‹ Le cercle du Moyen-LogoneChapitre 26 sur 30 · XII. — Résultats d'un an d'occupation · texte numérisé non relu

XII. — Résultats d'un an d'occupation

Que nous a coûté le cercle du Moyen-Logone durant sa première année d'occupation? Que nous a-t-il rapporté?

Voici un tableau résumé des dépenses que laous y avons faites :

Solde du capitaine Faure, du chef de station An-

tony, de l'adjudant Tixier, du sergent Dumons. 12.051 fr.

Indemnités diverses pour les mêmes 5,962 50

Vivres pour les mêmes 5.900 »

Solde de 55 gardes régionaux et de 8 laptots. . 14.760 » Nourriture des gardes régionaux, de leurs

femmes, des travailleurs 10.386 »

Payement de porteurs et pagayeurs 1 , 000 »

Construction du poste 4 . 000 »

Divers : outils, cadeaux, cartouches 2.000 »

Affermage de la rive gauche du Logone (payé

à Gaourang) 3 . 000 »

Part proportionnelle dans les dépenses d'administration générale du Territoire du Tchad. . 6.500 »

Total général 65.559 50

Nous devions en outre à Gaourang pour l'affermage de la rive gauche du Logone : 100 chevaux et 100 bœufs. Nous ne les mentionnons que pour mémoire, car nous les porterons de la même manière au chapitre recettes.

En chiffres ronds, le Moyen-Logone nous a donc coûté 66.000 francs.

Les dépenses ont été très largement décomptées : ainsi nous avons porté au compte du cercle toutes les dépenses faites pour M. le chef de station Antony, bien qu'il n'y soit resté réellement que trois mois (juin-fin août) et que pendant Je reste du temps il ait été en cours de rapatriement ou en congé de convalescence. De même nous avons compté toute la solde et les accessoires de solde de l'adjudant Tixier, qui pendant ses cinq mois de service est resté trois mois à la mission Lenfant, où il ne rendait au cercle que des services indirects, et an mois dans le cercle de Fort-Archambault à opérer contre les Ouaddaïens.

De même pour la force armée, nous n'avons pas tenu compte des incomplets, qui à certains moments se sont élevés à une dizaine d'hommes, ni de ce que vingt-cinq hommes ont opéré avec l'adjudant Tixier en dehors du cercle durant tout le mois de mai.

Enfin, il ne faut pas oublier que l'Administration a réalisé une assez grosse économie sur la ration des Européens, qui pendant certaines périodes n'en ont pas touché du tout et pendant d'autres n'en ont touché qu'une fraction.

On le voit, le chiffre de 66.000 francs est un chiffre de dépenses maxima, qui en réalité n'a pas été atteint.

Voici, d'autre part, quelles ont été les recettes:

Viande fraîche, 6 . 525 kilos à i fr. 25 8 . 154 25

Mil, 60. 185 kilos à 0 fr. 10 6.018 50

Grands chevaux, 70 dont 60 chevaux à 150 f r . . 9 . 000 »

— — 10 juments à 2U0fr. . 2.000 »

Petits chevaux, 325 dont 100 pour Gaourang. . Mémoire

— — 175 chevaux à 75 fr. 13.125 i>

— — 50 juments à 100 fr. 5.00O » Bœufs, 300 dont 100 pour Gaourang Mémoire

— — 150 bœufs à 20 fr. chacun... 3.00'» »

— — .^0 vaches à 30 fr. chacune.. 1.500 »

Anes, 4 à 10 f r. chacun 40 »

Pirogues, 19 à 10 francs pièce 190 »

Ivoire, 300 kilos à 5 fr. le kilo 1 . 500 »

Corvées pour la construction du poste, 20.000

journées à 0 fr. 20 4.000 »

Porteurs et pagayeurs 2,000 journées à 0 fr. 50. 1 .000 »

Boubous, 121 à 12 fr. pièce 1.452 »

Selles et brides, 42 à 10 fr. pièce 420 »»

Natron, 6 kilos à 0 fr. 70 4 20

Impôt en argent 520 »

Total 56.923 95

Ne voulant pas montrer une situation plus brillante qu'elle ne l'est en réalité, nous avons admis des évaluations de prix qui sont faibles. Nous avons aussi tenu compte de circonstances

défavorables pour le cercle et dont il n'est pas responsable. Ainsi, nous n'avons compté l'ivoire que 5 francs le kilo, parce que nous savons qu'une partie a dû être vendue à Fort-Lamy, au prix de 3 et 4 francs le kilo, pour alimenter la caisse de l'agent spécial, qui était vide et qui devait effectuer des payements pour assurer certains services indispensables. Ce cas de force majeure a nui au cercle du Moyen - L ogon e ; car si, comme cela est normal, son ivoire était descendu à Brazzaville, il aurait été vendu au moins 8 francs le kilo et l'Administration locale aurait en outre perçu un droit de sortie de 2 francs par kilo, alors que l'ivoire vendu à Fort-Lamy et exporté sur Tripoli ou Yola n'en a payé aucun.

Il faut ajouter que le capitaine Faure a distribué aux villages ruinés par les razzias et par la famine du mil, des chevaux, des cabris, des poules, etc., pour une valeur d'environ 6.000 fr.

Il en résulte donc que le Moyen-Logone a produit du 3 juin au 31 mai 1904 une somme globale que l'on peut évaluer à 63.000 francs. Pendant la même période, il en a coûté 66.000 francs. Le déficit apparent est donc d'un vingtième.

Mais, si Ton tient compte en outre de ce que la solde, les indemnités de séjour, la nourriture du capitaine Faure, de l'adjudant Tixier et du sergent Dumons (14.107 fr. 50) ont été payées parle budget colonial, on arrive à établir que le cercle du Moyen-Logone a rapporté dès la première année au budget local.

Nous ne voulons pas dire par là qu'administrativement le budget local a encaissé de l'argent, car ce n'est pas exact, mais bien qu'il a vu son capital s'augmenter de la valeur des troupeaux, qui sont restés dans les postes à la fin de l'exercice, et de ceux qui ont été remis à titre d'avance à Gaourang, ou qui ont été donnés à des villages ruinés pour leur permettre de se relever, de

prospérer et de payer l'impôt les années suivantes. Ces derniers constituent un placement de père de famille, qui ne ressort pas dans des pièces de comptabilité, mais qui n'en est pas moins réel.

Gomment évaluer la protection que nous avons donnée au pays en entravant le commerce des esclaves, en dispersant et en détruisant les razzias fellatas, en permettant enfin aux marchands de circuler librement sur un certain nombre de routes ?

Par l'occupation du seul point de Laï, par les reconnaissances faites, par les sages mesures de police et d'administration prises par le capitaine Faure, nous avons sauvé la vie ou la liberté, d'une façon directe ou indirecte, à 4 ou 5.000 indigènes.

Ne sont-ce pas là de fort beaux résultats, qui permettent d'avoir de belles espérances pour l'avenir?

Il ne faut pas oublier, en effet, qu'aux colonies comme ailleurs et peut-être plus qu'ailleurs, il faut semer avant de récolter et que toujours un long espace de temps s'écoule entre les semailles et la moisson. Il serait donc injuste de demander qu'un budget s'équilibre dès la première année. Si l'on y arrivait, il y aurait grand'chance que ce soit en tuant la poule aux œufs d'or.

Somme toute, le capitaine Faure peut être fier de ce qu'il a obtenu en un an, avec des moyens très faibles et bien inférieurs à ceux que nous aurions voulu pouvoir mettre à sa disposition. Grâce à son énergie, à ses qualités d'organisateur, à son activité inlassable, il est arrivé à y suppléer en partie, mais nous ne pouvons nous empêcher de regretter que la pénurie de personnel, dans laquelle nous nous trouvions, nous ait empêché de lui envoyer du monde pour occuper un point sur le Logone occidental à hauteur du 8Megré, aussitôt

après le combat de Bipia et pour créer un poste à Léré immédiatement après le départ de la mission Lenfant. Ces deux mesures s'imposaient et auraient permis de ne point perdre le fruit des gros efforts, qui avaient été faits.

Mais nulle part, sur le Territoire du Tchad, il n'y avait de réserve oii l'on pût puiser pour faire face à l'imprévu, ce qui fait qu'au lieu de diriger les événements, on était presque entièrement à leur merci.

Page 1