tourmentée par un songe à cause de lui ».
Quand ce message fut remis à Pilatus, il cherchait des expédients pour délivrer Jésus.
Déjà, quelques minutes auparavant, il avait tenté de convaincre les princes des prêtres et les Anciens qu'il ne trouvait pas de crime en Jésus, et qu'Hérode était sans doute du même avis, puisqu'il lui avait renvoyé l'accusé sans prononcer contre lui aucune condamnation.
Mais ses paroles avaient soulevé de telles protestations parmi les Sanhédrites, qu'il crut devoir infliger la flagellation au Prisonnier pour leur donner satisfaction, et les attendrir peut-être, I] leur déclara donc qu'il allait le faire châtier et le renvoyer ensuite, Et pendant que Jésus était conduit dans une cour intérieure du palais pour être flagellé, Pilatus imagina un autre expédient,
C'était la coutume, et c'était son droit, au jour de la Pâque, de délivrer un criminel désigné par les Juits. Or, pour exercer ce droit de grâce, il leur donna à choisir entre Jésus, que ni Hérode ni lui-même n'avaient trouvé coupable, et un insigne