‹ Le cercle du Moyen-LogoneChapitre 21 sur 30 · NOTABLES DE LAI · texte numérisé non relu

NOTABLES DE LAI

bien proportionnés. Pour tout costume, ils portent, comme tous leurs voisins, une peau de chèvre attachée aux reins. Les femmes ont entre les jambes une petite bande d'étoffe ou quelques feuilles que supporte une petite ceinture de cuir. Gomme à notre arrivée, Laï traversait une crise terrible : on ne voyait plus, comme du temps de Maistre, des femmes richement parées de perles de toutes couleurs. Pour vivre, elles avaient dû

vendre toutes leurs parures. Mais, depuis notre installation, la coquetterie est revenue avec l'aisance, et l'on s'arrache nos perles. Nous avons pu ainsi écouler tout le vieux stock que nous n'avions pas pu passer ailleurs. Pendant quelques années encore, il en sera sans doute de même dans tout le Logone. On pourra s'y débarrasser de tous les laissés pour compte, qu'on ne peut utiliser dans le reste du Congo, mais à une condition, c'est de paraître y attacher une grosse valeur.

. Les femmes portent quelques bracelets de fer. Les hommes ont presque tous des éperons en fer, ceux de certains chefs sont en cuivre joliment ouvragé. Au poignet, ils portent de gros bracelets ronds en cuivre.

Sur l'épaule pend un chasse-mouche fait d'une crinière ou d'une queue de cheval et au cou ils ont un collier d'amulettes en bois, en os, ainsi qu'une corne d'antilope, qui leur sert de sifflet.

2. Marbas. — Les Marbas paraissent être une tribu Massa parlant un dialecte différent de ceux du fleuve. Ils occupent la rive gauche du Logone au nord d'Ere, sur une journée de marche en latitude et deux en longitude. Ce sont de grands pillards, qui se sont alliés auxBaghirmiens et aux Fellatas pour razzier leurs voisins. Ils ont trouvé que cette manière de faire leur procurait plus de bénéfices que d'être razziés eux-mêmes.

3. Dorés. — Les Dorés habitent au sud du Toubouri. Ils ont comme voisins les Marbas, à l'Est, les Moundangs à l'Ouest, les Oualias au Nord.

4. Mbanas. — Maistre désicrne sous ce nom les habitants de Palla et des villages voisins. Peutêtre ne forment-ils qu'une seule et même tribu avec les Dorés.

5. Oualias. — Les Oualias occupent les deux rives du Logone à hauteur de la communication. Ils habitent des cases en paille et comme beau-

coup des habitants du Ghari, ils couchent sur un lit de rondins placé à 1 mètre du sol. Lorsqu'il y a des moustiques, on fait du feu sous le lit avec du bois vert ou mouillé, pour écarter ces insectes au moyen de la fumée que l'on produit ainsi.

Les femmes ont dans les deux lèvres des rondelles de bois de 6 à 8 centimètres, ce qui leur déformecomplètement la bouche, qui a la forme d'un bec de canard. Cette mode, qui se retrouve chez les Saras voisins du Bahr-Salamat (Saras Dindjés et Saras Ngakés, où les disques de bois atteignent 12 et même 20 centimètres pour la lèvre inférieure) et chez les habitants de Goudoubin oii, d'après le maréchal des logis Lahure, les femmes ont des disques en ivoire de la grandeur d'une pièce de cinq francs, existe aussi chez des Peaux- Rouges de l'Amérique du Sud. Elle se rapproche de celle qui existe chez les Yakomas de l'Oubangui, qui, eux, se dilatent le lobe de l'oreille de façon à pouvoiry introduire des anneaux d'ivoire de 8 à 10 centimètres de diamètre.

Les Oualias sont armés de sagaies, d'arcs et de flèches, ainsi que de couteaux de jet. Ils ont des casques en paille tressée, ornés d'une crinière de cheval, des cuirasses en peau de bœuf et des boucliers en vannerie.

6. Moundangs . — Les Moundangs occupent les bords du Mayo-Kabi, s'étendent au Sud jusqu'à Lamé et à l'Est jusqu'à Feffé. Ils ont été étudiés par MM. Maistre, Lôfler, Faure et Lenfant.

D'après ce dernier, les Moundangs du Kayo- Kabi auraient comme nom de clan « Wodaï » et tous les Moundangs auraient été chassés il y a deux ou trois siècles du Fouga, pays voisin du Baghirmi. Ils auraient conquis le pays qu'ils occupent actuellement sur les Poungous, qui se seraient ensuite fondus avec eux.

Ils diffèrent très notablement de tous les autres

païens qui les entourent. On les sent d'une civilisation un peu plus avancée.

Autrefois ils s'étendaient jusqu'au 10'' Nord, mais les Fellatas les ont refoulés vers le Sud et ont conquis sur eux Binndéré-Foulbé et ses environs.

Les hommes du peuple ne portent pour tout costume qu'une peau de cabri. Les chefs ont des boubous et des bonnets de coton. Il est évident qu'ils imitent les musulmans au point de vue du costume et certains d'entre eux semblent disposés à embrasser l'Islam.

Le commandant Lenfant signale, en effet, la fondation d'une mosquée et la conversion du chef Gonthiomé comme s'étant produite entre ses deux passages à Léré.

Ce fait est d'autant plus intéressant qu'à notre connaissance, c'est le premier exemple de la conversion d'un chef à l'Islam, depuis que nous sommes au Chari.

En général, les fétichistes de cette région n'ont aucune tendance à devenir musulmans et ces derniers ne cherchent guère à faire du prosélytisme. Certains fétichistes comme les Niellims, les Bouas, les Toummaks, ont adopté, au moins dans la classe aisée, le costume musulman, mais sans vouloir cependant se convertir et notre installation dans le pays n'a pu que les fortifier dans leur volonté de ne pas embrasser l'Islam.

A notre avis, si nous ne favorisons pas directement ou indirectement les musulmans, en les traitant, par exemple, avec plus d'égards, plus de bienveillance que les fétichistes, l'Islam ne progressera pas dans le Territoire du Tchad. Peutêtre même pourra-t-on le faire reculer, car, il faut le dire bien haut, l'islamisation de la majorité des habitants du Bas-Chari est toute de surface dans les trois quarts des cas.

Cela est heureux pour nous, car il vaut mieux

avoir comme sujets des gens non figés, non cristallisés par l'Islam que des musulmans. On peut, en effet, espérer éduquer les fétichistes, leur donner notre langue et les faire évoluer suivant nos idées, alors qu'il est bien difficile d'admettre qu'il en sera de même pour les musulmans.

Enfin, les chances de voir une insurrection se généraliser seront très faibles, si les populations très divisées du Chari ne sont pas unies par une religion dont un des dogmes fondamentaux est la nécessité de faire, chaque fois que cela est possible, la guerre sainte : le « Djehad ».

Le chef de Léré, Gonthiomé, paraît doué d'une puissance réelle et on lui obéit de Bifara à Binder- Naïri. Le commandant Lenfant estime le nombre de ses sujets à 40.000. Il a un harem d'une centaine de femmes.

La ville de Léré a au moins de 3 à 4.000 habitants et est entourée de nombreux villages dont beaucoup sont importants. Les autres villes du pays moundang sont Tréné, Binder-Naïri et Lamé.

Les cases moundang sont en terre mélangée de bouse de vache. Leurs murailles sont épaisses d'environ 10 centimètres et mesurent 1 m. 40 de hauteur. Leur diamètre est de 3 mètres. Toutes les cases appartenant à une même famille sont reliées entre elles par des murailles en terre et forment ainsi un petit château fort.

Comme armes, les Moundangs ont des sagaies, de grands arcs, des flèches, des massues de bois et quelques sabres à lames d'origine européenne.

7. Fellatas. — Les Fellatas occupent Binnder- Foulbé et ses environs, en même temps que certaines vallées voisines du Boubandjida et de Ngaoundéré.

Binnder-Foulbé est une ville importante de 2 kilomètres de long sur 1 de large, qui compte de 6 à 8.000 habitants agglomérés. Beaucoup de villages et de fermes (roundé) Tenvironnent et

l'on peut estimer qu'avec sa banlieue, qui s'étend à une quinzaine de kilomètres, elle compte environ 40.000 habitants (commandant Lenfant).

Les Fellatas sont, avant tout, des pasteurs. Ils ont beaucoup de grands chevaux et de nombreux troupeaux de bœufs.

Ils font cultiver, par leurs esclaves, de grands champs de coton, et à Binndéré-Foulbé de nombreux artisans, tisserands, tailleurs, brodeurs, teinturiers, transforment ce coton en boubous, que des marchands, qui sont surtout de race haoussa ou bornouane, vont vendre au loin.

Tous sont des musulmans convaincus et très pratiquants. Leur civilisation, qui est assez avancée, nous les fait considérer, au premier abord, comme très supérieurs à tous leurs voisins : aussi comprenons-nous que l'on ait songé à les utiliser pour commander et administrer les populations qui les entourent. Mais, à la réflexion, on arrive à voir que c'est une conception fausse.

En eff'et, si les Fellatas sont intelligents, polis et d'apparence souple, il faut reconnaître qu'ils sont dissimulés et faux. En outre, ils ont le mépris des fétichistes. Pour eux, ces derniers sont une race d'esclaves, que l'on exploite sans pitié ou qu'on exporte au loin.

Partout, depuis près d'un siècle, il y a lutte constante entre eux et, sauf dans les plaines, les fétichistes leur ont presque toujours résisté victorieusement. Ce serait donc une bien mauvaise politique que de subordonner ces populations, qui ont toujours lutté pour leur indépendance, à ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis héréditaires. Ce ne serait certainement pas un bon moyen pour nous faire aimer de la masse de la population.

Il vaut mieux, à notre avis, faire la politique de race, donner à chaque tribu des chefs pris chez elle et nous poser en protecteurs de tous.

Gela complique évidemment l'administration, mais c'est le seul moyen d'exercer une action civilisatrice réelle sur le pays. Si nous asservissons les fétichistes aux musulmans, nous favoriserons ainsi la civilisation de ces derniers et non la nôtre.

Dans son livre, le commandant Lenfant a pris nettement parti pour les Fellatas contre les fétichistes. Il a représenté les premiers comme des gens doux, peu guerriers, industrieux, faciles à gouverner, et les seconds comme des pillards, des brutes dont on ne peut rien faire. Il a complètement oublié de dire que les Fellatas sont des conquérants venus dans le pays, il y a moins d'un siècle, et qui, depuis, n'ont cessé de razzier les populations païennes pour y faire des esclaves qu'ils emploient dans leurs plantations ou revendent au loin.

Dans un chapitre spécial, consacré à la traite, nous donnerons quelques détails qui prouvent que ce sont les Fellatas, qui sont presque toujours les agresseurs et que les fétichistes n'ont fait que se défendre. Parfois, quand l'occasion s'en est présentée, ils ont essayé de se venger, mais peut-on vraiment les en blâmer? Si le commandant Lenfant a constaté, par exemple, une hostilité marquée entre Moundangs et Fellatas, cela tient à ce que, comme il nous l'apprend lui-même d'ailleurs, les seconds ont chassé les premiers de pays qui leur appartenaient, comme Binndéré- Foulbé.

Notre devoir est donc d'établir la paix entre eux, ce qui sera facile, puis de tenir la balance égale en se servant des uns et des autres, sans jamais donnera aucun d'eux la prééminence, qui doit n'appartenir qu'à nous et à nos agents directs.

8. Dokos. — Les Dokos ont été signalés à l'administrateur Bruel comme occupant à hauteur de 8^50' le pays situé à quatre jours de marche à

l'ouest du Logone. D'après les renseignements indigènes, ils seraient très nombreux.

9. Somraïs, — Cette tribu, visitée par Nachtigal, occupe entre 9*^30' et 10° Nord la plaine qui s'étend entre le Ba-Ili et le Logone.

Leur grand chef Guidigui habite le village de Doumogue. Ils sont groupés en vingt villages.

Autrefois ils avaient beaucoup de bétail et de chevaux, mais, depuis les razzias des Ouaddaïens, des Baghirmiens et surtout de Rabah, qui détruisit tous leurs villages vers 1889, il ne leur reste plus une seule bête à corne. Ils ont encore un certain nombre de chevaux.

Rabah était entré sans difficulté dans le pays, l'avait ravagé, quand, une belle nuit, tous les Somraïs, s'étant réunis, tombèrent sur son arrièregarde, qui n'avait que quelques fusils et la détruisirent aux trois quarts.

Trois gardes régionaux qui accompagnaient Fadministrateur Bruel faisaient alors partie des troupes de Rabah et l'un d'eux fut reconnu par l'interprète du chef Guidigui, qui avait été son prisonnier.

Les cases somraïs sont en terre, comme celles des Massas. Un secco entoure la muraille pour la protéger contre la pluie. Les greniers à mil, de mêmeformequeceuxdesMassas, sont moinshauts, mais plus ventrus.

10. Ndamms. — Les Ndamms habitent le pays entre le Ba-Ili et le Chari ; leur principal centre, résidence de leur grand chef, le Bamfong, est un gros marché d'esclaves. Ils paraissent, en effet, être de grands pillards, qui s'associent aux Baghirmiens pour razzier leurs voisins.

Le village de Kouarak (Kouno, en baghirmien; combat du 29 octobre 1899), sur le Chari, est habité par des Ndamms, mais dépend de l'alifa Korbol, chef des Bouas, et lui paye l'impôt.

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